Les années passent et se ressemblent depuis 15 ans pour des milliers de fonctionnaires retraités ivoiriens inécoutés. Victimes du blocage des émoluments liés aux avancements indiciaires – augmentation du salaire des fonctionnaires de l’état tous les deux ans de service au fur et à mesure de leur changement de grade – en 1988 sur fond de la conjoncture économique du pays sur la décennie 1980-1990, ces ex-employés de l’Etat de Côte d’Ivoire ont accumulé de conséquents arriérés. Agglutinés au sein du Collectif des Fonctionnaires Retraités après trente années de service (COFRETAS) créé en 2009, -une dénomination liée à une loi de 1992 qui a fait passer le départ des fonctionnaires à la retraite de l’âge de 55 ans à 30 ans de service- ces retraités réclament le paiement des effets financiers de leurs avancements indiciaires dûs par l’Etat de Côte d’Ivoire depuis 1988.
Retraités, ‘’Tout se passe comme si nous n’existions pas’’
De 2009 – 2024, soit 15 ans plus tard, la lutte restée lettres mortes dans les tiroirs de différents interlocuteurs gouvernementaux reprend du poil de la bête à l’orée du 1er Mai marquant la fête du travail avec l’espoir qu’un baume soit mis à leur coeur. « C’est quelque chose que nous attendons depuis des décennies. Le paiement effectif des effets financiers des avancements indiciaires dus aux fonctionnaires à la retraite depuis 1988 », souligne Konan Kouassi Denis, président de la COFRETAS. Du Ministère de la fonction publique en 2012 ainsi que son homologue de l’économie et des finances en 2013 sans omettre le ministère de l’emploi en 2014 au Conseil National des droits de l’Homme en 2020 et 2022 en passant par Chambre des Rois et Chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, l’Association souligne avoir fait feu de tout bois au fil des audiences. Résultat des courses ? « La légalité et la légitimité de notre requête a été reconnue mais tout se passe comme si nous n’existions pas. Nous avons le sentiment qu’on n’est pas écouté parce qu’on a pas de moyens de pression sur l’Etat parce que quand il s’agit des syndicats qui sont en activité, l’Etat s’empresse de recevoir les responsables. Mais nous n’avons pas besoin de force et de violence pour arriver à nos fins. Nous avons travaillé, l’Etat reconnait qu’il y a des arriérés, nous demandons que ce dossier soit pris au sérieux et nous sommes convaincus qu’autour de la table des discussions, une solution sera trouvée à la satisfaction des deux parties ». Si le déblocage des salaires indiciaires des fonctionnaires en 2015 avait ravivé la flamme d’un espoir, c’est le statu quo pour ces milliers de retraités dont le montant des avancements se chiffre pour certains en dizaine de millions. Pour l’un des membres de la COFRETAS joint par nordsud,ses avancements indiciaires auraient atteint selon ses calculs la somme de 13 millions et demi. « Comment pouvait-on préparer nos vieux jours avec un salaire identique pendant une bonne partie de nos années de service. Nos avancements nous permettront de nous soigner et de faire face à nos difficultés », plaide-t-il.
Trois requêtes de la COFRETAS au président de la République
L’ultime carte jouée à fond par le COFRETAS qui demeure de plain-pied sur ce sujet est aux dires de son président, le 4è pouvoir en vue de faire écho de la situation au numéro un ivoirien. « Aussi avons-nous décider de vous solliciter à l’approche de la fête du travail, pour faire connaître au Président de la République nos préoccupations et lui demander de poser l’acte salvateur », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse tenue Cocody. Outre cette requête phare adressée au président de la République, Alassane Ouattara, le COFRETAS sollicite le paiement du treizième mois aux retraités à l’instar des fonctionnaires en activité « afin de nous permettre de faire face à la cherté de la vie surtout pendant les fêtes de fin d’années ». Le Collectif demande un alignement des retraités sur toutes les décisions relatives à l’augmentation des salaires des fonctionnaires en activités à l’exception des indemnités liées aux fonctions. « Sans être en concurrence avec nos jeunes frères et sœurs et enfants fonctionnaires en activité, nous pensons que la réalisation de ces trois vœux viendra restaurer notre dignité », indique-t-il. A l’aune du 1er mai qui fait office de 25 janvier, date de fête de la noël pour les fonctionnaires en général et des retraités en particulier, le chef de l’Etat revêtira-il le manteau rouge de père noël pour offrir le présent le plus cher au cœurs des anciens fonctionnaires ivoiriens ? Wait and see.
Charles Assagba
