Ekoun Kouassi, SG SYNESCI : « Pourquoi les taux de réussite aux examens à grand tirage stagnent »

par nordsud.info
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Ekoun Kouassi appelle à faire la promotion de l’école.

Ekoun Kouassi est le secrétaire général national du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (SYNESCI), et vice-président de la Mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l’Etat de Côte d’Ivoire (MUGEFCI).

Les examens de fin d’année viennent de s’achever. Avez-vous relevé des cas de fraude ?

Nous disons merci à Madame la directrice des examens et concours (DECO) qui a su manœuvrer pour que les examens se passent très bien. A notre niveau, il n’y a pas eu de signalement de cas majeur de fraude.

Est-ce que cela signifie qu’il y a eu moins de fraude cette année ?

Le point définitif sera fait par la DECO. Il faut aussi savoir que les enseignants se désintéressent de plus en plus de la surveillance des examens de fin d’année. Pour avoir signalé des cas de fraude, certains de nos collègues ont malheureusement été agressés. Heureusement, cette année, nous n’avons pas eu comme d’habitude des violences physiques envers nos collègues, au cours de ces examens.

« Il faut arrêter de célébrer la médiocrité »

Pour quelles raisons les enseignants se font-ils agresser pendant ces épreuves ?

A la proclamation des résultats des oraux, par exemple, quand l’élève voit que sa note n’est pas bonne, tout de suite, il s’en prend à l’enseignant, parce qu’il le connait. Donc, maintenir l’enseignant dans son même lycée pour les oraux, ne concourt pas à un examen de qualité. Il faut les déplacer pour aller interroger ailleurs. Dans les matières écrites où l’élève a échoué, il ne peut pas s’en prendre aux correcteurs, parce qu’il ne connait pas.

Est-ce que l’administration réagit à ces cas d’agression ?

Malheureusement non. Nous avons, à cause de cela, des collègues invalides qui ne peuvent plus enseigner. Ils sont mis à la bibliothèque ou dans l’administration. C’est ce qui fait que les collègues ne sont plus motivés autour de ces examens. Autre chose : depuis longtemps, on réclame que la surveillance soit payée, hélas, nous n’avons pas gain de cause.

Les cas d’agression des enseignants sont-ils localisés ?

C’est toute la Côte d’Ivoire qui est concernée, d’Abidjan jusqu’à Odienné, en passant par Bondoukou. Nous avons eu un cas à Sinfra, où le collègue, un prof d’anglais, a pris un élève en flagrant délit de fraude. Mais à la fin de la composition, l’élève l’a assommé avec une bouteille sur la tête. Cet élève n’a jamais été retrouvé. Aujourd’hui, l’enseignant est invalide.

Cela agit-il sur la qualité de la surveillance, selon vous ?

Quand le surveillant prend, par exemple, un élève en flagrant délit de fraude avec son portable, il se contente de le lui confisquer, sans expulser l’élève. Et le téléphone portable est remis à l’élève après l’examen. En plus des craintes d’agression physique, lorsque l’enseignant prend un candidat en flagrant délit de fraude, c’est lui qui est convoqué à l’inspection générale pour se faire entendre, avec des va-et-vient et des rapports à n’en point finir. Pendant ce temps, le tricheur est libre.

Avez-vous fait des propositions aux autorités pour changer cela ?  

Nous disons que lorsqu’un tricheur est pris, il faut éviter toute cette procédure et agir immédiatement.

On accuse aussi les enseignants de complicité pendant ces examens…

C’est vrai, les enseignants ont leur part de responsabilité dans la fraude. Les cas sont légion pour nos collègues du privé, qui disent aller en vacances et n’ont plus de salaire. Les examens sont donc peur eux l’occasion de se faire des sous.

« Pas de profs de math de la 6ème jusqu’en 4ème, dans certaines écoles »

Comment avez-vous analysé les taux de réussite au CEPE, au BEPC et au BAC ?

Chaque année, on stagne. Nous avons eu par exemple un taux de réussite au BAC qui est de 40,15% en 2025 et 40,60% en 2026. Cela veut dire que 60% des candidats ont échoué. Il faut le voir de cette façon. On ne peut donc pas s’en réjouir.

Pourquoi cette stagnation ?

Dans un premier temps, il y a le manque d’enseignants. Certains élèves de la 6ème à la 4ème, ne font pas de cours de physique ou de mathématique. Parce qu’ils n’ont pas de profs. C’est quand ils arrivent en 3ème, que le proviseur est contraint de leur assigner un enseignant de math et de physique. C’est pareil pour certaines classes de seconde et de première. Ajouté à cela les conditions de travail difficiles des enseignants et les effectifs pléthoriques, avec souvent 120 élèves dans des classes. Le dernier facteur, c’est l’abandon des parents. Aujourd’hui, il y a un désintéressement palpable des enfants vis-à-vis de l’école. Vous avez dans des familles, le grand frère qui a un master ou un doctorat, et qui n’a pas d’emploi. Pendant ce temps, un autre frère qui se livre à certaines activités illicites, est celui qui ramène l’argent à la maison. Que voulez-vous que les enfants en pensent ? Nous avons plusieurs concours dans le pays, mais les concours qui consacrent les meilleurs en mathématique ou en écritures, par exemple, sont les moins soutenus, au détriment d’autres choses. Il faut arrêter de célébrer la médiocrité.

Avez-vous une solution pour régler la pénurie des enseignants ?

Il faut simplement multiplier les Ecoles normales supérieures (ENS). Après le BAC, il faut envoyer le maximum de candidats admis pour en faire des profs de math ou physique.

Que prévoit le SYNESCI pour les primes ?

Nous allons très bientôt prouver aux Ivoiriens que les pères de la prime, c’est bien le SYNESCI. Nous vous dirons également où étaient en ce moment-là ceux qui se font passer aujourd’hui pour les auteurs de la prime.

Entretien réalisé par Raphaël Tanoh

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