Dernier mois de l’année, décembre est le mois le plus festive mais aussi le plus rentable en thème de Show. C’est la période à laquelle commerçants, débrouillards mais surtout, les artistes et promoteurs de spectacles se renflouent les poches. Concerts, festivals et soirées privées s’enchainent, pour satisfaire la demande. Les prix des tickets pour les concerts d’artistes locaux, varient de 5000 FFA grand public à 150.000 F VIP. Concernant les artistes étrangers, les tickets de concerts sont fixés en moyenne à 10.000 F pour le grand public, voire 1.000.000 F pour la prestation d’un artiste comme Fally Ipupa. Pourquoi les artistes étrangers vendent-ils mieux que les locaux ?
« Nul n’est prophète chez soi », déclare Fadal dey. A la question de savoir le sentiment qui anime les artistes ivoiriens face à cette mise en lumière des artistes étrangers, le chanteur-ivoirien reggae, estime que certains artistes en Côte d’Ivoire, livrent des concerts à des prix onéreux de même que ceux qui viennent de l’extérieur. Selon lui, c’est le public qui juge, et porte ses intérêts vers ce qui lui semble bon (en terme de qualité musicale).
Leurs tickets sont chers
« Quand un artiste est bon, il a des fans partout. Alpha Blondy fait des concerts en Europe à des prix doublement chers. Mais les gens payent pour regarder. Donc si des artistes étrangers viennent et leurs tickets sont chers, je pense que c’est normal parce qu’ils ont leurs fans qui iront regarder », soutient Fadal dey.
A en croire l’artiste, il n’éprouve aucune affliction à ce que des artistes étrangers, fixent leurs prix de concerts à des tarifs dispendieux. Dans la musique, dit-il, tout dépend du public, c’est lui qui juge et est en mesure de débourser un certain montant en faveur de l’artiste qu’il aime. « Quand un artiste est bon, il a ses fans partout », ajoute-t-il.

Dans le Show-business, il s’agit d’ un partenariat gagnant-gagnant. Lorsqu’un artiste est connu de son public, il n’y a pas que lui qui rentabilise, mais tous ceux qui concourent à l’élaboration de ses prestations, notamment les promoteurs de spectacles. Ils fonctionnent comme une entreprise commerciale et s’assure préalablement que le produit (l’artiste) suscite de l’intérêt chez ses consommateurs (le public). « Sur chaque production qui est faite, le producteur engage des dépenses. Il s’assure de la qualité de l’artiste, il fixe une date qui sera fiable pour son évènement. Parce que si la date de l’événement est mal programmée, les dettes s’ensuivent (…) Sami Succès, artiste Zouglou, est performant en live. Il s’est produit sur plusieurs scènes, mais pas au palais de la culture. Donc beaucoup de promoteurs savaient que son premier grand spectacle allait marcher », explique Georges Aziz promoteur de spectacle ivoirien.
Organisateur
Concernant les prix des tickets des artistes étrangers qui sont plus élevés, Georges Aziz explique qu’un artiste en vogue, coûte excessivement chers et son déplacement implique d’énormes dépenses. « Lorsqu’un artiste étranger est convié pour une prestation, il y’a un cachet qui est discuté par les deux parties et ensuite, l’organisateur du spectacle fait en sorte de combler les charges mises à disposition pour son concert », explique Didier Bile.
Pour organiser un concert, cela engendre des dépenses excessives. « La location de la salle comme l’Hôtel Ivoire coûte 15.000.000 FCFA, les taxes de la mairie de Cocody tourne autour de 4.000.000. La taxe du Burida est comprise entre 3.000.000 et 4.000.000 F et la communication vaut 10.000.000 F. Il faut aussi louer les panneaux et investir sur les réseaux sociaux. En plus de cela, il faut prévoir le cachet de l’artiste, les billets d’avion, l’hébergement, la restauration qui n’ont rien à voir avec son cachet », nous révèle Georges Aziz.
Selon lui, ce qui explique le coût élevé des concerts d’artistes étrangers. Ce sont les frais énormes que cela implique, le cachet d’un artiste comme Fally Ipupa tourne autour de 40.000.000 voire 60.000.000 de FCFA. « Un artiste comme Fally Ipupa, est une belle affiche, il détient un auditoire large et vaste. Il a le public moyen, lambdas, le public supérieur et le public VIP. C’est déjà encré dans l’esprit des Ivoiriens qu’il fait ses concerts en décembre », ajoute-t-il.
Au niveau du public qui s’offre le plaisir d’assister à ces concerts jugés couteux, l’artiste zouglou Bile Didier pense qu’il s’agit d’une catégorie de personnes bien définies, chaque cible émet son standing. Certains ont pour préférence des concerts de haut standing au risque d’être pris dans certaines bousculades ou agitations de foule.
Le promoteur qui mise sur un tel niveau de spectacle, connait sa cible et est certain d’en sortir gagnant. « Quand un promoteur mise sur une catégorie d’artistes, c’est parce qu’il pense qu’il y aura un public prêt à miser gros pour son spectacle », révèle Didier Bile.
Ce qui est frustrant, selon M. Bilé, c’est de voir les promoteurs de spectacles capables de débourser des centaines de millions pour un artiste étrangers, pendant qu’ils demandent à l’artiste ivoirien de revoir ses cachets à la baisse. Qu’est ce qui explique cette dévalorisation des artistes locaux ?
« Nul n’est prophète chez soi. Il n’est pas évident que Fally Ipupa touche des cachets excessifs au Congo. Si par exemple Didi B vaut pour ses fans une entrée à 50.000 F en Côte d’Ivoire, ailleurs ses fans paye environ 100.000F pour assister à des spectacles comme en Guinée D», indique Georges Aziz.
Responsabilités
En plus des promoteurs de spectacles accusés de ne pas valoriser les artistes locaux, Fadal Dey souligne la responsabilité des sponsors qui soutiennent moins les artistes locaux. « Si vous voyez un artiste se plaindre de ne pas être soutenu, il ne s’agit pas des mélomanes, mais principalement des sponsors. Moi je n’apprécie pas le fait que les sponsors courent sur les évènements étrangers et abandonnent nos artistes », dénonce Fadal Dey.
Du point de vue de Georges Aziz, l’appel de Soum Bill n’a pas trouvé un écho favorable auprès des sponsors. « Le sponsor est sollicité pour accompagner un événement. Si le sponsor vous soutient a 100% vous êtes un homme béni. Le sponsor peut décider que c’est pas le type d’artiste qui répondra à son plan de communication. Il y’a des moments où on sollicite des sponsors et nous n’avons pas de réponse », dit-t’il .
Ainsi, Bilé Didier décrie l’exotisme des sponsors et producteurs ivoiriens, qui apportent une plus value aux évènements étrangers que locaux. « Ce n’est pas de l’aigreur, mais les producteurs ivoiriens devraient ne pas apporter trop d’importance à certaines stars. Quand vous avez un artiste ivoirien programmé en concert, il n’y a aucun sponsor qui daigne le soutenir. Lorsque c’est le cas, ils offrent des miettes, mais quand il y’a un évènement d’artistes étrangers, il y’a du tapage médiatique et on invite tout le monde à mettre la main à la pâte », regrette t’il.
L’artiste appelle donc, à la prise de conscience de tous afin d’apporter du soutien et de la valeur aux talents ivoiriens. «Il est temps, qu’on valorise nos propres artistes, notre propre art pour sortir de tout cela », souhaite Didier Bile.
Solange Nebie
