PPACI : guerre ouverte autour de l’héritage de Gbagbo

par nordsud.info
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Nady Bamba estime illusoire de parler de rassemblement de la gauche

Même si Laurent Gbagbo a finalement renoncé à se retirer de la tête du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire, comme annoncé dans sa dernière interview, les prétendants à sa succession continuent de multiplier les prises de position et d’afficher leurs ambitions.

Ils ne vont pas se louper ! La guerre de positionnement pour l’après-Gbagbo, bat désormais son plein au sein du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPACI). Dernier épisode en date, la tribune publiée le 4 mai 2026 par Nady Bamba, dans laquelle elle défend sa vision de l’héritage politique de l’ancien chef de l’État et critique implicitement plusieurs figures de son camp.

D’entrée, elle conteste l’idée même d’une éventuelle « ‘’union de la gauche’’, qu’elle juge floue et déconnectée des réalités ivoiriennes. Selon elle, les notions de gauche et de droite restent abstraites pour une grande partie de la population, la vie politique s’organisant plutôt autour de grandes figures historiques, au premier rang desquelles Félix Houphouët-Boigny et Laurent Gbagbo.

S’abritant sur un supposé échange avec Ahoua Don Mello, partisan de l’union de la gauche, elle affirme que ce débat détourne sa famille politique de l’essentiel, c’est-à-dire l’ancrage historique et affectif des engagements politiques. Pour elle, Laurent Gbagbo incarne à lui seul ce que certains qualifient de ‘’gauche ivoirienne’’, au point de constituer le principal repère politique pour de nombreux citoyens.

Cette lecture s’inscrit aussi dans une logique de repositionnement interne. En filigrane, la sortie de Nady Bamba apparaît comme une critique des ambitions de certains cadres, notamment Ahoua Don Mello, qui s’est déjà illustré sur la scène électorale. Anciennement vice-président du PPACI, il avait été débarqué de son poste, quelques heures seulement après avoir annoncé sa candidature à la présidentielle. Elle rappelle également les fractures issues de la crise postélectorale de 2011, qui avaient opposé Pascal Affi N’Guessan à la ligne fidèle à Gbagbo, incarnée par Aboudrahamane Sangaré.

Pour l’ancienne correspondante de presse, les appels actuels à l’union de la gauche traduisent surtout une volonté de recomposition autour de l’ancien président, sans clarification préalable des bases idéologiques. Elle estime qu’aucune alliance durable ne peut se construire sans reconnaître le rôle central de Gbagbo, devenu, selon elle, la ‘’colonne vertébrale’’ de cet espace politique.

En creux, cette prise de position vise aussi d’autres figures de l’ancienne galaxie Gbagbo, comme Simone Ehivet Gbagbo ou Charles Blé Goudé, sans les citer explicitement. Elle intervient dans un contexte de tensions internes accrues, marqué notamment par les prises de position contraires à la ligne officielle du PPACI, dont celle de Stéphane Kipré, qui avait contesté la stratégie de boycott du parti lors des législatives de 2025.

Appelé à s’expliquer devant le conseil de discipline de son parti, en avril dernier, il s’est montré très critique vis-à-vis de la décision du comité central, qui avait préconisé le boycott des législatives de décembre 2025. « Mon engagement n’a jamais été théorique. Il s’est constamment traduit par des missions de terrain, des sacrifices personnels, ainsi qu’une implication constante dans la vie et les combats du parti. Mon engagement pour le PPACI n’a jamais failli, quelles que soient les circonstances », a d’abord rappelé l’ex-gendre de Laurent Gbagbo, avant de charger.

« Cette décision surprenante de non-participation du PPACI à l’élection législative n’était ni la meilleure, ni la bonne. Cette conviction s’appuie la déclaration du président Laurent Gbagbo qui, lors d’un échange avec la jeunesse au Palais de la Culture en avril 2023, affirmait ceci : ‘’nous avons dit que plus jamais nous ne manquerons les élections parce que le fait d’avoir décidé, après mon arrestation que nous n’allions pas aux élections, nous a causé beaucoup de dommages. Donc on ne peut plus manquer les élections’’. Cette position du président Laurent Gbagbo, qui jouit d’une expérience politique considérable, a donc fondé ma conviction qu’il nous fallait absolument participer à cette élection afin de ne pas céder nos derniers bastions au parti au pouvoir. J’avais la ferme conviction qu’à Gboguhé-Zaïbo, en dépit des éventuels obstacles démocratiques, nous pouvions gagner. Et nous avons gagné », avait-il mentionné dans son mémo, adressé au conseil de discipline et qui avait fuité dans les médias. « D’ailleurs, la non-participation du PPACI à cette élection a eu pour conséquences la perte de l’ensemble de nos bastions au profit des candidats du parti au pouvoir, au point où même dans le village du président de notre parti, l’élu censé représenter les populations à l’hémicycle siège au sein du groupe parlementaire du parti au pouvoir. C’est une symbolique dommageable », avait insisté Stéphane Kipré.

De son côté, Pascal Affi N’Guessan, à qui l’ex-chef de l’Etat avait finalement abandonné le Front populaire ivoirien (FPI), après avoir vainement tenté de le récupérer, avait déploré en début février 2026 l’éclatement de l’opposition. « J’avais invité les leaders de l’opposition à un dépassement historique, au Rassemblement pour une alternance pacifique inclusive et démocratique. J’avais souhaité que le Président Laurent Gbagbo, compte tenu de son rang et de son ancienneté, soit le catalyseur de ce rassemblement. Hélas ! », avait déploré l’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo.

Si besoin en était encore, la tribune de Nady Bamba confirme donc l’ouverture de la lutte de positionnement au sein du PPACI, où la question de l’héritage et de la succession de Laurent Gbagbo demeure au cœur des tensions.

« Jusque-là, elle s’était contentée d’imposer ses hommes dans l’appareil du PPACI. A présent, elle fait clairement valoir ses ambitions », assure une ancienne figure de la galaxie Gbagbo.

« Même à l’étroit Don Mello incarne une sorte d’alternative crédible à la tête du PPACI. La sortie de Nady Bamba, vise donc en quelque sorte à décrédibiliser Don Mello et toutes les autres  figure de l’ancienne gauche voire de la galaxie Gbagbo », analyse notre source.

Marc Dossa

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