Dr Frédéric Mobio est le secrétaire général exécutif du Mouvement pour la recherche et l’enseignement supérieur de Côte d’Ivoire (MORECI). C’est le plus important syndicat d’enseignants dans les universités publiques.
Dans quel état d’esprit les enseignants et enseignants-chercheurs des universités publiques abordent-ils la rentrée académique ?
Nous espérons que cette année académique sera pleine de bonnes surprises. Les revendications portées par les neuf syndicats de l’enseignement supérieur attendent. Ce sont les mêmes doléances. Seulement, certaines sont différentes en matière de chiffres. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons mis en place l’Unité d’action syndicale (UNAS), qui regroupe les neuf faitières, dans le but de parler d’une seule voix. Et cela a été fait il y a une semaine.
Quelles sont vos principales revendications ?
Il s’agit de la revalorisation des indemnités de logements des enseignants du supérieur public, ainsi que le paiement des heures complémentaires. Les ministres se succèdent mais les mêmes revendications demeurent.
Au niveau du logement, le chef de l’État a augmenté très récemment vos indemnités…
Oui et nous saluons le président de la République pour cette aide au logement. Nous sommes passés de 70 000 à 90 000 FCFA. Depuis 30 ans, nous n’avions jamais vu cela. Mais cela reste insuffisant. Au regard du statut de l’enseignant-chercheur, il a besoin de plus. Parce qu’il est impossible de se loger convenablement à Abidjan avec 90 000 FCFA. Au Sénégal, les enseignants-chercheurs touchent 300 000 FCFA comme indemnité de logement. Au Burkina, c’est 150 000 FCFA.
Que demandent les enseignants-chercheurs de Côte d’Ivoire ?
Nous avons toujours demandé 300 000 comme indemnité de logement.
S’agissant des heures complémentaires, pourquoi cette doléance n’a-t-elle pas été réglée depuis?
L’Etat est en train de régler définitivement le problème, en recrutant massivement des enseignants. Cette année par exemple, ce environ 500 enseignants que l’Etat recrute dans les universités publiques. Depuis 2013, c’était dans l’ordre de 200 enseignants recrutés par an. Cette hausse du nombre de recrutement permet d’éviter aux enseignants plus d’heures de cours. Nous saluons cela, parce que les heures complémentaires tuent l’enseignant.
Quelles sont les facultés qui sont les plus touchées par la pénurie d’enseignants ?
Ce sont les filières scientifiques. Physique-chimie ainsi que les mathématiques. Mais, vous constaterez qu’il n’y a pas qu’à l’université que nous avons ce problème. Au secondaire également, les profs des filières scientifiques manquent.
À votre niveau, qu’est-ce qui peut expliquer cela ?
Il faut un véritable accompagnement de l’Etat, pour amener les gens à s’intéresser à ces filières. A l’université de Korhogo, une politique a été mise en place à ce sujet. Vous avez des facultés de physique-chimie. Cela doit exister partout.
Les enseignants du supérieur disposent-ils encore de véritables moyens de coercitions ?
Nous sommes en train de tester le comité sectoriel de discussion, mis en place par le gouvernement. Raison pour laquelle nous donnons la priorité au dialogue. Avec l’élection présidentielle, nous attendons que le nouveau gouvernement soit mis en place pour aller aux nouvelles.
Interview réalisée par Raphaël Tanoh
