Alain Lobognon. Depuis sa sortie de prison le 23 juin 2021, il a lancé l’initiative d’un rapprochement entre le Président Ouattara et Guillaume Soro. Un «dialogue direct» pour amorcer le règlement politique d’une crise profonde de confiance qui dure depuis bientôt cinq ans.
L’idée a trouvé un prolongement avec la visite de la délégation d’un des mouvements encore proches de Guillaume Soro au ministre de réconciliation nationale, Kouadio Konan Bertin, le 7 septembre dernier.
Depuis, l’idée a tourné court.
Un communiqué publié le 9 septembre par un obscur chef de cabinet au nom de Guillaume Soro, ostensiblement critique face aux «nombreuses initiatives éparses, diverses voire contradictoires » a remonté les bretelles aux négociateurs autoproclamés et fermé la porte à tout rapprochement supposé avec le régime d’Abidjan.
De toute évidence, un show médiatique concocté intra muros par Soro et son équipée.
Que s’est-il donc réellement passé ? Y a t-il eu début de volonté de négociation entre Abidjan et Soro? Quelle est la position du Président Ouattara et les ténors de la classe politique ivoirienne sur un retour éventuel de l’ancien chef rebelle ? Un rapprochement et un retour d’exil du chef rebelle est-il à l’étude ?
Fermé à la négociation. « …En ce qui concerne la réconciliation, des voix africaines plus habilitées ne manqueront pas de s’impliquer comme ce fut le cas à Accra, Prétoria et Ouagadougou». En clair Guillaume Soro est fermé au rapprochement de type «Père et fils» vis-à-vis de Ouattara. Pas d’acte de contrition encore moins de pardon dans une logique de tradition africaine. Sa posture, c’est d’installer un rapport de forces égalitaires avec le chef de l’Etat comme cela avait été le cas après 2002 avec Laurent Gbagbo. Ainsi, il imposerait à Ouattara un cycle de négociations à l’instar de «Accra, Prétoria ou Ouagadougou». Il considère Alassane Ouattara comme un ennemi politique contre le régime duquel tous les coups sont permis, y compris la déstabilisation armée.
Cela, Alassane Ouattara l’a compris depuis les premières mutineries de l’armée en janvier 2017, des événements dans lesquels le Président pense que Soro a fait bien plus que les attiser de l’extérieur.
Le dernier médiateur. Des voix africaines n’ont pas manqué de s’impliquer. La dernière grande médiation entre Ouattara et Soro date du 28 décembre 2019 après la tentative de retour manqué du dernier cité. Le médiateur, c’était le présiden Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Le président équato-guinéen, dont Guillaume Soro était assez proche s’était rendu à Abidjan pour tenter un rapprochement qui s’est soldé par un échec. Depuis, Alassane Ouattara, qui considère que Guillaume Soro n’est pas un interlocuteur fiable, a mis fin à toutes les initiatives de médiation.
Guillaume Soro a depuis sombré dans la belligérance. Dans l’entourage du Président ivoirien, on pensait encore possible le redémarrage d’un rapprochement malgré une décision de justice d’avril 2020 prononcée pour détournement de deniers publics.
Mais pendant la présidentielle d’octobre 2020, Guillaume Soro prend une part active dans les violences. Point culminant : La revendication de la copaternité du conseil national de transition et son appel au soulèvement de l’armée. Pour Alassane Ouattara, c’est la ligne rouge. Le 19 mai 2021, c’est le début d’un long cycle judiciaire pour atteinte à la sûreté de l’Etat.
Silence radio. A Abidjan, plus aucun responsable ni aucun service officiel n’a en charge le dossier Guillaume Soro. Tous les contacts informels et autres médiateurs de l’ombre sont pour ainsi dire «désactivés ». Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo n’évoquent le cas Soro que du bout des lèvres. Par opportunisme. Pour agacer Ouattara et accentuer, dans leur entendement, la pression sur le Président ivoirien. Le chef du PDCI et le mentor des GOR ont chacun un compte personnel à régler avec Guillaume Soro. Mais chaque chose en son temps.
Les portes des palais se ferment. A l’extérieur, Soro a grillé toutes ses cartes : Avant Le président Obiang, il y a eu le président Blaise Compaoré. Puis le roi du Maroc, Faure Gnassingbé, le togolais, , Macky Sall du Sénégal, Patrice Talon du Bénin et le Président Sassou Nguesso du Congo Brazzaville. .. Ils se sont tous rétractés en raison de la duplicité de Guillaume Soro et du caractère accablant du dossier.
Le dossier de la conciliation et de la réconciliation éventuelle entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro est, pour l’heure, au point mort. Et ce, depuis bien longtemps.
Et il le sera encore indéfiniment tant que l’ancien chef rebelle ne quittera pas son maquis pour entrer dans la République.
Imane Emy Fatima
