Ekoun Kouassi, SYNESCI : « Nos primes mensuelles se situent entre 150 000 et 400 000 FCFA »

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 1,2K vues

Ekoun Kouassi est le secrétaire général national du Syndicat national des enseignants du second degré de Côte d’Ivoire (SYNESCI). C’est aussi le porte-parole du Réseau des enseignants du secteur éducation-formation de Côte d’Ivoire. Dans cette interview, il évoque entre autres les élections à la Mutuelle générale des fonctionnaires de Côte d’Ivoire (MUGEFCI).

Au plus tard, le 31 décembre, le comité des experts rendra ses conclusions sur les primes des enseignants. Quelles sont réellement vos attentes ?

Tout d’abord, je remercie Madame la ministre d’Etat, ministre de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration, ainsi que sa collègue, Madame la ministre de l’Education nationale et de l’alphabétisation, qui ont fait du dialogue social une réalité. Ce dialogue nous a permis d’avoir une avancée notable sur cette question des primes. Je remercie les militants du Synesci qui ont cru en la lutte. Le Synesci, depuis 2007, a mis en avant cette question, sous l’ère Soro Mamadou. Nous espérons que c’est pour bientôt la fin de ce combat.

Nos attentes, c’est que le comité des experts achève ses travaux et transmette les conclusions à Mme la ministre d’Etat. Nos camarades doivent savoir que le 31 décembre n’est pas la date où les enseignants auront leurs primes, où ils connaitront les montants. C’est une date à laquelle le comité achèvera ses travaux et les remettra à la ministre d’Etat. Quitte maintenant à elle de communiquer là-dessus. Notre souhait, c’est que le dialogue se poursuive autour des montants des primes. Ce que nous ne voulons pas, c’est que le comité des experts demande un délai supplémentaire pour terminer les travaux.

Quel sont les différents montants de la prime que vous avez demandé ?  

Nous avons calqué la prime des enseignants sur celle des agents de la Fonction publique. Cette prime est payée sur le budget de l’Etat. Nous l’avons seulement valorisée de 25 à 50 000 FCFA.  Donc, les primes que nous demandons varient de 150 000 à 400 000 FCFA. C’est une prime mensuelle.

Vous ne trouvez pas ces primes un peu élevées ?

Non. Le grade A7 à la Fonction publique, par exemple, a une prime mensuelle de 330 000. Vu la pénibilité du travail des enseignants, on aurait pu faire plus, mais nous n’avons proposé que le montant minimum.

Selon nos informations, l’Etat souhaite étendre la prime à d’autres ministères. Pensez-vous que cela pénalisera les enseignants dans la fixation des montants ou dans le processus de paiement ?

Au contraire, c’est une bonne chose. Comment peut-on expliquer que dans le même pays, on puisse octroyer des primes à des ministères et pas à d’autres ? Beaucoup d’agents quittent le secteur éducation-formation pour aller ailleurs, parce qu’ils ne sont pas bien traités. Il n’y a pas d’enseignants dans les matières scientifiques à cause de cela. Je pense que l’Etat a les moyens d’octroyer des primes à tous les fonctionnaires.

« Personne n’a fait mieux que nous à la MUGEFCI depuis 1973 »

Y a-t-il une date butoir fixée pour le paiement de vos primes ?

Le fétichisme des dates ne se fait pas au Synesci. L’objectif est que la prime soit octroyée. La démarche et le dialogue doivent être productifs.  Le gouvernement est dans cette logique. Nous ne pouvons qu’attendre.

Est-ce vrai que vous ne portez que des revendications à caractère financier ?

Ce jugement n’est pas faux. Malheureusement, le secteur éducation-formation ne parle que de revendications à caractère financier. Nous vivons dans des conditions difficiles. Mais nous avons déjà fait des demandes pour l’amélioration de nos conditions de travail. Par exemple, que les tableaux noirs soient remplacés par des tableaux blancs et des marqueurs, parce que la poussière des craies nuit à la santé des enseignants. Hélas, beaucoup de structures syndicales ne sont intéressés que par l’argent.

Certains parmi vous disent que la question de la prime sera la dernière revendication à caractère financier, après le décrochage, le stock des arriérés…

Ce ne sera pas du tout notre dernière revendication à caractère financier, parce que nous cherchons continuellement à améliorer nos conditions de vie. Le décrochage des enseignants était légitime. Est-il normal qu’un enseignant ait la moitié du salaire de l’autre, alors qu’ils ont le même diplôme et le même temps de travail ? Ça été pareil pour le stock des arriérés. En 2009, le président Laurent Gbagbo a refusé de payer les effets financiers du profil de carrière. Après discussions, il nous a octroyé la moitié. Et dans un document écrit, il a dit qu’il paierait l’autre moitié à la fin du point d’achèvement du PPTE. Donc, quand la date arrive, c’est normal que nous réclamions notre dû. Nos demandes sont toujours légitimes.

Peux-ton dire que vous êtes pour la paix à l’école ?

Oui. La trêve sociale est une bonne initiative dans ce sens. Elle a prouvé que nous pouvons améliorer notre situation sans aller en grève. La preuve, sans bruit, sans arrêt de travail, le président de la République a octroyé des indemnités de logement à tous les fonctionnaires. Il a augmenté le transport, augmenté l’allocation familiale. Nous avons droit maintenant à un 13ème mois. La trêve sociale nous évite des tensions inutiles, avec les effets collatéraux des grèves : ponction sur salaires, mutations abusives, etc.

Certains enseignants crient à la punition quand ils sont affectés dans des zones au Nord. Est-ce normal ?

Affecter un enseigner au Nord, n’est pas une punition. Le Nord fait partie de la Côte d’Ivoire et les enfants de la Côte d’Ivoire y sont. Partout où se trouve un élève, on est prêt à aller lui dispenser le savoir. Mais ces affectations au Nord pourraient devenir une punition, selon la période. Par exemple, en pleine année scolaire, pour l’enseignant qui a déjà casé ses enfants et pris sa maison. De plus, si vous êtes envoyé dans une zone dite déshéritée après une grève, c’est une sanction.

La grève pour les primes a divisé les enseignants. On dit que ceux qui ont durci le ton voulaient se faire voir en prélude aux élections à la MUGEFCI…

C’est dommage que beaucoup de leaders syndicaux fassent leur promotion personnelle, pendant les grèves. Ils vont chercher des sujets qui mobilisent la base, tels que des sujets à caractère financier. Et derrière, ils veulent se positionner. Comme l’argent attire, ils surfent dessus. Ils ont fait croire aux jeunes que la primes seraient octroyée en 2025. Ils les ont utilisés pour avoir une certaine popularité et faire croire que ceux qui dialoguent sont des vendus. Ce qui est faux, car personne n’a fait plus de grèves que le Synesci. Nous avons plus de 50 ans d’existence. Lorsque le dialogue est productif, il faut le suivre.

« Affecter un enseignant au Nord ne doit pas être une punition »

Vous êtes avec l’actuel PCA de la Mugefci, Paul Gnogbo. Resterez-vous en bloc pour les prochaines élections ?

Le Synesci est dans un grand groupe appelé Solidarité-Santé. Nous sommes en train de nous activer pour faire le bilan de notre mandat. Le PCA a bien dirigé pendant ces quatre années. C’est au groupe de décider qui va porter le chapeau pour la future élection à la Mugefci. A moins que Paul Gnogbo décide de ne pas se représenter, c’est lui que nous soutenons, car son bilan est super.

Super, c’est le terme que vous emploierez ?

L’œuvre humain est à parfaire. Mais, depuis sa création en 1973, il n’y a pas un conseil d’administration qui a fait mieux que nous.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Il n’y a pas un conseil d’administration qui a osé faire un bilan de santé gratuit. Nous en avons fait trois pour les fonctionnaires. Les conjoints et conjointes ont été inclus pour les dernier bilans, avec même les enfants. Depuis 1973, l’adhérent paie 30% à la pharmacie. Sous notre mandature, il ne paie que 20%. Si le médicament coûte 1000 FCFA, l’adhérent paie uniquement 200 F. Nous avons mis 20 dialyseurs à la disposition du Centre national de prévention et de traitement de l’insuffisance rénale (Cnptir), pour que les fonctionnaires soient prioritaires lorsqu’ils vont faire leurs dialyses. Et nous allons mieux faire.

On dit que la MUGEFCI, c’est l’affaire des fonctionnaires. Mais vous verrez que ce sont des organisations syndicales qui se mettront ensemble. Tous les fonctionnaires sont amenés à être candidats mais, pour avoir plus de chance, il faut se mettre avec un groupement syndical. C’est un peu comme en politique. Comme les instituteurs sont les plus nombreux, ils ont beaucoup de chances. Toutefois, les autres ont leurs chances s’ils sont bien organisés et s’ils ont un programme. Malheureusement, dans ce pays, on ne fait pas de programme.

Vos perspectives pour 2026 ?

Nous allons tout faire pour avoir la prime et nous nous battons pour cela. Ceux qui pensent que ce n’est pas une priorité pour le Synesci, se trompent. Nous avons d’autres revendications mais, comme je connais les enseignants, si je les mets sur la table maintenant, ils ne m’écouteront pas tant que la prime n’est pas réglée. Par anticipation, nous souhaitons une bonne et heureuse année 2026 aux Ivoiriens.

Interview réalisée par Raphaël Tanoh

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