Logements sociaux: Pourquoi la 2ème phase tarde

par nordsud.info
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Abidjan est engorgée et les choses ne sont pas près de s’arranger. Afin d’inverser la donne, la deuxième phase des logements sociaux est censée régler la mire. Mais, à quand les choses sérieuses ?

Depuis l’annonce de la deuxième phase des logements sociaux, les Ivoiriens ont le regard tourné vers le ministère de la Construction, du logement et de l’urbanisme. Le 17 juin 2022, Bruno Nabagné Koné a signé deux mémorandums d’entente avec deux sociétés immobilières américaines. GIS International et Africa Ath. Objectif : construire 35. 000 logements sociaux, économiques et de standing au profit des Ivoiriens de la diaspora, mais aussi de la population à revenus moyens. Bien avant cela, le 15 avril 2022, le ministre avait signé trois conventions avec la société égyptienne Arab Contractors. La structure annonce 20.000 logements sociaux, économiques et de standing à des coûts abordables, avec l’option de la location-vente, destinés aux ménages à faibles revenus. L’élément commun ici est la satisfaction des ménages à faibles revenus. Une mission que l’Etat veut réussir, après un premier échec. Sauf que sur le terrain, les Ivoiriens s’impatientent. «Beaucoup de choses sont annoncées mais on ne voit rien», regrette Yaya Sanogo, président des locataires de Côte d’Ivoire.

Enquête à la police

Mais sur le terrain, on veut s’assurer que tous les boulons sont bien serrés pour éviter que la machine lâche en route. La semaine dernière, le ministère de la Construction a tenu un séminaire de renforcement des capacités des acteurs et usagers de l’immobilier sur les dispositions du code de la construction et de l’habitat. L’occasion d’aborder la question des promoteurs à agréer. Si le ministre Bruno Koné informe que la liste des promoteurs a été ouvertes aux entreprises internationales, Bongué Tia Sylvain, directeur du logement et de l’aménagement foncier signale que tous les promoteurs agréés sont scrutés à la loupe. A l’entendre, ils font l’objet d’une enquête à la police, avant d’avoir leur agrément.

Selon Bruno Koné, l’un des buts de l’ouverture des promoteurs à l’étranger est de parvenir à réaliser au minimum 50 à 60.000 logements tous les ans. «Le déficit est de 600.000 logements à peu près, dans une ville qui compte entre 6 et 7 millions d’habitants», indique le ministre. Pour s’assurer que rien ne viendra enrayer la machine, Bruno Koné informe qu’un projet pilote sur 25.000 logements, avec un accompagnement fort de l’Etat, va être lancé. Il s’agira de «de roder les machines», avant les choses sérieuses. Mais, surtout, de rassurer les investisseurs, en les amenant à prendre le relais.

Recrutement des personnes éligibles

Une préoccupation partagée par Yaya Sanogo. «Lors de la première phase des logements sociaux, les personnes à qui étaient destinées les maisons ne les ont pas reçues», rappelle-t-il, en insistant sur le sérieux à mettre cette fois-ci dans le projet. Le ministre, qui en est conscient, rassure qu’une commission de sélection, de recrutement des personnes éligibles au projet a été mise en place. La commission a pour but de faire en sorte que seules les personnes qui ont droit à ce programme puissent y accéder, contrairement au premier programme de logements sociaux où les maisons sont plutôt revenues à des gens aisés. En plus, la cible principale, d’après le ministre, ce sont les fonctionnaires. Cette deuxième phase des logements sociaux va atténuer les conditions d’accès au logement, à travers le tout nouveau Fonds de garantie du logement social (Fgls). Mais également, à travers le principe de la location-vente, qui donne le temps au travailleur moyen de payer sa maison sur une durée de 20 à 30 ans. Les fonctionnaires ayant autour de 25 ans de carrière, souligne Bruno Koné, pourront dès le début rentrer dans un programme. «80% des Abidjanais sont locataires. Ce qu’ils recherchent, c’est la possibilité d’accéder à un logement décent», fait-il savoir. Ainsi, à l’entendre, avec le soutien de l’Etat, les conditions d’accès seront assouplies, «les loyers seront fixés en conséquence, avec une part importante de subvention de l’Etat».

Garantie

Quelle garantie que les promoteurs choisis pourront fournir aux Ivoiriens, les maisons qu’ils désirent aux coûts qu’ils souhaitent ? L’Etat n’étant plus constructeur. «Le système de la Sicogi (ndlr, Société ivoirienne de construction et de gestion immobilière), était le meilleur. Malheureusement, elle a été dissoute. Or, nous avons besoin qu’il y ait du social pour pouvoir accéder à un toit. Un fonctionnaire qui est payé à 250 000 FCFA, peut-il valablement bénéficier d’un logement social à la fin de sa carrière ?», s’interroge Abba Eban, président du Mouvement pour l’union des enseignants de Côte d’Ivoire (Muneci).

La question turlupine. Elle a même été à la base de l’échec du premier programme. Cette fois-ci, pas question de se laisser avoir. Le ministre annonce la levée d’un fonds de 500 milliards de FCFA qui sera attribué à la Construction.  «Il faudra qu’on s’habitude à habiter en hauteur, pour résorber le gap», note aussi Bruno Koné. Et le ministre d’ajouter : «C’est un principe qui s’impose à toutes les grandes villes africaines». Un choix qui permettra de rendre accessible le coût des maisons. Bien que la Sicogi ait été dissoute, pour Bruno Koné, l’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui la remplace, veillera à ce que cette deuxième étape des logements sociaux soit bien pilotée. Si les Ivoiriens s’impatientent, c’est parce que la préparation prend du temps.

Raphaël Tanoh

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