Soumahoro Ben NFaly est le président de la Fédération ivoirienne des consommateurs le Réveil et vice-président du Conseil national de la consommation. Dans cet entretien, il tire la sonnette d’alarme sur le trafique du riz en Côte d’Ivoire.
On constate dans nos boutiques et même dans certains supermarchés que du riz de mauvaise qualité est mis dans des emballages de riz parfumé pour tromper le consommateur…
Effectivement, des individus mal intentionnés et bien organisés, impriment des sacs de riz. Ces sacs de riz imprimés qui portent l’étiquette de riz parfumé, sont ensuite remplis de riz de qualité inférieur et déversé sur le marché. Lorsque vous achetez ce riz en vous basant sur l’emballage, vous constatez que le contenu ne reflète pas ce que dit l’emballage. De nombreuses marques de riz sont touchés par ce phénomène.
Comment se fait-il que cette pratique passe à travers les mailles du système de contrôle ?
Parce qu’on a affaire à un réseau puissant. Cette pratique va parfois loin. Quand les bateaux arrivent avec du riz avarié, destiné à l’alimentation des animaux, ces mêmes individus le récupèrent et le traitent à l’aide de machines dont ils disposent avant d’inonder le marché avec. Voilà pourquoi lorsque qu’une nouvelle variété de riz de qualité supérieur arrive et que la population se rue dessus, quelques mois après, vous constaterez que ce n’est plus le même riz. Pour éradiquer le phénomène, il faut la collaboration de la population. Si vous constatez que votre voisin traite du riz chez lui ou à côté, signalez-le.
La variation des prix des denrées alimentaires d’un magasin à un autre inquiète-t-elle les consommateurs ?
La Côte d’Ivoire a choisi la voie du libéralisme économique depuis 1991. Le marché est fait selon l’offre et la demande. Ce n’est que lorsqu’il y a une crise et que les prix commencent à être hors de portée des consommateurs, que le gouvernement les soumet à un plafonnement. Mais le plafonnement court sur une période de trois mois, renouvelable une fois. Vous constatez que depuis quelques temps, les prix ne sont plus plafonnés sur le marché. C’est normal. Chacun est libre d’aller vers le magasin le moins cher.
Diriez-vous que nous subissons sur le marché les retombés de la guerre au Moyen-Orient, avec la hausse du baril de pétrole ?
De mars 2026 à début mai 2026, le coût du carburant a augmenté ailleurs. Même la France a fait une majoration. Mais en Côte d’Ivoire, grâce à une subvention de 100 milliards FCFA, le prix du litre du fuel est resté inchangé à la pompe. Ce n’est qu’après le mois de mai qu’une légère hausse a été faite et qui n’était pas à la hauteur des hausses faites ailleurs. Vous verrez que cela n’a pas affecté les prix des denrées alimentaires sur le marché. Parce qu’il y a eu des rencontres sectorielles, pour éviter que les transporteurs répercutent cela sur le coût du transport.
La viande sur le marché continue, lui, d’augmenter. Le mouton n’est presque plus accessible…
Nous connaissons tous les raisons de cette situation. C’est à cause de la situation qui se passe au Mali et au Burkina Faso. Nous ne sommes pas un pays producteur de viande, mais un pays consommateur. Les camions de bétails qui ne viennent pas de Ouangolodougou, à cause de l’insécurité, sont obligés de passer par le Bénin, descendre au Togo, puis au Ghana, avant d’arriver en Côte d’Ivoire. De 800 000 FCFA, le coût de transport passe alors à 1,3 million. Mais les acteurs de la filière sont en discussion pour amoindrir la souffrance des consommateurs.
On connait depuis un moment, une pénurie de piment et de tomate sur le marché, est-ce une situation habituelle, selon-vous ?
La tomate et le piment sont en rupture, parce que ce n’est pas encore la saison. C’est comme ça chaque année. Il faut que nous acceptions cela. Lorsque ce n’est pas la saison d’un produit, voyons qu’est-ce qu’on peut consommer à la place. C’est pareil pour l’igname et la banane.
Interview réalisée par Raphaël Tanoh
