Grossesses en milieu scolaire: Pourquoi les jeunes filles en sont victimes

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 342 vues

A Sakassou, à Soubré, il y a de nombreux chauds lapins qui ciblent les lycéennes et même les écolières.  A chaque nouvelle année scolaire, il y a de nouveaux cas de grossesses.  En chiffres, pour l’année 2021, les voyants sont au rouge.  Les autorités du médico-scolaire avaient en effet annoncé, ce 1er mars, un pic de 78 cas à Sakassou. Pis, les services de santé scolaire et universitaire ont quant à eux dénombré 214 élèves enceintes à Soubré.  L’année 2020, 199 cas d’élèves enceintes avaient été comptabilisés à Soubré contre 23 à Sakassou. Le cursus scolaire de 192 écolières avait également été stoppé net, en 2019, selon les dénombrements des autorités de Soubré quand 40 filles engrossées étaient répertoriées à Sakassou. Numériquement, les chiffres évoluent en dent de scie à Sakassou et augmentent progressivement à Soubré. Mais globalement, ces indicateurs laissent entrevoir une constante. Dans plusieurs villes de l’intérieur, il y une grosse pierre d’achoppement sur le parcours scolaire des jeunes filles : la grossesse.

Des sensibilisations à vau l’eau à Sakassou. En matière de grossesses en milieu scolaire, Sakassou et Soubré font partie des lanternes rouges, des pires élèves dans la classe des écoles de l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Comme à l’accoutumée, le chef du Service de santé scolaire et universitaire-santé adolescents et jeunes (SSSU-SAJ) de Sakassou, Dr. Traoré Mamadou, a rendu public, ce 1er mars, le nombre d’élèves ayant contracté des grossesses au cours de l’année scolaire écoulée. Une sorte de communication des moyennes annuelles, mais, dans une matière détestée. Selon son bilan, 78 filles ont été enceintées en 2021. Ces dernières ont dû faire la sourde oreille aux campagnes de sensibilisation menées par le médecin chef du médico-scolaire. De fait, en vue d’inverser la tendance des 40 cas de grossesses qui avaient été comptabilisés en 2018, Dr. Traoré Mamadou avait donné de la voix, à l’orée des vacances «pour éviter que les jeunes filles retournent à l’école avec des grossesses» pour l’année scolaire 2019- 2020. A défaut de l’idéal de zéro cas, il y avait 23 filles enceintes, soit une baisse drastique de l’ordre de la moitié des chiffres de l’année précédente, en 2020. Tout en annonçant ces chiffres qui ont marqué une revue à la baisse substantielle, le docteur n’a pas levé le pied. A la veille des congés de Noël et de fin d’année, Dr. Traoré Mamadou a repris son bâton de pèlerin. Il a exhorté les jeunes filles à ne pas revenir avec des polichinelles dans le tiroir en 2021, en dépit de l’effervescence liée aux festivités. Que nenni, le message est passé à la trappe.  Conséquence ? 78 élèves, plus du triple comparativement aux derniers chiffres, ont été engrossées en 2021.

Les élèves broient du noir, au grand plaisir des prédateurs sexuels. A l’instar de cette localité, plusieurs zones de l’intérieur du pays sont sujettes à une hausse des cas de grossesses en cours de scolarité. Joint par la rédaction de Nordsud.info, le président de l’organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire, Kadio Claude, a levé l’équivoque sur les raisons de cette situation. «Dans ces zones, il y a des problèmes de tutorat, d’encadrement des élèves et de moyens. Quand les filles vivent dans la promiscuité, manquent du strict minimum ou de certains besoins primaires, elles deviennent des proies faciles pour les habitants de la zone. Souvent ce sont des transporteurs, ou des gens qui exercent des ‘’petits métiers’’ qui leurs promettent des services ou de l’argent en échange des relations sexuelles. Pendant les fêtes de fin d’année, elles recherchent de l’argent pour se faire les cheveux ou renouveler leurs garde-robes, etc. Ce sont également des périodes sensibles», note-t-il de son œil avisé. Au tableau des solutions, ce n’est pas la sinécure. Outre les sensibilisations, la piste privilégiée par le Dr. Traoré Mamadou consiste à mettre la puce à l’oreille des parents. «C’est une opportunité d’inviter les parents à davantage s’impliquer dans la santé des adolescentes et des jeunes dont le comportement est fortement affecté par la crise d’adolescence», avait-il préconisé, le 1er mars. Pour le porte-voix des parents d’élèves, la carte de la pédagogie a également toutes ses chances. «Nous avons un plan d’actions pour lutter contre ce phénomène. Initialement, nous avions prévu de nous rendre à Soubré, Bondoukou et Buyo afin d’y mener des actions de sensibilisation. Avec les inquiétantes données de Sakassou, nous allons rajouter cette localité», fait-il noter.

Charles Assagba

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