Sortis tous droits du laboratoire de l’Institut universitaire d’Abidjan (IUA), 5 étudiants viennent de mettre au point un chocolat pur à 70% de cacao et un autre au lait de cajou conseillé aux personnes intolérables au lactose. Eux, ce sont Djibo Oumalhayr, Napo Oumar, Kouassi Kouamé Abel Cédric, Kra Kouamé Cyril Savio et Coulibaly Fatou Marie Johanna. Zoom sur ces jeunes prodiges.

On ne ferait pas la différence avec un produit fini exposé dans un stand de supermarché. Ce sont de magnifiques tablettes de chocolat, avec des emballages fins et appétissants, portant le logo de l’Institut Universitaire d’Abidjan (IUA) et la mention «chocolat pur à 70%» de cacao et «chocolat pur à 40%» avec un mélange de noix de cajou.
Le pourcentage de cacao affiché sur le chocolat résulte de la somme des fèves de cacao (70% de beurre de cacao) et du beurre de cacao (au goût neutre) afin de lui donner une fluidité optimale. Là où les plus grands fabricants de chocolat tournent entre 8 et 10% de chocolat.
Du jamais-vu en Côte d’Ivoire! Ces pures merveilles ont fait se lécher les babines aux étudiants de l’IUA, séduit les firmes et étonné les autorités. Ce chocolat est en fait l’œuvre de 5 étudiants en master 1.
Projet école
Il est 15h, ce jeudi, lorsque nous les rencontrons dans l’enceinte de l’établissement sis à Angré 8ème tranche. C’est la journée de l’emploi, organisée par l’établissement. Une occasion pour l’école d’exposer les produits de certains étudiants. Kra Kouamé Cyril Savio, Napo Oumar, Coulibaly Fatou Marie Johanna, Djibo Oumalhayr, Kouassi Kouamé Abel Cédric, tous dans la vingtaine, sont les 5 génies qui ont mis au point ce chocolat exposé dans l’enceinte de l’établissement.

Ils sont autour d’une table et devisent amicalement, sourire aux lèvres.
Leur histoire ? Un mois plus tôt, des étudiants en master 2 de génie de l’Institut universitaire d’Abidjan sont soumis à une séance de travaux dirigés. La consigne était toute simple : Mettre en valeur une matière première de la Cote d’Ivoire. «Tout est parti d’un fait simple. Il se trouve que certains étudiants n’ont pas pu suivre le calendrier d’évaluation dans les autres matières qui les concernaient. Ainsi, le sujet des étudiants de master 2 a été soumis à cinq étudiants en master 1. Ils ont donc décidé de s’unir autour de l’idée d’un chocolat inédit et d’un lait de cajou aux vertus thérapeutiques», explique le directeur marketing de l’établissement, Martial Kouamé. Et voici, du jour au lendemain, nos cinq étudiants devenus «célèbres».
Cacao
«Nous sommes partis d’un constat. Notre pays est premier producteur mondial de cacao, mais nous ne fabriquons pas de chocolat. Pis, on n’arrive pas à écouler toutes nos productions. La Côte d’Ivoire est également leader mondial de la production de noix de cajou, mais le problème persiste. Du coup, nous avons décidé de répondre à cette problématique. Nous avons donc discuté de la solution que nous apporterions à cette équation. C’est ainsi que nous avons mis au point ce produit», indique Djibo Oumalhayr, l’une des jeunes filles du groupe qui porte des lunettes, qui préfère ouvrir la causette.
Kra Kouamé Cyril Savio indiquera que dans la foulée de leurs discussions sur la mise au point du produit et de ses propriétés, ils se sont accommodés d’un projet clair. «Nous avons décidé de produire un chocolat pur à 70% et d’un lait de cajou comestible pour tous, y compris les intolérants au lactose. Et nous avons réussi à le faire», indique-t-il.
Chocolatier
Informée de l’ambitieux projet de leurs étudiants, l’administration de l’université apporte la matière première et met à leur disposition le local et le matériel adapté à la confection des produits. Les indicateurs étant au vert pour la production, les cinq étudiants entreprennent la transformation de la matière première en produit comestible. Sous la houlette du chocolatier ivoirien, Axel Emmanuel, qui leur aura apporté son appui technique et son dispositif de mise en tablette du chocolat, les cinq étudiants passent de l’idée à la réalisation. Les premières tablettes de chocolat made in UIA voyaient le jour.

«Nous avons été surpris par la tournure qu’a pris notre exercice de TD. C’est vrai que c’était un sujet intéressant, mais on ne s’attendait pas à un tel résultat», explique, tout sourire, Napo Oumar.
La fierté et le sentiment du devoir accompli se lisent sur le visage du jeune homme, ainsi que de ses pairs compagnons. Nos chocolatiers en herbes sont aux anges. Ils ont réalisé une prouesse qui restera longtemps dans les annales.
En effet, depuis la publication du produit sur les réseaux sociaux, le standard téléphonique de l’université ne cesse de crépiter. Au bout du fil, des Européens intéressés par le produit, le ministère du Plan et du développement et plusieurs personnalités publiques ivoiriennes qui font part de leur intérêt pour le produit. C’est le récit que nous fait le personnel d’accueil de l’institut universitaire.
Un résultat qui suscite l’espoir d’une production à grande échelle chez nos mini-chocolatiers.
«Nous souhaitons réaliser ce projet dans une plus grande proportion, en tant qu’étudiants-ingénieurs en génie des procédés. C’est un défi que nous sommes prêts à réaliser», soutient Coulibaly Fatou Marie Johanna. L’autre figure féminine du groupe semble timide, moins encline à prendre la parole. Elle s’empressera toutefois de tenir le chocolat lors de la séance photo, en affichant un rictus…
Il y a de belles perspectives, même si le directeur marketing et communication espère ne pas mettre la charrue avant les bœufs. «Nous allons les accompagner dans ce sens. Ils n’ont fait pour le moment que des échantillons d’une dizaine de tablettes qui sont restées en interne. Nous comptons faire un palier autour de 2000 spécimens, pour avoir un premier retour de l’extérieur. Ensuite nous pourrions tracer les perspectives d’avenir pour nous et nos étudiants. En fait, la matière première et tout le dispositif de fabrication ont été fournis par l’université et nous ferons de même pour le second palier. Nous espérons que l’aventure se poursuivra mais nous voulons y aller étapes par étapes», a clarifié Martial Kouamé, directeur marketing et communication de l’université.
Charles Assagba
