Kouassi N’Dri est le président de l’Union des bouchers professionnels ivoiriens (Uboprovi).
Pourquoi, plusieurs années après les mesures de l’Etat, le prix du kilogramme de viande n’a toujours pas baissé ?
Deux facteurs essentiels expliquent cela. D’abord, la mauvaise foi des opérateurs économiques. Ils ont accusé les barrages routiers d’être à la base de la hausse du prix de la viande. Or, c’est faux. La preuve, le gouvernement vient de faire baisser significativement le nombre de barrages entre Pogo et Abidjan, mais rien n’a changé. Pour vous donner un exemple, entre 2007 et 2009, ils avaient exposé ce même problème. A cette époque, il existait 108 barrages routiers entre Pogo et Port-Bouët. Sous prétexte qu’ils perdaient environ 850 000 FCFA comme frais de route, le prix du kg de bœuf était passé de 1300 à 2000 FCFA. L’Etat a donc pris des mesures pour réduire le nombre de barrage à zéro. Mais le kg est resté à 2000 FCFA. C’est la mauvaise foi des opérateurs économiques. Le système de convoyage n’a rien changé et ne changera rien. Rien n’explique les prix que nous avons sur le marché.
Quel est le deuxième facteur ?
La deuxième chose qui fait que les prix n’ont pas baissé, c’est qu’on vend les bœufs à vue d’œil et non à la pesée. Lorsque le boucher paye l’animal, il pense pouvoir en tirer un certain prix mais au final il se rend compte que la viande de l’animal a été surestimée, alors, il augmente le prix du kg pour ne pas vendre à perte. Il faut instituer la pesée à la vente, c’est un mécanisme indispensable. À cela, nous ajoutons une chose qui malheureux en Côte d’Ivoire. Les opérateurs économiques vendent leurs bêtes selon le statut social du client, selon son origine ethnique. Le prix du bœuf dépend de l’origine du client.
Pourquoi une telle anarchie ?
Parce que celui qui doivent réguler le secteur, c’est le ministre. Mais le ministre ignore ce qui se passe sur le terrain. C’est à nous, les organisations, de faire une expertise de la situation et de le lui envoyer pour qu’il prenne les mesures idoines. Or, le secteur est divisé par les querelles de leadership. Vous avez vu qu’au Salon de l’agriculture, ce sont trois organisations et non une, qui ont été décorées.
Direz-vous que le djihadisme n’a pas d’influence sur le prix du kg de bœuf ?
Le Djihadisme a le dos large. C’est pour atténuer les problèmes dans les pays voisins que l’Etat a pris des mesures comme le convoyage. Mais les gens sont toujours dans la spéculation. Je vous ai donné l’exemple de 2007-2009 pour vous dire qu’ils ne sont pas prêts à baisser le prix du kg de viande de bœuf.
Entretien réalisé par Georges Dagou
