La Coupe du monde 2026 aura marqué une progression du football africain, mais aussi laissé un profond sentiment d’inachevé. Sur les dix pays du continent, huit ont quitté prématurément la compétition. Seul le Maroc poursuivi l’aventure. Il affronte la France vice-championne du monde, ce jeudi soir.
Pourtant, le bilan ne traduit pas fidèlement les prestations des sélections africaines. La Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Cap-Vert, la RD Congo, l’Algérie et l’Afrique du Sud ont toutes affiché un visage séduisant, souvent en mesure de rivaliser avec des nations mieux classées. Mais un même scénario s’est répété, une baisse d’intensité dans le dernier quart d’heure. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Le 30 juin 2026, la Côte d’Ivoire (1-2) face à la Norvège, à la 39e minute, Antonio Nusa ouvre le score, puis la 74e Amad Diallo égalise. A la 86e minute Erling Haaland offre la victoire à la Norvège, après un match d’intensité. Ce n’est pas tout. Le 1er juillet 2026, la Belgique achève 3 à 2 le Sénégal (après prolongation). Les Lions de la Teranga ont résisté durant le temps réglementaire avant de céder durant les prolongations face à une équipe belge plus fraîche physiquement. De même, le Cap-Vert, grand dauphin, perd 2-3 face à l’Argentine après de longues prolongations.
La sensation africaine du tournoi a longtemps tenu tête au champion du monde avant de craquer dans les dernières minutes de la prolongation. La RDC : 1-2 contre l’Angleterre, où les Congolais ont fait douter les Anglais avant de manquer de lucidité dans le dernier acte. Même le Maroc, qualifié aux tirs au but contre les Pays-Bas (1-1, 3-2 t.a.b.), a dû puiser dans ses ressources mentales pour éviter ce scénario qui a frappé la majorité des représentants africains, un mal récurrent. Les quinze dernières minutes !
Ce Mondial remet sur la table une problématique ancienne du football africain, la gestion des fins de rencontre. Durant les 70 à 80 premières minutes, les équipes africaines imposent généralement un rythme élevé, gagnent les duels et mettent leurs adversaires sous pression. Mais, lorsque les grandes nations accélèrent, l’écart apparaît. Il ne s’agit plus uniquement d’une question de qualité technique. C’est également la fraîcheur physique, la concentration tactique, la gestion émotionnelle, la profondeur du banc et l’expérience des grands rendez-vous. Les meilleures sélections mondiales savent souffrir, ralentir le rythme lorsqu’il le faut, faire courir l’adversaire et exploiter la moindre erreur dans les dix dernières minutes.
À ce niveau de compétition, un simple relâchement devient fatal. Selon Guillaume Brou, « Le très haut niveau se joue jusqu’au dernier coup de sifflet ».
Pour le technicien sportif, cette répétition des mêmes scénarios ne relève pas du hasard. « Les équipes africaines n’ont plus de complexe technique. Aujourd’hui, elles rivalisent avec les meilleures nations. En revanche, il reste une étape à franchir, maintenir la même intensité physique, mentale et tactique pendant plus de 90 minutes », pense-t-il.
Selon lui, le problème est avant tout lié à la culture du très haut niveau. « Les grandes équipes savent gérer les temps faibles. Elles savent souffrir sans paniquer. Elles continuent à croire à leur plan de jeu jusqu’à la dernière seconde. Les sélections africaines doivent apprendre à mieux contrôler leurs émotions lorsque la fatigue s’installe », souffle le technicien, qui ajoute surtout que « la préparation mentale est devenue aussi importante que la préparation physique. Le football moderne se gagne avec les jambes, mais aussi avec la tête. Les joueurs doivent être capables de conserver leur lucidité sous une énorme pression. »
Enfin, Guillaume Brou appelle les fédérations africaines à revoir certains aspects de leur préparation. « Il faut davantage de matches de très haut niveau avant les grandes compétitions, développer la récupération, la nutrition sportive, l’analyse vidéo et le travail spécifique des fins de match. C’est souvent là que se décident les Coupes du monde », conseille-t-il.
Une génération qui rapproche l’Afrique de son rêve
Malgré ces éliminations, plusieurs motifs d’espoir émergent. Le Cap-Vert a confirmé sa progression spectaculaire. La Côte d’Ivoire, pour sa première qualification en phase à élimination directe d’une Coupe du monde, a démontré qu’elle pouvait rivaliser avec une équipe emmenée par Erling Haaland. Le Sénégal demeure une référence continentale malgré son élimination. Le Maroc poursuit sa dynamique entamée au Qatar en 2022. L’Égypte, portée par son expérience, a démontré tout ce dont il est capable. L’Afrique peut-elle enfin briser le plafond de verre ? L’histoire retiendra peut-être que le Mondial 2026 n’a pas été celui du sacre africain, mais celui de la confirmation.
Le défi est désormais celui de la maîtrise des détails qui font les grandes nations, la gestion des temps faibles, la préparation mentale, la profondeur d’effectif et la capacité à rester performant jusqu’au coup de sifflet final. Le Maroc, qualifié pour les quarts de finale contre la France, porte encore les espoirs de tout un continent. Si son parcours se poursuit, il aura l’occasion de démontrer que le football africain est plus proche que jamais de franchir un nouveau cap historique.
BN
Légende : Malgré un record de 10 représentants, l’Afrique peine encore à franchir un cap.
