Le RHDP semble désormais déterminé à rétablir l’ordre et la discipline dans ses rangs. Une ligne de fermeté qui interroge cependant sur la gestion des ambitions et des frustrations au sein du parti présidentiel.
Réuni le mardi 24 mars à son siège de la rue Lepic à Cocody, le directoire du RHDP, à l’occasion de sa 32ᵉ séance de travail, a réaffirmé sa volonté de sanctionner les cadres et militants ayant bravé les consignes du parti en se présentant en candidats indépendants lors des législatives de décembre 2025.
Selon le communiqué qui a sanctionné le conclave, l’organe dirigeant du parti présidentiel a annoncé que 176 membres sont concernés par ces mesures disciplinaires, dont 5 coordonnateurs régionaux et adjoints, 2 secrétaires nationaux, 29 secrétaires départementaux, ainsi que 99 militants de base. Le directoire, dirigé par Gilbert Kafana Koné, a également mandaté le secrétaire exécutif pour mener une enquête interne afin d’identifier les éventuels soutiens ayant favorisé ces candidatures dissidentes.
Cette posture tranche avec la pratique antérieure du parti au pouvoir qui, depuis plusieurs années, avait souvent réintégré voire promu des candidats indépendants sortis victorieux des urnes. Mais, fort de sa large victoire aux dernières législatives, marquées par le boycott d’une partie de l’opposition, le RHDP semble désormais décidé à durcir le ton et à fermer la porte à toute forme d’indiscipline.
En interne, certains cadres justifient cette ligne par le retour à la discipline et à la cohésion. « C’est une décision logique. On ne peut pas militer dans un parti et fouler au pied les décisions prises au sommet de ce parti. Nous avons besoin de discipline et de cohésion au sein de notre famille politique », confie un membre du gouvernement. Un autre responsable du directoire insiste sur la nécessité de préserver l’unité de la formation politique, suggérant à demi-mot une exclusion des ‘’indisciplinés’’.
Cette décision s’inscrit dans la continuité des mises en garde répétées du président Alassane Ouattara, qui n’a jamais caché son agacement face à la multiplication des candidatures indépendantes. Lors des dernières législatives, pas moins de 1 141 candidatures indépendantes avaient été validées par la Commission électorale indépendante (CEI), un phénomène que le chef de l’État considère comme une menace pour la cohésion de son parti, malgré les arguments de ceux qui y voient une preuve de vitalité démocratique. De bonnes sources, le chef de l’Etat a réprimandé quelques figures du directoires, regrettant leur incapacité à mettre de l’ordre au sein de l’appareil politique.
Cependant, sur le terrain, l’application de ces sanctions suscite scepticisme et interrogations. Plusieurs militants dénoncent un sentiment de « deux poids, deux mesures », rappelant que certaines candidatures dissidentes ont, par le passé, été tolérées voire récompensées.
Des exemples récents alimentent cette perception. À Man, l’investiture de Mamadou Bamba, ancien candidat indépendant, en remplacement du député sortant Sidiki Konaté, a été perçue comme une prime à l’indiscipline. Une situation similaire a été observée à Bouaflé avec le remplacement d’Issiaka Koné par l’ancien ministre Adama Koné. Ces choix ont parfois par le passé poussé des cadres écartés à se présenter à leur tour en indépendants.
Lors des municipales de 2023, le soutien public de Philippe Légré à Nakaridja Cissé, une candidate indépendante contre le candidat officiel du RHDP n’avait suscité aucune sanction. Mieux, la candidate concernée avait ensuite bénéficié de l’investiture du parti pour les législatives de 2025, renforçant le sentiment d’injustice au sein des militants.
Au-delà de ces cas, des voix internes pointent un problème plus profond lié au processus de sélection des candidats, jugé peu inclusif voire opaque. « Ce sont toujours les mêmes qui sont promus depuis des années », déplore Ali Traoré, un militant du RHDP, joint à Gagnoa. Il estime que cette situation alimente les frustrations et par ricochet les candidatures dissidentes.
Certains observateurs rappellent également que des figures influentes du parti ont, par le passé, ouvertement encouragé ces candidatures indépendantes pour consolider leur poids politique local, contribuant ainsi à fragiliser la discipline interne.
Ces tensions ne sont donc pas nouvelles. Déjà en 2023, l’ancien ministre Mamadou Sanogo dénonçait des rivalités internes et l’utilisation des moyens de l’État pour affaiblir certains cadres, dans un contexte de lutte d’influence au sein du parti.

Malgré les avertissements fermes sans cesse répétés d’Alassane Ouattara, qui avait promis des sanctions aussi bien contre les candidats indépendants que leurs soutiens, le phénomène n’a cessé de s’amplifier, révélant ainsi des fractures internes persistantes.
Pour certains analystes, la stratégie actuelle du RHDP soulève des interrogations de fond. Derrière la volonté affichée de restaurer la discipline, cette politique de « tolérance zéro » met en lumière des failles structurelles dans la gestion des ambitions internes.
Sanctionner des militants pour avoir exercé leur droit de se présenter comme indépendants peut apparaître comme une restriction de la pluralité interne. D’autant plus que ces candidatures n’ont pas empêché le RHDP de conserver une large majorité à l’Assemblée nationale.
Dès lors, l’annonce de sanctions massives, quatre mois après les législatives de décembre dernier, est perçue par certains comme une réaction tardive, voire contre-productive. Elle pourrait fragiliser la base militante et alimenter des frustrations susceptibles de favoriser l’émergence de courants dissidents.
L’ouverture d’enquêtes internes pour traquer les soutiens aux candidats indépendants fait également craindre un climat de suspicion au sein du parti, au risque de transformer les divergences politiques en conflits internes.
Plus largement, cette crise met en évidence les limites du mode de gouvernance du RHDP. Pour plusieurs observateurs, l’absence de mécanismes transparents de sélection des candidats, tels que des primaires ou des consultations locales, constitue l’une des principales sources de tensions.
Enfin, certains rappellent que les candidatures indépendantes ont, par le passé, contribué à la survie politique du RDR, l’ancien parti qui a porté au pouvoir Alassane Ouattara en 2010. En 2000, alors que ce parti libéral avait boycotté les législatives, plusieurs de ses cadres s’étaient présentés en indépendants, permettant au mouvement de conserver une présence à l’Assemblée nationale.
Un précédent historique qui relativise aujourd’hui la volonté du RHDP de sanctionner fermement un phénomène qui, hier encore, participait à sa propre dynamique politique.
Le parti présidentiel est loin d’être la seule formation politique confrontée à la question de l’indiscipline. En décembre dernier, l’ancien président Laurent Gbagbo a relevé de leurs fonctions les cadres du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI) qui ont bravé la décision du Comité centrale, en se présentant aux législatives, alors que leur parti avait décrété le boycott de ces élections.
Marc Dossa
