Ce que Soro cherche au Mali : L’histoire secrète

par NORDSUD
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Les gamineries de Goïta. Le nouveau maître du Mali joue vraiment à se faire peur. Deux actes posés récemment par le colonel Assimi Goïta, chef de la junte malienne, montrent que ce dernier réagit au quart de tour : La libération en catimini de Ben Souk et la réception à Bamako de Franklin Nyamsi, un conseiller de Guillaume Soro.

La liberté de Ben Souk au centre de tractations politiciennes. Comme s’il voulait courroucer le Président ivoirien Alassane Ouattara, le colonel Assimi Goïta a fait libérer le 10 janvier 2022, l’Ivoirien Sess Soukou Mohamed dit Ben Souk, proche collaborateur de Guillaume Soro. Une audience était prévue le 11 janvier à 10 heures devant la chambre d’accusation. Mais Ben Souk a finalement été libéré plus tôt et en catimini. L’ancien député-maire de Dabou qui a épousé une Malienne a donc pris ses quartiers dans la capitale malienne.

Cette libération surprise de Ben Souk est interprétée à Bamako comme la réciproque des sanctions prises par la Cedeao contre le Mali, le 9 janvier 2022. Pour une certaine opinion, à Bamako, Alassane Ouattara est présenté comme le chef de file de la ligne dure au sein du collège des chefs d’Etat de la Cedeao qui ordonne un train musclé de sanctions comme le gel des avoirs du Mali par la Bceao.

Soro : le Mali, comme base-arrière de déstabilisation. La décision des autorités de la transition est d’autant plus surprenante que ce sont les services de police maliens qui avaient mis Ben Souk, aux arrêts le 10 août 2021. Parce que de très fortes présomptions de manoeuvres visant des recrutements de combattants aux frontières ivoiro-maliennes pesaient sur lui. Ben Souk était étroitement surveillé par les deux armées en raison de contacts présumés avec un certain Moussa Ag Acharatoumane du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) qui était basé dans le cercle de Ménaka dans la région de Gao. Sur instruction de Guillaume Soro, il s’agissait de passer commande d’environ 200 mitraillettes 12,7 mm qui devaient être montées sur des pick-up. Ce dernier a tourné casaque et s’est rapproché des autorités de Bamako. C’est donc Moussa Ag Acharatoumane, un ancien vendeur d’armes, qui aurait fourni assez d’éléments à charge pour aboutir à l’arrestation du pion de Guillaume Soro sur le sol malien.

Des sources bien introduites de norsud.info ont établi qu’un compte ouvert dans un établissement bancaire de Bamako avait déjà reçu des virements réguliers pour soutenir l’opération. L’objectif de toute cette action reste de harceler et de démobiliser l’armée ivoirienne en vue de contrôler des bouts de territoire du nord de la Côte d’Ivoire pour restreindre l’autorité de l’Etat. Avec cette occupation territoriale, Guillaume Soro envisage de contraindre le Président Alassane Ouattara et lui imposer un nouveau rapport de force.

La junte malienne : Chercher le soutien de Ouattara à tout prix. Assimi Goïta avait à coeur de bénéficier du soutien du président ivoirien dans ses efforts et manoeuvres pour rallonger la transition. Il a vu dans la mine d’informations fournies par Moussa Ag Acharatoumane du pain bénit.

Bamako s’était donc résolu à exécuter le mandat d’arrêt international émis depuis le 16 décembre 2020 par Abidjan contre cet émissaire de Guillaume Soro au Mali. L’objectif était de montrer à Alassane Ouattara qu’il pouvait compter sur lui pour neutraliser toutes les velléités de déstabilisation à la frontière nord de la Côte d’Ivoire. En contrepartie de l’appui et de l’influence du Président ivoirien dans la sous-région pour rallonger la transition et même le maintenir à la tête de l’Etat malien.

Opportunismes. Déjà, deux jours seulement après le coup d’Etat contre l’ex-président Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK) le 18 août 2020, Ben Souk avait été envoyé fissa par Guillaume Soro auprès de l’Imam Mahmoud Dicko, figure de proue de la contestation contre le régime déchu de Bamako. Il était porteur d’un message de son mandant. Les photos de cette rencontre du 20 août sur les réseaux sociaux tendaient à témoigner de la proximité que Soro voulait établir avec les nouveaux patrons de la junte au Mali. L’objectif était simple pour l’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne : Nouer des contacts solides en vue de prendre le Mali comme base-arrière dans son projet de déstabilisation de la Côte d’Ivoire. Le Mali devrait en conséquence lui servir à réimplanter toute son équipe en exil. Surtout qu’après le départ du président Blaise Compaoré du pouvoir au Burkina Faso le 31 octobre 2014, Guillaume Soro n’a jamais réussi à avoir ses entrées au palais de Kosyam. Contrairement à 2002 où les anciens rebelles ivoiriens avaient pris leur quartier à Ouaga.

L’arrestation en règle de son élément Ben Souk à Bamako le 10 août 2021 indiquait que les autorités de la transition malienne n’étaient pas prêtes à lui faire de cadeau. Et entendaient se rapprocher clairement d’Alassane Ouattara.

Après la politique, la fibre paternelle pour «embarquer» Ouattara. Le 4 août 2021, c’est le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération, Abdoulaye Diop, qui était porteur d’un message d’amitié, de solidarité et de fraternité du Président de la transition malienne, Assimi Goïta, à son aîné, le Président Alassane Ouattara. Le chef de la diplomatie malienne était donc venu saluer les efforts et les conseils du Président Alassane Ouattara, pour apaiser la situation que le Mali traverse.

Un autre signe, c’était la participation en grande pompe du Premier ministre Kokala Choguel Maïga au 27ème congrès de l’Union postale universelle (UPU) tenu du 9 au 27 août 2021 dans la capitale économique ivoirienne.

Mais avant cela, Assimi Goïta avait même fait fort en posant un acte significatif dans la tradition africaine, pour rentrer dans les bonnes grâces d’Alassane Ouattara. Dans le cadre de la célébration de la Tabaski, le chef de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, avait offert et fait convoyer 30 moutons au Président ivoirien Alassane Ouattara.

L’information, tenez vous bien,  avait été donnée le 13 juillet dans une note signée du directeur du protocole malien, l’ambassadeur Ibrahim Aboubacar Maïga. Et ce sont Siaka Konaté et son suppléant Hamadoun Sarre qui avaient été commis au transport dudit troupeau de moutons en Côte d’Ivoire.

Ce qui avait suscité, à l’époque,  un commentaire caustique et courroucé des ennemis d’hier et amis d’aujourd’hui de la junte malienne.  Sous la dictée de Guillaume Soro, c’est Franklin Nyamsi qui est commis pour charger Goïta le 12 août 2021 dans un tweet : «J’en suis convaincu depuis longtemps. Assimi Goïta faisait lui-même partie des moutons qu’il a livrés au despote Alassane Ouattara. Dans le suivisme aveugle, le suiveur est toujours le sacrifié».

L’explication de cette colère était que Guillaume Soro et ses compagnons qui travaillaient à bâtir une relation d’intérêt avec la junte militaire d’Assimi Goïta pour déstabiliser Abidjan se heurtaient à un mur. Les vents étaient mauvais. Ben Souk, leur éclaireur sur terrain de jeu malien, était en prison.

La rencontre Goïta-Nyamsi à Bamako. Le deuxième acte de la gaminerie – certainement pas le dernier-  à laquelle se livre Assimi Goïta est la réception dans un des salons du palais de Koulouba de  Franklin Nyamsi, le conseiller de Guillaume Soro, le 8 février 2022. En acceptant de recevoir un émissaire de l’ex-chef du Parlement ivoirien, Assimi Goïta, dans son entendement, envoie un autre message à Alassane Ouattara. Donner une visibilité diplomatique à Guillaume Soro qui est en rupture de ban avec le pouvoir ivoirien. Il veut donc faire sienne la citation de Jean-François Kahn qui dit : « Les ennemis de nos ennemis sont nos amis. . . jusqu’à la disparition de l’ennemi. »

C’est donc fier comme Ulysse a fait bon voyage que Franklin Nyamsi a rendu publique la photo le montrant aux côtés d’Assimi Goïta. Sur le post qu’il en fait pour informer l’opinion publique, il est écrit: «Je lui ai apporté les fraternelles et distinguées salutations de Son Excellence Guillaume Soro et le vaste soutien citoyen de l’Afrique des libertés». Il a assuré avoir eu avec le chef de la junte malienne «une longue et profonde conversation au service de l’espérance africaine».

Désespérément, le Mali. Guillaume Soro et ses acolytes cherchent désespérément un ancrage territorial en Afrique. Toutes les portes se sont fermées : Le Togo, le Sénégal, le Maroc, la Guinée équatoriale, le Congo Brazzaville; Aux frontières ivoiriennes, le Ghana, le Liberia, la Guinée et le Burkina Faso sont incertains.

Le Mali est donc la dernière bouée pour sauver la clique. Pour non seulement établir une base-arrière. Mais également pour lever des fonds. Car sur ce plan également, tous ceux qui avaient parié sur Soro se sont rendus à l’évidence : Ses rêves de présidence en Côte d’Ivoire sont plus que lointains. Les porte-monnaies se sont refermés. Les bailleurs de fonds occultes se font discrets.

Guillaume Soro lorgne donc aujourd’hui sur la manne russe. Il se dit que par ses agences informelles comme Wagner, la Russie cherche des leaders, des partenaires en Afrique, pour faire contrepoids aux Occidentaux. Soro et ses officines ont ainsi entrepris de se positionner sur ce créneau : Attirer l’attention et même séduire les Russes. Pour capter du soutien. Logistique et financier. C’est ainsi qu’ils ont pondu sur les réseaux sociaux une littérature abondante pour soutenir les supplétifs russes de Wagner en Centrafrique.

Le Mali, c’est donc la terre idéale : C’est à la frontière ivoirienne, et les Russes y ont pris pied.

Reste à voir pendant combien de temps les intérêts d’Assimi Goïta et de Guillaume Soro coïncideront. Et surtout ce que produira l’alliance de deux personnalités en position plus que délicate.

L’histoire n’a pas encore dit son dernier mot.

Bakayoko Youssouf

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