Boukary : « Je ne veux pas vivre la même situation que Fortuné »

par nordsud.info
129 vues

À l’état civil, Kouamé Gilles Romuald Kacou, dit Boukary, son nom de scène, explique dans cette interview son choix de carrière.

Comment est née votre passion pour la comédie ?

Pour être honnête, je ne sais pas vraiment comment cette passion est née, parce que c’est quelque chose d’inné. Je dis souvent que je suis comme Obélix : je suis tombé dans la marmite de l’humour dès la naissance. Mon père faisait aussi de l’humour, même s’il n’avait pas le temps de l’exploiter pleinement. Ma mère, quant à elle, est chanteuse et griotte. Donc, je suis né dans ces deux univers artistiques qui ont façonné Boukary.

Quand avez-vous découvert cette passion ?

J’ai véritablement découvert cette passion à l’école primaire, à travers les petits concours de théâtre. Les enseignants m’encourageaient beaucoup et me disaient que j’avais de l’avenir dans ce domaine. C’est ainsi que la passion s’est installée progressivement.

Comment définiriez-vous votre style humoristique ?

Mon style est particulier, parce que c’est simplement Boukary. J’incarne un personnage qui m’est propre, inspiré aussi du personnage burkinabè, que je salue d’ailleurs au passage. Ce n’est pas une question de concurrence. C’est un personnage que j’ai créé et développé moi-même, avec son identité et sa singularité.

Selon quels critères choisissez-vous vos prestations ?

Je n’ai pas vraiment de critères, parce que mon public se trouve partout. Par exemple, j’ai déjà participé à des campagnes de sensibilisation pour les chauffeurs de taxi, sur la conduite et la consommation de carburant. Cependant, je suis exigeant concernant les conditions techniques. Le spectacle vivant demande un bon décor, une bonne sonorisation et un environnement adapté, car je suis présent sur scène et tout se passe en direct. La scène est mon espace et j’aime pouvoir l’occuper pleinement à travers mes déplacements et mes personnages.

Quelles sont à ce jour les moments marquants de votre carrière ?

L’une de mes plus grandes réalisations, a été de produire un spectacle aux États-Unis. J’ai également joué à Londres, et bientôt je serai au Canada pour un spectacle en français. Tout ce que je souhaitais accomplir, Dieu m’a permis de le réaliser jusqu’ici.

Votre actualité a été marquée par un one-man-show intitulé : “La Soutenance”. Pourquoi avoir choisi ce titre ?

“La Soutenance”, c’est d’abord soutenir mon français, mais aussi soutenir les personnes comme moi. Je défends ceux qu’on met souvent de côté, notamment ceux qui rencontrent des difficultés à l’école. L’école transmet le savoir, mais cela ne veut pas dire que ceux qui n’y réussissent pas, n’ont pas de valeur. Chacun a un rôle dans la société. À travers ce spectacle, je voulais montrer qu’il faut accompagner et encourager tout le monde. Les bénéfices de ce spectacle serviront à construire une école entre Oumé et Gagnoa, dans une zone où l’accès à l’éducation reste difficile.

Peut-on dire que le métier nourrit son homme ?

Oui, à condition d’y mettre du cerveau, du travail et une bonne organisation. Grâce à ce métier, je vis, ma famille vit aussi et je peux prendre soin de mes proches. Le succès vient du sérieux, de l’équipe qui vous entoure et de l’intelligence que vous mettez dans votre travail.

Comment vivez-vous la situation de Fortuné pour qui une cagnotte a été initiée afin de lui venir en aide ?

En fait, Fortuné est un comédien. Il incarne plusieurs personnages. Donc, comme Fortuné, c’est ce que nous faisons. Mais, il faut dire que nous rencontrons des difficultés. Il faut tourner plusieurs films pour pouvoir s’en sortir. Si tu as un sponsor, c’est bon. Moi, j’ai fait mon spectacle au Palais de la culture, sans sponsor. C’était sur fonds propre. Nous faisons beaucoup de ‘‘gombos’’ (ndlr, une activité parallèle). Toutefois, je pense que si le ministère de la Culture prend le problème à bras le corps, au regard de cette situation de Fortuné, cela n’arrivera pas à un autre acteur.

Comment cette situation peut-elle arriver ?

Normalement, dans certains pays développés, les acteurs comme Fortuné sont des icônes. Et tous les acteurs ont quand même une société qui les accompagne et en retour, l’acteur vend l’image de la société. Mais, ici, ça ne se fait pas. Comment on peut mettre le ‘’vieux père’’ Fortuné dans ces conditions-là ? Le laisser marcher comme ça dans la rue… ? Il fait les films mais, si ça ne se vend pas, on est obligé de lancer des SOS. Moi, je ne veux pas vivre ce genre de situation. C’est pourquoi je m’investis dans plusieurs domaines. Je ne dis pas que je suis à l’abri du besoin. Mais, on doit s’adapter à tout. Dans mes activités, il y a des sociétés qui m’accompagnent. Ces partenariats avec les sociétés m’aident à souffler un peu financièrement. Parfois, c’est compliqué quand tu es seul. Peut-être que c’est ce qui est arrivé au ‘’vieux’’ Fortuné. Il a des enfants qui vont à l’école, il y a la maison à louer, la nourriture, les déplacements, etc. Le peu qu’il gagne, ne peut pas lui suffire. Avant la série ‘‘Les Nounous’’, il a joué dans d’autres séries comme “Qui fait ça ?”. On ne connaît pas son cachet mais, si l’artiste vit vraiment de son art, il faut être vraiment fou pour ne pas se faire plaisir. C’est une star, il a besoin de moyens pour être encore plus fort. Souvent, il y a des gens qui t’appellent pour t’inviter dans leurs spectacles. Ils disent : « Boukary tu es mon frère, je veux payer seulement ton transport ». Mais moi, je vais chercher à manger, tu ne peux pas m’inviter pour un spectacle et payer seulement mon transport. Il y a des personnes à qui j’ai dit non, sauf pour ceux dont je suis très proche. Fortuné est un grand artiste. S’il est dans cette situation, c’est peut-être parce qu’il a voulu faire plaisir à certaines personnes. Et souvent, tu t’oublies.

Je demande aux sociétés de ne pas attendre le dernier moment pour nous accompagner. Je le redis, dans les pays développés, les structures accompagnent les acteurs. Et plus l’acteur prend de l’ascension, plus la société renforce son soutien. Mais le constat en Côte d’Ivoire, c’est que les sponsors attendent que tu finisses de tout réaliser pour te venir en aide. Et, quand le buzz passe, c’est fini.

Interview réalisée par CDC & BN

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?
error:

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite

-
00:00
00:00
Update Required Flash plugin
-
00:00
00:00