Le 14 août 2024, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclarait une urgence de santé publique de portée internationale, face à la recrudescence des cas de la variole du singe (Mpox), en République Démocratique du Congo. Quelques jours auparavant, la Côte d’Ivoire enregistrait son premier patient infecté…
Début juillet. Le premier cas de la variole du singe a été détecté en Côte d’Ivoire. Le pays en est à 32 infectés, avec Dianra (9 cas) et Yopougon (6 cas) en tête de liste des communes les plus touchées. Tout comme au Burundi, au Kenya, au Rwanda, en Ouganda et au Gabon où la variole a également été signalée, la Côte d’Ivoire n’enregistre pas encore de source grave du virus. Pour rassurer les Ivoiriens à ce sujet, samedi dernier, le ministre de la Santé, de l’hygiène publique et de la couverture maladie universelle a souligné l’efficacité du comité de veille mis en place, afin de maîtriser Mpox. Neuf patients ont déjà été guéris. Seul, un décès est enregistré.
Un dispositif efficace
En un mois, l’épidémie a été circonscrite. Le Directeur général de l’Institut national de l’hygiène publique (INHP), Daniel Ekra, explique cette efficacité par le fait que le pays fait face aux épidémies, depuis longtemps. « Pourquoi il n’y a aucune panique ? Notre système de surveillance est fort. Dès qu’un cas est détecté, la prise en charge est immédiate. Au niveau de la sensibilisation, vous avez vu le point fait par le ministre de la Santé, de l’hygiène publique et de la couverture maladie universelle. Nous faisons de la sensibilisation à travers tous les médias ».
Le personnel de santé, lui aussi, est au fait de la gestion des maladies infectieuses. « Lorsqu’un cas est signalé, une équipe bien protégée se rend aussitôt sur les lieux. Le malade est conduit à l’Institut pasteur pour la confirmation du virus. Si l’Institut pasteur n’y arrive pas, il est envoyé au Sénégal dans un autre laboratoire ou en France. Une fois que la maladie est confirmée, le patient est pris en charge aux maladies infectieux de Treichville, sous la direction du professeur Serge Paul Eholié, chef de service de ce département », explique Sylla Vazoumana, porte-parole du personnel de santé. L’endroit où l’infection a eu lieu, est désinfecté. Les personnes qui sont entrées en contact avec le malade sont recensées et mises en quarantaine, si nécessaire.
Rester vigilant malgré tout
Pour Daniel Ekra, le directeur général de l’INHP, il ne s’agit pas de minimiser Mpox. Mais on ne peut pas donner à la variole du singe, la même ampleur que certaines maladies infectieuses que le pays a connues. Est-ce pour cela que les Ivoiriens sont moins soucieux, depuis l’apparition du premier cas ? « La source de la variole du singe que nous avons ici est bénigne. Nous ne sommes pas en situation d’alerte générale. Au niveau du personnel de santé, ce n’est évidemment pas la même mobilisation que pendant la covid-19 », fait savoir Vazoumana Sylla. À l’entendre, l’accent a été mis sur la détection des symptômes de la variole du singe pour que les patients soient très vite pris en charge. Et ces symptômes sont : la fièvre, les maux de tête et de dos, les douleurs musculaires et un gonflement des ganglions. La maladie se caractérise aussi par une éruption cutanée sous la forme de taches, voire de pustules.
L’Institut pasteur qui participe à la sensibilisation, informe également que la maladie est caractérisée par une période d’incubation de 12 jours, en moyenne, avant la survenue des premiers symptômes. Ensuite, le sujet est contagieux. « Il y a certaines maladies comme la dengue qui sont difficiles à détecter, parce que les premiers symptômes ressemblent à d’autres maladies. Pour la variole du singe, les choses vont plus vite », souligne Sylla Vazoumana. Le diagnostic est réalisé d’abord cliniquement par des médecins spécialisés. Il est ensuite confirmé en laboratoire, par PCR en temps réel.
L’efficacité du dispositif ivoirien permet de limiter la propagation, ainsi que le notait Pierre Dimba, ce samedi : « En Côte d’Ivoire, depuis le début de cette crise sanitaire mondiale, nous avons instruit nos services à l’effet de renforcer la surveillance et le suivi des cas, de renforcer les capacités de diagnostic, de prise en charge, de prévention et contrôle des infections ».
Transmission
Avec Mpox, la transmission chez l’homme ressemble un peu à Ebola. Elle se fait, soit par contact direct avec des animaux infectés, soit par contact avec les lésions cutanées ou les fluides biologiques. Ou encore, de façon indirecte via des matériaux contaminés (comme la literie ou les surfaces). Elle pourrait aussi se faire via les gouttelettes respiratoires d’une personne infectée.
Aux dires de l’Institut pasteur, un agent antiviral, initialement conçu pour le traitement de la variole, a récemment été homologué pour le traitement du virus. Ce traitement n’est indiqué que dans les formes sévères de la maladie, et doit être administré le plus précocement possible pour une durée de 15 jours, par voie orale.
En attendant d’éteindre Mpox sur le sol ivoirien, la principale stratégie de prévention consiste à limiter les interfaces humains/faune sauvage. De la sensibilisation donc. Selon Sylla Vazoumana, la Côte d’Ivoire n’entrera pas en situation d’alerte générale avec cette variole. Cela s’explique sans doute par le fait que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte « un taux de létalité d’environ 3 à 6 % concernant le virus sur le continent. »
Georges DAGOU
