Depuis jeudi, les opérations pour éteindre l’incendie se heurtent à un obstacle majeur : accéder aux magasins entassés les uns contre les autres, pour circonscrire le feu ? Face à cette difficulté, une opération de déguerpissement d’urgence a été lancée.
Plus de 72 heures après l’incendie qui a ravagé le Black Market d’Adjamé, les flammes couvent encore sous les décombres. Dans ce marché informel emblématique, réputé à travers tout le pays pour ses bons plans, ses marchés de gros et de détail, où l’on trouve une vaste gamme de produits bon marché, une épaisse fumée noire s’échappe encore des magasins et des marchandises qui brûlent sous le feu.
Alors que les pelleteuses et bulldozers s’activent, des hommes, de noir vêtu, veillent aux entrées du périmètre de sécurité, délimité par les camions des forces de l’ordre. L’accès à cette partie du Black Market, en proie à l’incendie, est strictement interdit. Un check-point y a été installé, et les soldats, fouets en main, qui dissuadent passants et commerçants voulant entrer sur le site.
À notre arrivée, un policier applique rigoureusement les consignes : « Vous ne pouvez pas entrer. Personne ne peut entrer. Nous ne pouvons pas non plus répondre à vos questions. Parlez avec ce monsieur, il pourra vous renseigner », dit-il en nous désignant un quadragénaire. Comme beaucoup d’autres sur le chemin du Black Market, notre interlocuteur porte un masque pour se protéger de la fumée.
À l’écart de la foule attroupée et des badauds qui rivalisent d’ingéniosité pour entrer sur le site, M. Sanogo, un transporteur opérant dans une gare adjacente, accepte de livrer son témoignage. « C’est vers 13h, jeudi, que nous avons commencé à voir la fumée monter et entendu des cris de feu. On a essayé d’éteindre avec de l’eau, mais cela n’a pas suffi. Depuis, les pompiers vont et viennent pour apporter de l’eau, mais trois jours plus tard, le travail continue. Ils sont en train de casser des magasins pour pouvoir en finir avec le feu. Beaucoup ont perdu leurs biens, et maintenant, tout le monde attend que le feu soit complètement éteint. Les agents de la Mairie sont venus pour parler avec les commerçants et prendre leurs noms. Même le Maire était sur le terrain ce samedi. »
Ce témoignage corrobore les propos des représentants des sapeurs-pompiers, qui précisent que les défis logistiques imposés par la zone compliquent sérieusement les opérations. S’il est pour l’instant impossible de quantifier les pertes matérielles causées par ce sinistre, les derniers espoirs reposent sur l’extinction complète du feu. Mais une fois cette page tournée, les dizaines de commerçants touchés, qui souvent n’ont pas assuré leurs marchandises, devront faire face à des indemnisations symboliques, si elles existent… Un défi reste entier pour la commune d’Adjamé : reconstruire ce vaste marché selon des normes de sécurité adéquates, pour faciliter les interventions en cas de sinistre.
Charles ASSAGBA
