Depuis des années, la question du remorquage des véhicules en panne ou mal stationnés sur nos routes, préoccupe les automobilistes. Entre frais exorbitants et insécurité, ils appellent à un changement.
Il y a quelques jours, Yaya Traoré, imam de la mosquée Pétro ivoire d’Abobo a signalé le vol de sa voiture, un break. L’automobile a disparu dans la nuit alors qu’il dormait. Mais après ses investigations, il s’avèrera que le véhicule a été enlevé par une société de remorquage et envoyé à la fourrière, près de la prison civile de Yopougon, où il finit par le retrouver. La voiture, d’après le guide religieux, était garée dans le quartier, sur le trottoir d’une voie de déserte. Là où il avait l’habitude de stationner. Mais la structure de remorquage lui a reproché d’avoir mal parqué. Il déboursera 50 000 FCFA pour reprendre son automobile.
Remorquage des véhicules
« Ce sont des actes qui s’apparentent souvent à des vols », charge Touré Adama, président de la Coordination nationale des gares routières de Côte d’Ivoire (Cngr-ci). « J’ai vécu un cas similaire il y a quelques semaines. J’avais garé ma voiture sur le trottoir à Abobo-Anador pour aller acheter de l’huile de moteur. Mais à mon retour, le véhicule avait disparu, avec mes affaires et mon ordinateur portable à l’intérieur, sans un mot. Je l’ai retrouvé plus tard à la fourrière de Yopougon. Ça ressemblait clairement à du vol », relate Touré Adama.
Depuis le retrait de la Société abidjanaise de dépannage et de vente de pièces détachées (Soad) du remorquage des véhicules, selon lui, il s’est installé une forme d’anarchie dans le secteur.
« Aujourd’hui, il suffit de posséder une petite remorque pour se constituer en structure de remorquage. Aucune de ces sociétés ne dispose d’un cahier de charge. Certains n’ont pas d’agréments. Avec la Soad, vous payiez l’amende selon la distance de remorquage de votre véhicule. Mais aujourd’hui, chacun fixe son prix », ajoute le président de la Cngrc-ci. Malgré les mises en garde des autorités, insiste-il, le désordre continue.
Abandonner leurs véhicules
Drissa Diaby, le président de l’Association des détenteurs de taxis-compteurs de Côte d’Ivoire, signale avoir payé jusqu’à 180 000 FCFA pour sa voiture qui était tombée en panne sur l’autoroute du nord.
« Les frais de fourrière ne sont pas à la portée de tout le monde. Pour une nuit que votre voiture passe là-bas, il faut payer 2500 FCFA. Ces sommes deviennent si élevées que certains finissent par abandonner leurs véhicules, parce qu’ils ne peuvent plus payer », explique-t-il.
Pour lui, il n’est pas dans l’intérêt de l’Etat que les fourrières soient pleines de voitures laissées pour compte. « Il faut faire du social », suggère-t-il.
Cette situation, selon Abdoulaye Sylla, président de la Fédération nationale du syndicat des chauffeurs de Côte d’Ivoire (Fensc-ci), il est temps de mettre de l’ordre dans le secteur. « Les véhicules qui remorquent les voitures tombent eux-mêmes en panne. Les fourrières sont couteuses et très peu sécurisées », signale-t-il.
Les précision du district
La fourrière de Yopougon, par exemple, n’a pas d’enceinte. N’importe qui peut y pénétrer et voler des objets à l’intérieur des véhicules. Pareil à Koumassi.
Mais, selon le district autonome d’Abidjan, les structures chargées du remorquage des véhicules ont toutes des agréments et travaillent conformément à leur cahier de charge. Quant à la méthode, à l’entendre, il peut s’agir d’une méprise.
« Le district n’est pas la seule entité habilitée à enlever les véhicules sur la route. Les mairies le font. La police et le ministère des Transports aussi », signale Baba Nicolas Coulibaly, le directeur de la communication du district d’Abidjan.
Au dire du service des enlèvements, les tarifs sont clairs. 35 000 FCFA le jour, pour les véhicules personnels, dans le district d’Abidjan. 40.000 F la nuit. 40.000 F et 50.000 F pour les camions de 1,5 tonne et 2,5 tonnes, vides. 50.000 F à 60.000 F, s’ils sont chargés. 80.000 F ou 95.000 F concernant les camions, semi-remorque, remorque, autocar et bus inférieur à 30 T (vides). 145.000 F et 170.000 F, si le camion est chargé.
Le district affirme qu’il se penche déjà sur la question de la sécurisation des fourrières et leur modernisation, avec le taux grimpant de la démographie et des véhicules qui circulent à Abidjan.
Georges Dagou
