Sur TikTok, Facebook, Instagram ou YouTube, l’influence est devenue une activité économique à part entière. Certains créateurs vivent exclusivement de la publicité et des collaborations commerciales, au même titre qu’une agence de communication.
Ils vendent leur image, négocient des partenariats, réalisent des placements de produits et génèrent parfois des revenus importants grâce aux réseaux sociaux. Pourtant, une question reste sensible en Côte d’Ivoire : les influenceurs sont-ils de simples créateurs de contenu… ou de véritables entrepreneurs soumis aux mêmes obligations que les autres activités économiques ?
Pour Marc Yannick Baudouhat, acteur et créateur de contenu suivi par plus de 500 000 abonnés, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un métier. « Du moment où tu as des contrats, des partenariats, où il y a de l’argent qui rentre, forcément, c’est un taf (ndlr, travail) », indique l’influenceur.
Interrogé sur sa propre situation fiscale, Marc Yannick répond avec humour : « je ne paye pas d’impôts ». Derrière la plaisanterie, la question reste entière : les revenus numériques échappent-ils réellement à l’administration fiscale ?
Manque d’information
Même s’il ne paye pas d’impôt, Gaël Séhi, plus connu sous le surnom de Segano, estime qu’il faut mettre de l’ordre dans le secteur. Pour lui, l’influence dépasse largement le simple divertissement. « Les gens pensent que c’est juste des vidéos, mais derrière, il y a du travail, des stratégies, des contrats. Donc oui, pour moi, c’est un vrai métier (…) Quand tu signes avec des marques et que tu es payé pour promouvoir un produit, tu deviens responsable de ton image. À ce niveau-là, ce n’est plus un jeu », ajoute Segano. En plus de cela, il pointe du doigt la méconnaissance des influenceurs vis-à-vis des textes. « Beaucoup d’influenceurs ne savent pas vraiment comment fonctionne la déclaration. Il y a un manque d’information. Certains pensent à tort que du fait que le salaire n’est pas fixe, cette activité n’est pas concernée », explique Segano.
Entre méconnaissance des procédures, paiements informels et contrôle encore limité du secteur numérique, le flou persiste. Alors, les influenceurs ivoiriens doivent-ils être considérés comme des entreprises à part entière ?
« Si on veut que ce soit reconnu comme un vrai secteur professionnel, il faut accepter les règles. Mais, il faut aussi que l’État encadre mieux et explique clairement les procédures », fait savoir Segano.
Des millions
Pour certains, ces contenus rapportent des millions FCFA. Mieux que des petites entreprises. Une manne qui échappe au système d’imposition.
Selon le fiscaliste Fulbert N’Da, tout revenu est potentiellement imposable, y compris celui généré sur les plateformes numériques. Les partenariats Instagram, les publicités YouTube, les ventes de produits ou encore les paiements via mobile money doivent, en principe, être déclarés. Certains influenceurs le reconnaissent, selon lui.
Pourtant, dans la pratique, la déclaration reste floue pour beaucoup d’influenceurs.
L’influence en Côte d’Ivoire est en pleine mutation. Entre notoriété digitale et responsabilité fiscale, le secteur devra tôt ou tard choisir entre rester dans l’informel… ou assumer pleinement son statut économique.
CDC
