La Côte d’Ivoire est confrontée depuis quelques années à une hausse du nombre d’accidents de la circulation. Les mesures pour endiguer le phénomène semblent pour l’instant buter contre la dure réalité du terrain.
Une progression alarmante des accidents en 2025
Le nombre d’accidents de la circulation a augmenté en Côte d’Ivoire au premier trimestre 2025, passant de 1 408 en janvier à 1 466 en mars. En attendant le dernier rapport du Conseil national de sécurité (CNS), la situation ne semble pas s’améliorer. Le dernier accident en date est celui de l’artiste Molare, survenu mercredi et ayant causé le décès d’une piétonne. Malgré les mesures de sensibilisation et la vidéo-verbalisation, la route continue de tuer à un rythme inquiétant.
Perte en vie humaine : les transporteurs réagissent
Après la réaction de certains religieux sur la question, appelant les autorités à sévir, les transporteurs ont décidé de se faire entendre, à travers la voix d’Abdoulaye Sylla, président de la Fédération nationale des syndicats des chauffeurs de Côte d’Ivoire (Fensc-ci).
« Le gouvernement sévit déjà via la commission de suspension et de retrait des permis de conduire. Les chauffeurs qui sont coupables d’accidents de la route avec perte en vie humaine, vont en prison. Mais nous avons vu que ça ne suffit pas. Il y a toujours des accidents. Pourquoi ? Parce que nous ne circulons qu’en véhicules. Le trafic routier est très important en Côte d’Ivoire. Et cela n’ira pas en baissant », explique Abdoulaye Cissé, qui appelle vivement à l’arrivée du métro.
« Depuis les colons, aucun gouvernement n’a construit de chemin de fer en Côte d’Ivoire », déplore-t-il.
Et tant que le pays ne variera pas ses moyens de transport, à l’entendre, les accidents vont augmenter. Le coupable, selon lui, est donc connu.
Le permis à points remis en question
L’autre instrument que le gouvernement avait brandi pour lutter contre les accidents, c’est le permis à points. Mais depuis sa mise en vigueur en 2023, les transporteurs disent n’en avoir jamais entendu parler, tandis que selon le ministère des Transports, il est bien fonctionnel.
« Je ne crois pas qu’il concerne le transport public, parce que depuis deux ans, aucun de nos membres n’a vu des points être retirés de son permis », fait savoir Drissa Diaby, le président de l’organisation patronale et des conducteurs de taxis de Côte d’Ivoire.
Idem pour la Fensc-ci.
Aucun point n’a été retranché
Le 15 avril 2024, selon Drissa Diaby, lors de l’assemblée générale du Haut conseil du patronat du transport, le directeur de cabinet du ministre des Transports avait levé tout amalgame en indiquant que « aucun point n’a été retranché jusqu’à ce jour », dans le cadre du permis à points.
« Officiellement, on n’ose pas le dire. Il faut laisser croire à la population que le permis à points est en vigueur, pour garder une certaine pression », souligne M. Diaby.
Des infrastructures insuffisantes
À quand donc la véritable application de cette mesure ? Si les officiels insistent sur le fait que la mesure est déjà appliquée, chez les transporteurs, on pense qu’il faudra attendre encore. En termes d’infrastructures, les Ivoiriens ne sont pas encore prêts. Les centres de stages, par exemple, restent insuffisants. Et même la vidéo-verbalisation, pourtant nécessaire pour la mise en œuvre de ce projet, n’est pas étendue.
Enfin, pour M. Sylla, il y a le souci de ne pas créer de mécontents dans le secteur du transport, qui demeure très sensible dans le pays.
Quel impact pour le plan d’urgence ?
Au dernier rapport du CNS, le président de la République avait demandé au gouvernement un plan d’urgence pour renforcer les actions de prévention et de répression. Ce plan a-t-il eu un impact ?
Raphaël Tanoh











