Radiation de cadres, maintient de Gbagbo à sa tête : ce congrès qui révèle les fragilités du PPACI

par nordsud.info
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Réuni en congrès du jeudi à vendredi derniers, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire a prononcé de lourdes sanctions contre plusieurs de ses cadres accusés d’indiscipline, tout en confirmant le maintien de Laurent Gbagbo à sa présidence de la formation politique. Deux décisions qui alimentent les débats sur l’avenir du parti d’opposition.

Le couperet est tombé dès le premier jour du congrès, le jeudi. L’ancien vice-président du Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI), Ahoua Don Mello, son proche collaborateur Ferdinand Ahilé ainsi que le maire Antoine Kanga ont été radiés du parti. Le premier magistrat de la commune de M’batto, avait toutefois déjà quitté le PPACI deux semaines auparavant pour rejoindre le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Pour entériner ces sanctions, un vote des congressistes a été organisé. Sur 1 393 suffrages exprimés, 1 376 participants ont voté en faveur de la radiation, contre 5 voix défavorables et 12 abstentions.

Ces sanctions interviennent après plusieurs mois de tensions entre Ahoua Don Mello et la direction du parti. L’ex-vice-président avait notamment proposé une candidature alternative à celle de Laurent Gbagbo pour l’élection présidentielle du 25 octobre 2025. Face aux réactions suscitées par cette proposition, il avait finalement annoncé sa propre candidature, provoquant son éviction immédiate de ses fonctions.

D’autres cadres du PPACI ont également été sanctionnés. Stéphane Kipré et Arthur Dally, entre autres, écopent de suspensions allant de 6 à 18 mois pour avoir participé aux élections législatives du 27 décembre, en contradiction avec la décision du comité central du 4 novembre 2025 appelant au boycott du scrutin.

Pour Justin Katinan Koné, ces mesures relèvent avant tout du respect de la discipline interne. « On ne peut rien faire ou rien gagner sans la discipline. La discipline, c’est la colonne vertébrale de toute action », a-t-il signifié après les sanctions. Selon lui, ces décisions « ne sont dirigées contre personne », mais constituent « une alerte pour que tout le monde comprenne ».

Au-delà des sanctions, l’autre décision majeure du congrès concerne le maintien de Laurent Gbagbo à la tête du PPACI. Une orientation qui surprend, alors que l’ancien président avait publiquement évoqué, en octobre 2025, son intention de se retirer progressivement de la direction politique.

Lors d’un entretien accordé en octobre 2025 à Alain Foka, Laurent Gbagbo avait fait part de son intention de prendre une retraite bien méritée. « Il n’y a pas de retraite en politique, mais je m’interdirai d’occuper des fonctions politiques, à l’intérieur de mon parti comme dans l’État. J’ai assez donné. A plus de 80 ans, on n’est plus en pleine santé. Plus l’âge avance, plus vous faiblissez », avait annoncé l’ex-député de Ouragahio. Quelques semaines plus tard, devant ses partisans à l’occasion du lancement de l’Initiative pour la libération des prisonniers d’opinion (ILPO), il nuançait toutefois ses propos, indiquant vouloir préparer lui-même les conditions de son départ politique, sans subir de pression extérieure. « Je ferai la politique jusqu’à ma mort ! Mais c’est moi, et moi seul, qui déciderai sous quelle forme je ferai la politique. C’est moi, et moi seul, qui déciderai sous quelle forme, je continue mon combat. Donc ce débat, il faut l’arrêter ; c’est de l’outrecuidance A cet âge que j’ai et avec mon parcours, la sagesse, c’est de se préparer à partir. Mais, j’ai décidé que je ne partirai pas brusquement, parce que je l’avais fait une première fois et ça nous a conduits à la catastrophe. La sagesse me recommande donc de préparer cette sortie. Mon ambition aujourd’hui, c’est de partir. Mais pas de partir pour vous abandonner. Cependant, je ne permettrai à personne de décider de quand je dois partir », avait-il tenté de rassurer ses partisans, inquiets de son départ annoncé, en novembre 2025.

Quelques heures après leur adoption, ces deux décisions du premier congrès ordinaire du PPACI provoquent de nombreuses réactions, y compris au sein de l’ancienne galaxie politique de Laurent Gbagbo. Dans sa lettre de démission, Olivier Zahi Zabo, jusque-là représentant du PPACI au Nigeria, déplore un manque de démocratie interne et un refus manifeste de l’alternance. Il critique également la radiation d’Ahoua Don Mello, qu’il considère comme une personnalité majeure et un poids lourd politique. « Au regard de l’évolution actuelle du parti, je constate avec regret un manque de démocratie interne, un refus manifeste de l’alternance ainsi que des pratiques qui ne correspondent plus à ma vision de l’engagement politique. La radiation du camarade vice-président exécutif Ahoua Don Mello, qui demeure incontestablement une personnalité majeure et un poids lourd politique qu’on le veuille ou non, a profondément renforcé mes inquiétudes quant à l’avenir démocratique du parti. Je quitte donc le parti avec sérénité, après avoir accompli ma mission avec fidélité et responsabilité », écrit le démissionnaire dans un courrier express.

Le maintien de Laurent Gbagbo à la présidence du parti, malgré son âge avancé, nourrit également des interrogations sur le renouvellement générationnel au sein du PPACI. « Par ailleurs, votre reconduction comme président du parti, malgré votre âge très avancé, sans véritable ouverture à une relève générationnelle et politique, conforte davantage mon désaccord avec l’orientation actuelle du PPACI », estime justement Olivier Zahi Zabo. « Dans le monde gérontocratique africain, le renouvellement du leadership, dans les principaux partis, se trouve en panne sèche », se convainc un autre ancien partisan de Laurent Gbagbo. Certains observateurs et militants établissent même un parallèle entre la radiation de l’ancien chef de l’État de la liste électorale et l’exclusion infligée à Ahoua Don Mello, y voyant une illustration des tensions autour de la gestion de la contradiction politique. « Vous avez dit radiation ? Et pourtant vous êtes victimes de radiation. Radier de la liste électorale et radier du parti, n’est-ce pas de l’intolérance et de l’extrémisme ? », questionne un intellectuel proche de l’ancienne ‘’gauche ivoirienne’’. 

Si plusieurs cadres du PPACI estiment que ces décisions permettent de mettre fin aux querelles de succession et de restaurer l’autorité du parti, d’autres craignent au contraire un approfondissement du malaise interne, avec les prémices de la guerre de succession, aux contours incertains. Une situation d’autant plus marquante que les relations entre Laurent Gbagbo et Ahoua Don Mello, bien que souvent tumultueuses, en plus de 30 ans de compagnonnage politiques, n’avaient encore jamais débouché sur une rupture aussi brutale.

Marc Dossa

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