Une nouvelle fois, la réforme du système électoral révèle les difficultés de l’opposition à faire bloc face au gouvernement.
Le scénario est presque devenu familier. Les formations de l’opposition partagent régulièrement des préoccupations communes, notamment sur les conditions d’organisation des élections, la transparence du processus et la nécessité d’un dialogue politique. Mais lorsqu’il s’agit de porter ces revendications face au pouvoir, l’unité peine à se concrétiser. La séquence ouverte autour de la réforme du futur organe électoral en fournit une nouvelle illustration.
Ce lundi 28 septembre, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, a reçu successivement plusieurs délégations venues présenter leurs propositions. Le PDCI a été représenté par une délégation conduite par son vice-président Georges-Philippe Ezaley. Le FPI de Pascal Affi N’Guessan a également répondu à l’invitation du gouvernement, tout comme l’ADCI d’Assalé Tiémoko. Chacun avec ses propositions, chacun avec sa délégation.
Cette succession de rencontres séparées contraste pourtant avec les initiatives engagées depuis plusieurs semaines pour tenter de rapprocher les positions de l’opposition.
Le 9 septembre, Simone Ehivet Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan et Assalé Tiémoko s’étaient pourtant rendus au siège du PDCI pour rechercher un terrain d’entente sur la réforme électorale. Une démarche similaire avait été entreprise quelques jours auparavant auprès du PPACI.
L’ambition était alors clairement affichée. Il fallait parvenir à une proposition commune afin que l’opposition puisse peser collectivement dans les discussions avec le gouvernement.
Simone Ehivet Gbagbo avait appelé à « créer cette unité-là » autour de la réforme du système électoral. Pascal Affi N’Guessan avait, de son côté, estimé que le gouvernement devait accepter le principe du dialogue et que les partis d’opposition devaient s’y présenter avec une proposition consensuelle.
Le PDCI avait salué cette initiative, Georges-Philippe Ezaley soulignant que l’enjeu dépassait une simple question administrative. Pour le vice-président de l’ancien parti unique, le futur organe électoral concerne directement « la vie de la nation ».
Mais, au moment d’aller à la rencontre du gouvernement, cette unité reste encore inachevée.
Cette difficulté n’est pas nouvelle. Depuis l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir, l’opposition ivoirienne a régulièrement tenté de construire des plateformes communes sans parvenir à inscrire durablement ces rapprochements dans une stratégie politique unifiée.
Les alliances se font et se défont au gré des échéances. Les formations peuvent se retrouver sur certaines revendications, avant de reprendre leurs trajectoires respectives. Les intérêts partisans, les divergences de leadership et les stratégies électorales continuent ainsi de peser sur la construction d’un front commun face au RHDP. La réforme de l’organe électoral remet cette équation sur la table.
Pourtant, le dossier aurait pu constituer un terrain privilégié pour une démarche collective. Le gouvernement ayant décidé de recueillir les propositions des formations politiques, une position commune de l’opposition aurait permis de donner davantage de poids à ses revendications.
Au lieu de cela, le PDCI présente son propre document, tandis que le FPI et l’ADCI annoncent parallèlement travailler à une proposition commune avec la CAPCI et les partis signataires du Haut conseil électoral. Le PPACI, absent de certaines rencontres précédentes, a été invité à rejoindre cette dynamique.
L’ADCI assure ainsi travailler en synergie avec la CAPCI et les partis regroupés autour du HCE pour finaliser un document commun. Le FPI confirme cette démarche et annonce que ces différentes composantes devraient transmettre prochainement leur proposition au gouvernement.
L’enjeu est désormais de savoir si cette initiative parviendra à dépasser le stade des rapprochements ponctuels.
Car face à un RHDP installé au pouvoir depuis plus d’une décennie, la dispersion de l’opposition demeure l’un de ses principaux handicaps politiques. La multiplication des candidatures, des plateformes et des stratégies individuelles a souvent empêché l’émergence d’un rapport de force suffisamment structuré.
Marc Dossa
