*Pour obtenir la paix à l’école, l’Etat a donné rendez-vous aux enseignants à Grand-Bassam, autour d’un atelier. Mais tout reste encore fragile.*
La seconde trêve sociale entre le gouvernement et les travailleurs, a été ternie par la récente grève au sein de l’école. Depuis sa signature, le 8 août 2022, cet accord de paix sur 5 ans, n’a eu de cesse d’être remis en cause. Ses premiers tortionnaires ? L’Intersyndicale du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’Enseignement technique, de la formation professionnelle et de l’apprentissage (IS-MENA/METFPA) qui exige pour les enseignants, des primes. Une revendication portée depuis 2 ans et qui capte aujourd’hui toutes les attentions.
ALLOCATION FAMILIALE
Pourquoi la trêve n’a-t-elle pas réussi à empêcher ces mouvements d’humeur ? Le gouvernement a pourtant fait de nombreuses concessions. Notamment, la revalorisation des indemnités de logement, de transport, de l’allocation familiale.
En 2022, la question avait été posée aux partis signataires. Seraient-ils capables d’empêcher les syndicats d’aller en grève ? Gnagna Zadi, président de la centrale Plateforme nationale des organisations professionnelles du secteur public et privé de Côte d’Ivoire, s’était montré prudent sur la question : « je ne peux pas donner de garanti (ndlr, qu’il n’y aura pas de grève). En tant que président, je fais en sorte que les syndicats de la Plateforme respectent la signature. Personne ne nous a obligés à signer. Quand vous le faites, il faut assumer cette responsabilité ».
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COGERANTS DE LA TREVE SOCIALE
Une analyse similaire, portée par Jean-Yves Abonga, président de la Centrale Intersyndicale des Travailleurs de Côte d’ivoire (ITCI). « La trêve sociale est un accord signé entre deux parties. Le Gouvernement de Côte d’ivoire et les 8 organisations syndicales que sont l’UGTCI, la FESACI, DIGNITE, l’UNARTCI, HUMANISME, La PLATEFORME, La COSYFOP et l’IFCI devenue aujourd’hui Intersyndicale des Travailleurs de Côte d’ivoire en abrégé (ITCI) dont je préside les destinées. Nous sommes donc cogérants de cette trêve sociale avec le Gouvernement. Cela dit, l’objectif de cet accord est de trouver des solutions aux problèmes et revendications des fonctionnaires et agents de l’Etat, par la voie négociée», a souligné Jean-Yves Abonga à nord-sud.info, dans un entretien. Hélas, l’un des problèmes rencontrés a été la mise en place des comités techniques au sein des ministères, pour discuter avec les syndicats. Ensuite, il a fallu tenir compte des efforts déjà consentis par l’Etat. « La satisfaction des revendications pour ce 2e accord portant trêve sociale 2022-2027 est évaluée à 1100 milliards sur les 5 ans, soit 225 milliards F CFA par an », mentionne M. Abonga. Un accord qui n’avait pas pris en compte les primes des enseignants.
SOUPÇONS DE MANIPULATION
D’où la difficulté que les parties signataires ont eu à négocier avec le gouvernement sur ce point. C’est du moins ce qui ressort des explications de Zondé Stéphane, porte-parole de la Coalition des syndicats du secteur éducation/formation (COSEFCI), membre de l’IS-MENA. « Lors de la signature de la seconde trêve sociale, la revendication sur la prime n’en faisait pas partie. Les signataires voulaient attendre en 2027, pour inclure cette doléance. Cela ne pouvait marcher », a indiqué ce dimanche M. Zondé. La conséquence a été le désaveu, se persuade-t-il, des centrales signataires de la trêve sociale. « Nous refusons dorénavant qu’elles parlent en notre nom », a ajouté l’enseignant, avant de poursuivre: « cette grève est le symbole de l’échec de la trêve sociale. C’est parce que les signataires de la trêve n’ont pas réussi à porter nos revendications devant les autorités que nous avons débrayé ».
Les 17, 18 et 19 avril prochains, d’après lui, l’IS-MENA/METFPA sera à Grand-Bassam, dans le cadre d’un atelier pour aborder la question de la prime. Et cela n’a été possible que grâce à leur mouvement. Le thème de cette rencontre est évocateur. ‘‘Examen de la revendication relative à la prime : élaboration d’un chronogramme de travail’’. L’échec des centrales pour lui ne signifie pas qu’ils sont manipulés. « La preuve, c’est que nos membres voulaient à tout prix que nous poursuivions la grève. Mais nous avons choisi la voie de la négociation », fait savoir Zondé Stéphane.
Le montant de la prime est évalué à 400 milliards F CFA, rien que pour le personnel de l’Education nationale. Il faut aussi tenir compte de ceux de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle. L’Etat a-t-il les moyens de satisfaire cette demande colossale ? Oui, répond l’IS-MENA, car il s’agit de leur toute dernière doléance à caractère financier. « Après ça, les enseignants ne se plaindront plus », promet M. Zondé.
Ce n’est pas sérieux, souligne un proche collaborateur de la ministre d’Etat, ministre de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration. « Depuis son arrivée au pouvoir, le président de la République n’a fait que des faveurs aux enseignants. Mais ce sont toujours les mêmes qui revendiquent. La difficulté vient du fait qu’il y a trop de syndicats qui prétendent parler au nom des travailleurs. Cela n’à rien à voir avec la qualité de l’école. Ils sont venus dans l’enseignement pour l’argent. Il y a d’autres revendications sur leur liste que l’Etat a réglées. Par exemple, la suspension des cours le mercredi. Mais comme elles ne sont pas à caractère financier, ils n’ont pas salué leur satisfaction », déplore notre interlocuteur. Pour lui, l’Etat est prêt à tout pour obtenir la paix à l’école. Mais ce n’est pas un signe de faiblesse.
Raphaël Tanoh
