Plus d’un mois après l’échéance, aucune éclaircie à l’horizon. Initialement annoncée pour le 1ᵉʳ janvier 2025, la baisse de plus de 40% des prix des billets d’avion pour les voyages dans l’espace CEDEAO semble repoussée aux calendes grecques. En Côte d’Ivoire, Air Côte d’Ivoire, l’une des compagnies aériennes phares de la sous-région, indique n’avoir reçu, à ce stade, aucune instruction officielle allant dans le sens d’une réduction des tarifs des billets.
Pourquoi un voyage en avion coûte très cher dans la zone CEDEAO ?
Voyager en avion fait mal au portefeuille dans la zone CEDEAO. L’Afrique de l’Ouest figure en effet parmi les régions les plus chères au monde pour le transport aérien. Un constat partagé par la commission Transport de la CEDEAO. « CEDEAO signifie intégration régionale et l’intégration repose sur la connectivité. Or, notre région est la plus chère en matière de transport aérien. Deux éléments expliquent cette situation : les taxes prélevées par les gouvernements et les frais imposés par les autorités de l’aviation civile et les sociétés aéroportuaires », souligne son directeur, Chris Appiah.
Les chiffres confirment ce diagnostic. Selon l’organisation sous-régionale, « les États membres appliquent collectivement les charges les plus élevées sur les passagers en Afrique et dans le reste du monde ». Pis, « les passagers régionaux paient les charges et taxes les plus élevées au monde aux deux extrémités du trajet ». En clair, les vols intrarégionaux en Afrique de l’Ouest coûtent en moyenne 85 % plus cher que la moyenne mondiale et 82 % plus cher que les vols internationaux.
Comment la CEDEAO compte faire chuter les prix
Pour juguler la situation, les chefs d’État de la CEDEAO ont adopté, en décembre 2025, un acte additionnel rendant obligatoire, à compter du 1ᵉʳ janvier 2026, la suppression des taxes sur les services de transport aérien et la réduction de 25 % des redevances passagers et de sécurité. La décision consacre également la suppression des plus de 100 frais payés par les compagnies aériennes en Afrique de l’Ouest. Les 66 redevances et les taxes sur le voyage aérien dont s’acquittent les voyageurs en avion seront aussi supprimées. Résultat ? Le prix des billets d’avion devrait baisser de 40 %, selon les projections de l’organisation.
Cette décision fait suite aux travaux engagés dès 2023, lorsque les ministres du Transport aérien et des Finances des pays membres de la CEDEAO avaient été mandatés pour proposer des solutions face aux tarifs excessifs des billets d’avion pratiqués dans la région.
Baisse annoncée sur le papier, statu quo dans les airs
Plus d’un mois après la date annoncée pour la baisse effective des prix, la mise en œuvre opérationnelle reste floue. Interrogé par nordsud.info, le ministère ivoirien des Transports n’a pas donné suite à nos sollicitations. Du côté d’Air Côte d’Ivoire, l’on joue la carte de la prudence. Un responsable de la compagnie, sous couvert d’anonymat, confie avoir « pris connaissance de cette information à travers la presse et les réseaux sociaux. Mais officiellement, nous n’avons été saisis ni par le ministère des Transports, ni par la direction du Transport aérien, ni par un autre organisme compétent. »
La compagnie rappelle que la fixation du prix d’un billet d’avion repose sur de nombreux paramètres techniques et commerciaux. « Les billets sont commercialisés par lots, à des tarifs progressifs. Plus l’achat est anticipé, plus le prix est généralement bas. À cela s’ajoutent la date de retour, la flexibilité du billet ou encore la classe de voyage », explique notre interlocuteur. « La réduction annoncée porte sur les taxes. Selon le moment de l’achat et le type de billet, son impact sur le prix réel ne sera pas identique, parce que les taxes ne représentent qu’une partie des raisons du coût des billets d’avion. Plusieurs paramètres doivent être redéfinis pour que cette baisse soit réellement perceptible et ne se traduise pas par une diminution marginale », poursuit-il.
Les consommateurs ne décolèrent pas
Des éléments de langage rejetés en bloc par les consommateurs ivoiriens. Le président du conseil d’administration de la Coalition nationale des organisations de consommateurs de Côte d’Ivoire (CNOC-CI), Soumahoro Manssa, dit Ben N’Faly, rouspète. « Je suis allé à Cotonou en janvier, les prix sont restés les mêmes. Quand les prix doivent augmenter, ils n’attendent pas les procédures. Le 1ᵉʳ janvier à minuit, ça aurait augmenté. Mais quand il doit y avoir une baisse, ils prennent du temps. Si effectivement, cela devait se faire le 1ᵉʳ janvier et que les dispositions ont été prises dans ce sens, nous allons porter plainte contre les compagnies aériennes pour que les voyageurs soient remboursés du surplus », réagit-il à nordsud.info.
Aux arguments selon lesquels il faudrait un processus complexe à mettre en œuvre, impliquant notamment la direction du Transport aérien des différents pays ainsi que les ministères des Transports, le porte-parole des consommateurs ivoiriens promet d’interroger ses contacts à la CEDEAO pour comprendre l’état des lieux. « Nous sommes impatients, nous sommes à la recherche d’informations pour savoir ce qui ne va pas et pourquoi la baisse n’a pas eu lieu depuis le 1ᵉʳ janvier », assure Ben N’Faly. Pour lui, « si la date du 1ᵉʳ janvier 2026 a été annoncée par la CEDEAO, c’est parce que toutes les dispositions ont été prises avant de fixer cette date. »
Plus d’un mois après le 1ᵉʳ janvier, l’écart entre la décision régionale de baisse des prix et sa traduction concrète sur les grilles tarifaires demeure donc béant. Faute de directives nationales claires et d’ajustements techniques finalisés, il n’y a pas de solde ; aucune valse des étiquettes sur les prix des billets d’avion chez Air Côte d’Ivoire, ni chez les autres compagnies aériennes opérant dans la sous-région. Ce, au grand dam des voyageurs aériens dans la sous-région.
CA
