Depuis ses premières années, la Côte d’Ivoire a toujours gardé de la place au chaud pour les femmes, sur la scène politique. Certaines se sont démarquées et leur nom résonne à jamais dans l’éternité. D’autres, continuent de faire leur trou. Mais beaucoup restent encore en retrait. Les femmes ont-elles joué leur rôle dans la politique ? Les hommes en parlent.
Peut-on parler de la place des femmes dans la politique ivoirienne, sans évoquer des dames de fer telles que Marie Séry Koré, farouche militante de l’indépendance de la Côte d’Ivoire ? « C’est elle et ses compagnons qui ont ouvert la voie aux femmes dans la politique, au PDCI-RDA. Marie Koré va marquer une véritable prise de conscience dans le pays», explique le politologue Landry Kuyo. Cette pionnière intègre le Rassemblement démocratique africain (RDA) dirigé en Côte d’Ivoire par Félix Houphouët-Boigny. Elle est élue présidente du comité féminin du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), à Treichville, en 1947. C’est l’une des têtes de file lors de la marche des femmes sur Grand-Bassam, en vue de la libération des responsables politiques du PDCI emprisonnés par les autorités coloniales françaises.
Madeleine Tchicaya
Marie Séry Koré a été de la première génération de femmes dans la politique ivoirienne. Par la suite, au dire de Landry Kuyo, la présence des femmes est restée quelque peu mitigée dans la sphère politique. Ce, jusqu’à l’arrivée de la génération de Madeleine Tchicaya. « C’est une femme qui a marqué les esprits au temps du parti unique. Elle a été la première femme ministre en Côte d’Ivoire », indique Abdoulaye Kouyaté, député de Lakota. Madeleine Tchicaya, c’est surtout une carrière riche. Députée à l’Assemblée nationale durant la cinquième législature, de 1976 à 1980, sous la bannière du PDCI, elle ne se représentera pas pour un second mandat. Candidate à la présidence de l’association des femmes ivoiriennes (AFI), Félix Houphouët-Boigny lui demande de se désister au profit d’Hortense Aka-Anghui. «C’est elle qui va prendre le relai. Hortense Aka-Anghui, dans le parti unique, a démontré sa capacité à tenir une commune compliquée comme Port-Bouët », se souvient Landry Kuyo. Elle avait, selon l’expert, une poigne de fer, comme peut en avoir certains hommes forts. Elle n’a jamais cédé son fauteuil jusqu’à son rappel à Dieu, ajoute M.Kuyo.
Henriette Dagri Diabaté
À côté Hortense Aka-Anghui, on voit déjà naître des battantes hors pair, à l’instar d’Henriette Dagri Diabaté. « J’ai beaucoup d’admiration pour le Professeur Henriette Dagri Diabaté. Qu’est-ce qu’elle n’a pas subi comme pression ? », souligne Abdoulaye Kouyaté. « Au niveau du Rassemblement des républicains (RDR), c’est elle qui a mené le combat à un moment en tant que secrétaire générale du parti, en l’absence du Président Alassane Ouattara. Elle fera de la prison en 1999. Henriette Dagri Diabaté est de la 3ème génération de femmes politiques. Ce sont des dames des années 90, avec Hortense Aka-Angui», ajoute M. Kuyo. Et il place, juste après elle, Simon Ehivet Gbagbo. « C’est la dame du multipartisme. Simoene Gbagbo a mené la barque du Front populaire ivoirien (FPI), sans qu’à aucun moment, Laurent Gbagbo ne lui fasse de l’ombre », explique l’expert. De l’hémicycle à la présidence, puis, à la case prison, c’est pour lui l’une des femmes qui ont le plus influencé la politique ivoirienne.
Kandia Camara
Et puis, il y a les jeunes louves. Les meneuses d’aujourd’hui. En tête liste, Abdoulaye Kouyaté place sans ambages la ministre d’Etat Kandia Camara. « Par sa rigueur, son engagement, sa fidélité, Kandia Camara s’est imposée comme une femme incontournable, non seulement au sein de la gent féminine, mais aussi dans le monde politique ivoirien, en général », informe le député. « Kandia Camara est de la 4ème génération de leaders politiques féminines. Elle reste dans les mémoires. Dans l’action politique pure, le RDR n’aurait pas pu accomplir certaines choses, sans elle », mentionne M. Kuyo. Député, ministre d’Etat, Présidente du Sénat ivoirien, Kandia Camara a surtout acquis sa réputation grâce au travail de terrain. C’est l’une de rares dames qui ne rechigne pas à aller au charbon, peu importe le contexte.
Dr Néné Arsène, politologue et spécialiste des questions de droits humains, met également la ministre d’Etat, Anne-Désiré Ouloto parmi les pionnières. « Dans tous les ministères où elle est passé, Anne-Désirée Ouloto a marqué les esprits par son travail », relève le spécialiste. Femme politique très marquée dans l’âme, cette fille du Cavally, institutrice de formation, a construit sa carrière politique, pierre après pierre, sans qu’on ait eu besoin de lui dérouler le tapis. Elle demeure actuellement indispensable au sein du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).
Yasmina Wognin
Même si ses dernières prestations ont quelque peu terni son aura, pour Landry Kuyo, la député de Cocody, Yasmina Wognin, fait indubitablement partie des jeunes louves. « On se souvient de ses prises de position courageuses, comme en 2016. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est de manquer de constance », fait-il savoir. Au PDCI, d’après le politologue, elle a une carte à jouer, en tant que femme leader.
Toutes ces dames de fer, selon Landry Kuyo, ont quelque chose à transmettre. Elles prouvent que les femmes ont une place importante à prendre dans le monde politique ivoirien. Mais, reconnaît Dr Néné Arsène, il reste encore de nombreux sièges vacants. « Beaucoup de femmes ont du talent, la connaissance, mais il leur faut la volonté et le courage. Afin de les inviter à s’intéresser de plus en plus à la politique, l’Etat a pris une loi pour que chaque parti politique ait un quota de 30% de femmes sur sa liste, pendant les élections. Mais elles ne se sont pas montrées intéressées », rappelle Dr Néné. Pour lui, il y a encore une certaine timidité au sein de la gent féminine, pour ce qui est de faire de la politique. « Qu’elles n’attendent pas qu’on leur déroule le tapi. Il n’y a pas meilleur encouragement que de prendre une loi afin qu’elles soient mieux représentées. Mais le reste du chemin, elles doivent le faire seules », insiste le député Kouyaté. La peur de prendre des coups, à l’entendre, fait partie du jeu politique. Tout en espérant plus de femmes sur la scène politique en 2025, les hommes comptent aussi sur elles pour être résilientes et de grandes battantes.
Georges Dagou
