Le Président de la Plateforme nationale des organisations professionnelles du secteur public et privé de Côte d’Ivoire, Gnagna Zadi, appelle à la formation syndicale.
L’évènement majeur de l’année 2023 a été le contrat social signé avec le gouvernement. Est-il prometteur ?
Nous avons signé le 8 août 2023, la 2ème trêve sociale de notre pays, qui fait suite à celle de 2017-2022. C’est l’une des signatures qui a permis au secteur privé et public d’engranger des avancées sur le plan social. On niveau du secteur public, il y a eu une amélioration nette du salaire à travers les accessoires de salaires. On a revalorisé les allocations familiales, l’indemnité contributive au logement, qui a été étendue à tous les fonctionnaires. Cerise sur le gâteau, nous avons obtenu le 13ème mois, que nous appelons prime ADO. Au niveau législatif, il y a eu la reforme du système d’imposition. L’Etat a conduit les 3 impôts en un seul et on verra ce que cela va donner à la fin de ce mois de janvier. Nous avons, depuis le 23 novembre 2023, un nouveau statut général de la fonction publique. Un décret a été pris pour créer des cadres de discussions au niveau sectoriel, également. Sur 5 ans, il permettra aux travailleurs du public d’engranger plus de 1000 milliards. Au niveau privé également, le Smig a été revalorisé.
Où en est-on avec la mise en place des cadres de discussions sectoriels ?
Il y a des ministères où les choses traînent encore. Mais de façon globale, tous les ministères ont pris conscience de la nécessité de créer ces cadres de discussions sectoriels. Au niveau du ministère de la Fonction publique, nous gérons la conduite à tenir dans le processus. Nous allons à un séminaire bientôt pour faire l’état des lieux. Nous sommes conscients qu’il y a des problèmes dans certains secteurs, comme le département de l’Education nationale où on a du mal à choisir les 8 membres que demande le décret pour tenir les discussions sectorielles. On préfère s’en remettre à l’ancien cadre de discussion.

Au ministère de la Fonction publique, les discussions sectorielles ont-elles débutées ?
Le ministère de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration est le garant de la trêve sociale. La ministre donne donc l’exemple. Il reste à mettre en place le conseil consultatif de la Fonction publique, où des sujets tels que l’indice référentiel de base seront débattus.
Après tant d’acquis, de quoi s’agira-t-il dans ces cadres sectoriels qui seront créés par ministères?
Il faut comprendre que nous avons géré les questions d’ordre général, avec la signature de la trêve sociale. Sur les 13 points, seulement 4 ont été pris en compte. Il reste plusieurs questions spécifiques à certains ministères qui doivent être considérés. Au ministère de la Santé, par exemple, vous avez les décrets liés à la réforme hospitalière.
Quelle garanti donnez-vous au gouvernement qu’il n’y aura pas de grève après la signature de la seconde trêve sociale?
Je ne peux pas donner de garanti. En tant que président, je fais en sorte que les syndicats de la Plateforme respectent la signature. Personne ne nous a obligés à signer. Quand vous le faites, il faut assumer cette responsabilité. Mais le plus important avec la trêve sociale, c’est que lorsqu’il y a des préoccupations, il faut se retrouver pour les régler. On a vu cela avec la Coordisanté.
À quand la mise en œuvre du nouveau statut général de la Fonction publique?
Le statut général de la Fonction publique est un cadre réglementaire et statutaire. Nous avons travaillé sur les modalités communes d’application de la loi et les modalités particulières. Nous pensons que des décrets seront pris au premier trimestre 2024, pour son application.
Est-ce vrai que le nouveau statut général de la Fonction publique va créer de nouveaux emplois ?
Il y a eu des problèmes sur la question d’emplois dans certains ministères, des problèmes de dénomination de nouveaux emplois. Un décret sur la classification des grades et emplois à ce niveau, a été pris. Nous irons bientôt en atelier à ce sujet, pour travailler en avant projet avant que le gouvernement ne signe les décrets d’application.
Pour en revenir au nouveau système d’imposition, on parle de deux poids deux mesures…
La reforme du système d’imposition a été l’une de nos revendications. Mais l’Etat fait les choses dans son intérêt. Le gouvernement a fondu les trois impôts qu’on nous prélevait en un seul. Les personnes dont les salaires varient de 0 à 75 000 FCFA, ne sont pas prélevées. Mais il ne faut pas que ce nouveau système mette en péril nos acquis. A défaut de nous faire gagner de l’argent, nous ne devons pas en perdre.
Est-ce le cas pour certains ?
Nous aurons nos bulletins de salaire, fin janvier et nous ferons la comparaison avec nos salaires de décembre. Il y a des gens qui affirment qu’il y a des gains selon les calculs faits. Et donc, des salaires vont augmenter. Nous verrons. Si je perds de l’argent je demanderais à l’Etat de me reverser mon argent.
C’est quoi les batailles à venir ?
La formation syndicale, pour amener nos camarades à nous suivre, à comprendre le syndicalisme, le combat, pourquoi nous sommes amenés à signer certains accords. Le syndicaliste est un homme avisé qui choisit ses stratégies, qui les adapte à la situation présente. Notre souhait également, c’est l’avènement des élections professionnelles, pour la légitimité des syndicats. Cela permettra à chacun de connaître son rang. Cela permettra aussi à l’Etat d’être tranquille. En 2019, un processus a été lancé, avec des candidats identifiés et un arrêté pris. Mais les élections ont été rejetées sans raison valable. Ce n’est pas par amour, par connaissance, qu’on détermine quels sont les syndicats qui sont représentatifs.
Interview réalisée par Georges Dagou
