Sept mois après avoir boycotté les élections législatives, le PPACI crée un Observatoire des décisions parlementaires pour suivre les travaux de l’Assemblée nationale. Une initiative qui soulève une question politique : si le Parlement mérite aujourd’hui une structure permanente de veille, pourquoi avoir renoncé à y siéger hier ?
Le symbole est saisissant ! Alors que le PPACI ne compte plus aucun député depuis son boycott des législatives du 27 décembre 2025, Laurent Gbagbo vient de créer un Observatoire des décisions parlementaires. Officiellement, cette nouvelle structure devra analyser les lois, vulgariser les textes examinés par les députés, proposer des amendements et nourrir le débat public.
L’argument avancé par le parti est limpide, l’absence de députés ne doit pas priver ses militants d’une voix sur les questions législatives. Mais c’est précisément cette justification qui interroge. Car cette absence n’est pas le résultat d’un verdict des urnes. Elle découle d’un choix stratégique assumé par le PPACI lui-même.
Autrement dit, le parti met aujourd’hui en place un dispositif destiné à compenser une situation qu’il a lui-même créée.
Du boycott à la veille parlementaire
Pendant la précédente législature, le PPACI disposait pourtant d’un véritable levier institutionnel. Avec ses 18 députés, le parti pouvait déposer des propositions, interpeller le gouvernement, intervenir en commission et porter la contradiction dans l’hémicycle. Certes, face à l’écrasante majorité du RHDP, ces élus ne pouvaient empêcher l’adoption des textes. Mais, ils occupaient un espace politique et médiatique. En avril puis en octobre 2025, les députés du PPACI avaient d’ailleurs utilisé cette tribune pour dénoncer l’exclusion de Laurent Gbagbo du processus électoral en boycottant plusieurs séances parlementaires aux côtés du PDCI.
Quelques mois plus tard, le parti choisissait pourtant de renoncer totalement à cette représentation en boycottant les législatives. Aujourd’hui, il cherche à retrouver, depuis l’extérieur, une capacité d’influence qu’il possédait auparavant de l’intérieur.
Une rupture avec les positions défendues par Laurent Gbagbo
Cette évolution est d’autant plus remarquable qu’elle contraste avec les prises de position publiques de Laurent Gbagbo. En avril 2023, devant des jeunes militants, l’ancien président avait sévèrement critiqué la politique de boycott adoptée après son transfèrement à la Cour pénale internationale (CPI). Pour lui, ne pas participer aux élections avait coûté cher à son camp.
Il en tirait une conclusion sans ambiguïté selon laquelle un parti politique devait participer aux scrutins, même lorsqu’il dénonçait des irrégularités, car l’absence profitait avant tout à l’adversaire. Cette doctrine semblait alors constituer une ligne politique durable. Pourtant, deux ans plus tard, le même Laurent Gbagbo cautionnera le boycott des élections législatives. Ce revirement demeure l’un des épisodes les plus discutés de la stratégie récente du PPACI.
Les critiques venues de l’intérieur
Cette décision n’a pas seulement privé le parti d’élus. Elle a également provoqué une fracture interne. Plusieurs responsables, parmi lesquels Stéphane Kipré, ont refusé de suivre la ligne du boycott, estimant que l’abandon du terrain électoral revenait à offrir gratuitement des circonscriptions au RHDP. Exclu du parti après avoir maintenu sa candidature, l’ancien vice-président affirme que les instances stratégiques du PPACI s’étaient initialement prononcées en faveur de la participation avant un changement de cap décidé quelques jours plus tard. Selon lui, les conséquences prévisibles étaient entre autres la disparition du groupe parlementaire, perte des bastions historiques et effacement de la voix institutionnelle du parti.
Un observatoire sans pouvoir politique
L’Observatoire des décisions parlementaires permettra au PPACI d’analyser les lois, de produire des notes et d’alimenter le débat public. Mais, il ne remplacera jamais une représentation parlementaire. Ses membres ne pourront ni déposer officiellement des amendements, ni voter les textes, ni participer aux travaux des commissions permanentes. En d’autres termes, cette structure exercera une influence intellectuelle et médiatique, là où des députés disposent d’une influence politique et institutionnelle. Le paradoxe est donc manifeste, le PPACI crée aujourd’hui un instrument destiné à suivre une institution qu’il a volontairement choisi de quitter. C’est d’ailleurs pourquoi le politologue et essayiste Geoffroy-Julien Kouao, qualifie le boycott des législatives du 27 décembre 2025 par le PPACI, d’« erreur stratégique » et de « faute politique ».
Une stratégie en quête de cohérence
Au-delà de la création de cet observatoire, c’est la lisibilité de la stratégie du PPACI qui est interrogée. En moins d’un an, le parti est passé d’un appel au boycott des élections à la volonté de peser sur les décisions de l’Assemblée nationale ; d’une dénonciation du processus politique à une tentative de réinvestir le débat institutionnel ; d’un retrait volontaire du Parlement à la création d’un organe chargé d’en suivre quotidiennement les travaux. Cette succession de décisions nourrit les interrogations jusque dans les rangs des anciens cadres du parti, surtout avec le rétropédalage de Laurent Gbagbo, reconduit à la présidence de la formation politique, après avoir fait part de son intention de prendre sa retraite.
Car en politique, la cohérence d’une stratégie se mesure aussi à sa capacité à maintenir des positions constantes. En cherchant aujourd’hui à reconstruire, par un observatoire, une présence qu’il avait abandonnée en boycottant les urnes, le PPACI offre à ses détracteurs un argument supplémentaire pour dénoncer les limites d’une politique de la chaise vide dont Laurent Gbagbo lui-même avait pourtant, par le passé, souligné les effets contre-productifs.
Interrogé ce mercredi 22 juillet sur la création de cet Observatoire, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly a indiqué que « le PPACI sait comment va fonctionner son observatoire. Dans tous les cas, nous sommes un gouvernement transparent, ouvert. Nous n’avons rien à cacher. Le PPACI pourra demander comme information, ça lui sera fourni ».
Marc Dossa
