4ème pont d’Abidjan : Pourquoi des riverains ne sont pas encore partis

par NORDSUD
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Après le quartier Fromager d’Attécoubé, ce sera au tour de Yopougon «Nouveau quartier» et «quartier Doukouré» d’être déguerpis à partir de lundi 19 octobre 2020. En attendant l’arrivée des machines, l’atmosphère dans ces sites prête à confusion.

Yopougon, «Nouveau quartier, Bureau Sodeci». L’effervescence sur la chaussée masque l’activité suspecte qui a lieu autour. Le «Garage Multiservice» est en pleine démolition. Trois ouvriers, marteaux et scies en mains, sont occupés à décoiffer le hangar. Dans un bureau annexe, Issa Traoré, le propriétaire, range ses cartons. Le sexagénaire doit quitter les lieux avant lundi. Son garage étant situé au bord de la route, il lui faut donner l’exemple à tous les résidents du «Nouveau quartier» à déguerpir. «Il y a un mois, j’ai reçu mon chèque. Je suis en train de me réinstaller à Yopougon-Koweit», explique-t-il. Prévenus depuis 2016, dit-il, beaucoup comme lui ont attendu de recevoir d’abord leurs chèques avant de se préparer à quitter les lieux.

«Pour partir, il faut trouver un endroit où se réinstaller. Pour trouver un endroit où se réinstaller, il faut d’abord de l’argent. Voilà pourquoi beaucoup sont toujours là, même après l’annonce du déguerpissement lundi prochain», ajoute notre interlocuteur. Effectivement, le long du «Garage Multiservice», les ateliers, les boutiques et magasins sont toujours en activité.

La plupart d’entre eux n’ont reçu leurs chèques que le mois dernier. D’autres, comme la tenancière de la quincaillerie qui jouxte le «Garage Multiservice», affirment que c’est seulement ce mercredi 14 octobre qu’il ont reçu le chèque. «J’ai reçu un chèque de 350 000 FCFA. Et je vais partir avant lundi. On va ouvrir la quincaillerie devant la maison en attendant d’avoir un autre terrain», informe la dame.

Dans ce lot de personnes dédommagées, il y a ceux qui sont déjà partis. Comme Monique Kouadio, la voisine d’Issa Traoré. Propriétaire résident, elle a reçu son chèque en même temps que de nombreux proprios.  Sur des murs où il y a écrit AD (ndlr, à démolir), les anciens propriétaires ont quitté les lieux. Monique, d’après les informations données par les voisins, a décidé de rentrer au village pour repartir à zéro. Dans cet amalgame d’habitations, de magasins, d’ateliers, chaque cas est différent de l’autre.

Des propriétaires n’ont pas encore quitté le site. Leurs maisons sont toujours habitées. Apenan Aman, par exemple, est dans l’une de ces masures sans commodités, au bardage lapidaire. Son proprio ? Il fait le pied de grue, à l’entendre, pour toucher son chèque. «Moi, je suis locataire depuis 7 ans et je n’ai pas été prise en compte dans le recensement», se plaint-elle.

Ce jeudi, Apenan Aman ne donne pas l’impression de préparer ses bagages, mais rassure qu’elle partira avant l’arrivée des bulldozers. Sa zone ainsi que celle d’Issa Traoré, seront prises en compte dans la construction de deux échangeurs. Ils seront donc les premiers à passer au bulldozer.

Démolition

Au «Quartier Doukouré», de l’autre côté la route, c’est la même ambiance. En s’enfonçant dans ce bled à l’haleine d’égout, on se rend compte de l’ampleur de la tâche qui attend les démolisseurs. Des centaines de maisons sont marquées à l’encre rouge. À démolir. Dans les ruelles glauques et inextricables, l’angoisse est palpable. C’est lundi la démolition. Pourtant, beaucoup n’ont pas encore reçu leur argent. C’est le cas de Konhon Elise qui s’empresse de montrer son reçu d’identification de l’Agence de gestion des routes (Ageroute), le numéro : PCP/DOV/026. «On vient lundi pour casser les maisons. Mais on nous a oubliés», panique-t-elle. Elle n’est pas la seule. De nombreux résidents montrent aussi leurs reçus dans un concert de plaintes et de jurons. Pourquoi n’ont-ils pas encore reçu l’argent à 4 jours de la démolition ? Pour le chef du quartier, El Hadj Adama Diomandé, il n’y a pas lieu de paniquer. «Les payements continuent, tous les jours. Même le lundi, certains vont être payés. La préfecture assure une permanence pour cela et les gens doivent se rendre là-bas pour être pris en compte».

250 000 FCFA

Dans cette atmosphère délétère, quelques propriétaires de maison en ont profité pour plumer leurs locataires. Sachant qu’ils allaient être dédommagés et qu’ils devaient quitter leurs maisons, ils les ont quand même mises en location. Les locataires qui ont donc occupé ces maisons après le recensement, ont pensé qu’ils allaient être dédommagés.

Mais non, explique El Hadj Adama Diomandé, qui a fait le premier dénombrement avec les agents de l’Ageroute. Seuls les locataires qui étaient là avant le comptage ont été pris en compte. Et la plupart ont reçu environ 250 000 FCFA comme dédommagement. «Nous avons été trompés par notre propriétaire de maison, qui ose venir nous encaisser le loyer ce mois en menaçant d’enlever le toit de la maison si nous ne payons pas, alors que la maison sera démolie», pleure Aminata. Ils sont nombreux ce jeudi à maudire leurs proprios cupides.

À côté de ces cas, une autre catégorie de résidents jure avoir été oubliée pendant le recensement de 2016. Et même pendant celui de 2019. Vrai ou faux ? C’est plutôt probable, répond le chef du quartier. En attendant donc l’arrivée des destroyers lundi, il y a encore des choses à éclaircir sur les sites de construction du 4ème pont.

Raphaël Tanoh

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