Après plusieurs années de désagréments dus aux cotisations souvent injustifiées ou mal gérées, imposées par les comités de gestion des établissements scolaires (Coges), le chef de l’Etat avait mis fin au débat, lors de son investiture le 14 décembre dernier. «J’ai décidé que, à compter de janvier 2021, le gouvernement et les collectivités locales prendront en charge les frais des comités de gestion des établissements scolaires, en abrégé Coges, jusque-là supportés par les parents d’élèves dans le primaire et le secondaire», annonçait Alassane Ouattara sous des hourras de la population.
À la suite de cette décision très applaudie, le 30 décembre 2020 au terme du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement annonçait l’adoption d’un décret mettant un terme au pouvoir de ces structures de lever des cotisations exceptionnelles.
18 milliards FCFA
Ni le président de la République, ni le conseil des ministres n’ont précisé que les Coges seraient supprimés. Mais dans l’entendement des Ivoiriens, si on décide de faire ce pour quoi ces entités ont été créées, cela ne signifie-t-il pas leur disparition ? Or, le floue commence à s’installer lorsque le ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation entreprend la suspension des activités de ces structures, sans donner une suite véritable à cette opération.
Fin août 2021, une rencontre entre le même ministère et la plateforme nationale des Coges de Côte d’Ivoire s’est tenue à Grand-Bassam. Lors de cette réunion, la somme de 18 milliards FCFA est annoncée pour, selon le rapport de la rencontre, appuyer les Coges. Comme pour couper court à toute autre interprétation, le 09 septembre dernier, lors de la réunion de rentrée à Bouaké, la ministre Mariatou Koné a annoncé devant le directeur de l’Animation, de la promotion et du suivi des Coges, qu’elle remerciait le chef de l’Etat pour avoir mis à la disposition des Coges cette somme.
Ces 18 milliards FCFA seront disponibles en janvier 2022. Des lignes budgétaires concernant près de 12 000 Coges repartis sur l’ensemble du territoire national ont déjà été dégagées et mises à la disposition du ministère de l’Education nationale. Dès janvier 2022, l’argent sera viré sur les comptes de ces structures, en fonction de leurs besoins. Il est prévu l’appui des collectivités qui doit être de 12 milliards, pour accompagner les écoles. Mais les élus locaux ont déjà affirmé lors de la réunion de Grand-Bassam, qu’ils ne pouvaient lever de telles sommes pour appuyer les Coges. Ils ont cependant promis y réfléchir.
Cotisations
Bref, en quoi la gestion de ces fonds, si elle devait être faite par les Coges, sera-t-elle différente des précédentes gestions décriées par la population? Au sein de ces structures, on rassure que chaque décaissement devra être justifié. Mais quid du suivi ? Aucun plan pour le moment. Les plaintes que les parents d’élèves ont porté contre les Coges concernaient en grande partie la mauvaise gestion.
Donc, si l’Etat décide de se substituer aux parents en versant les cotisations à ces entités, on peut dire que finalement tous ces efforts n’auront pas servi à grand-chose. Les choses ne pourraient changer que si l’Etat franchit ce second pas. La substitution des Coges par les intendances classiques au primaire et secondaire public, qui avaient cours à l’école pendant les années 1990. En clair, reprendre le rôle qui était le sien en dotant les établissements scolaires publics d’un budget de fonctionnement annuel qui tienne compte des réalités de chaque école.
Cette hésitation autour de la question des Coges, a laissé l’école aujourd’hui dans une situation insalubre, pour cette rentrée scolaire. Alors que les établissements étaient nettoyés en général et repeints parfois pour accueillir les élèves, cette année, de nombreuses écoles publiques présentent un visage peu reluisant. Car, les cotisations ont été suspendues et il n’y a pas encore d’accompagnement disponible.
Raphaël Tanoh
