Théodore Gnagna Zadi (syndicaliste): «Les 300 milliards FCFA du stock des arriérés sont en train d’être payés»

par NORDSUD
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Alors que le climat social évolue en dent de scie, le leader de la Plateforme nationale des organisations professionnelles de Côte d’Ivoire fait un diagnostic mitigé de la situation des fonctionnaires ivoiriens.

Vous aviez cessé vos activités pendant cette pandémie à coronavirus, était-ce un acte civique ?

La pandémie a surpris tout le monde, dans tous les domaines. La posture des syndicats n’était pas un soutien à un quelconque gouvernement. Elle était due à une incapacité à agir. L’interdiction de réunion à plus de 50 personnes, par exemple, a empêché nos activités. Nous avons été amenés à ne pas agir. Cependant, nous avons fait des déclarations. Nous avons, entre autres, soutenu nos camarades au niveau des primes Covid-19. À notre niveau, la Plateforme nationale n’a pas arrêté ses activités, seulement, ces activités n’étaient pas d’envergure. La preuve, nous venons d’effectuer une tournée nationale à Divo, à Gagnoa, à Ouaragahio, pour mobiliser nos camarades.

Quels sont vos principaux points de revendication ?

Depuis le 27 décembre 2020, nous avons écrit au ministre de la Fonction publique, qui était signataire avec nous du document de la trêve sociale, pour dire que nous avons de nouvelles revendications, conformément à l’article 5 de ladite trêve. Le 15 janvier dernier, nous avons fait une relance, ainsi que le 30 janvier. Hier (ndlr, mardi), l’inspecteur général du ministère de la Fonction publique nous a reçus. Il nous donne rendez-vous mardi prochain, pour la reprise des discussions. Les débats vont donc s’ouvrir avec les autorités.

Que revendiquez-vous principalement?

D’abord, l’octroi d’un 13ème mois de salaire aux fonctionnaires…

Croyez-vous sincèrement que le gouvernement vous accordera un 13ème mois chaque année ?

Je l’ai toujours cru, sinon nous ne l’aurions pas revendiqué. Certains pays le font, le Togo l’a fait par exemple. En Turquie, on le fait. Et même si personne ne le fait, ce n’est pas une raison pour ne pas le faire ici. Les acquis sont le fruit de luttes. Bref, à côté de cela, nous demandons la revalorisation de l’indice référentiel de base à 233, 45 FCFA, ainsi que la revalorisation de l’indemnité logement pour les enseignants et son attribution à tous les fonctionnaires qui vivent dans les mêmes conditions. Il y a aussi la question de la pension. L’indice de calcul des pensions est resté bloqué à 1,75, là où nous demandions qu’il soit à 2. Il y a donc deux types de pensions en Côte d’Ivoire. La pension pour ceux qui sont allés à la retraite avant 2015 et la pension pour ceux qui vont à la retraite après cette date. Il faut harmoniser cela. Nous demandons aussi que les ponctions disproportionnées qui ont été faites, en 2019 et 2020, sur les salaires des enseignants soient reversées. Et que les suspensions de salaires soient rétablies.

Les ponctions ou les suspensions de salaires n’étaient-elles pas justifiées ?  

Non. Pour trois jours de grève, les enseignants ont eu deux mois de suspensions de salaires. Des salaires jamais reversés. En 2019, des comptes d’épargnes ont été gelés.

Mais dégelés par la suite…

Oui, mais cela a eu un impact sur la vie des gens.

Combien de personnes sont dans cette situation ?

En 2020, nous étions autour de 3 000 enseignants. En 2019, ils étaient plus nombreux. Avec près de 1500 rien qu’au mois de mai de la même année.  Environ 40 00 personnes sont concernées par ces questions de ponction et de suspension de salaires. Il faut leur reverser ces sommes.

Ensuite

Il faut noter aussi qu’un concours exceptionnel de promotion obtenu par certains enseignants leur a permis de passer du grade A4 au grade A5, puis A6 et A7. Malheureusement, ceux qui sont passés au grade A5 connaissent une promotion rétrograde au niveau salarial, dans leur évolution administrative. Celui qui a le grade A4 a une meilleure évolution que celui en A5. Cela est dû au fait qu’en 2009, l’Etat avait bonifié de 60 points supplémentaires les indices des grades A4, à la suite de notre lutte. Les autres grades n’en ont pas bénéficié. Il faut régler cette injustice.

Vous ne parlez pas de primes Covid-19…

Tous les fonctionnaires méritent une prime Covid, et non les enseignants seulement, les inspecteurs ou les fonctionnaires du ministère du Commerce.

La reprise du dialogue avec les autorités se fera-t-elle uniquement avec la Plateforme nationale ?

C’est la Plateforme nationale qui a écrit en tant que structure autonome au ministère de la Fonction publique. Maintenant, si les autorités veulent convoquer d’autres structures, cela relève de leur discrétion.

Certains jugent la Plateforme nationale un peu réservée, depuis la lutte mémorable de 2017. Ils pensent que vous bénéficiez de certaines faveurs des autorités. Que répondez-vous?

Ceux qui disent cela, j’espère qu’ils ont des preuves. La Plateforme nationale est un instrument de lutte. Elle n’est pas là pour montrer des muscles à chaque fois. Nous avons mené une lutte et au bout, nous avons obtenu 5 points sur 5. Qui a déjà fait cela ? En retour, le gouvernement nous a demandé de signer un accord sur la trêve, pour lui permettre de mobiliser les ressources. Un accord de paix, qui nous impose certaines conditions.

Mais, la trêve finit l’année prochaine. Donc, ceux qui veulent nous voir tous les jours en train de crier haro sur le gouvernement, le verront. Mais, je rappelle que le gouvernement a tenu ses engagements. Depuis 2018, les 300 milliards FCFA qui constituent le stock des arriérés sont en train d’être payés. Nous travaillons sur les revendications transversales. Quand ce sont des revendications sectorielles, il y a des organisations pour cela. Nous n’allons pas dans tous les sens. Nous avons une ligne de conduite.

Qu’en est-il du bloc que les organisations des fonctionnaires ont formé en 2017, pour revendiquer d’une seule voix ?

C’était une unité d’action. Quand nous serons de nouveau en action, vous verrez si nous sommes unis ou pas. L’esprit de 2017 est toujours là. Mais chacun gère son organisation.

C’est bientôt les élections à la Mutuelle générale des fonctionnaires de Côte d’Ivoire (Mugefci). Serez-vous candidat ?

La Plateforme est focus sur les revendications des travailleurs. La Mugefci est un sujet important, certes. Mais, le moment des élections viendra où nous nous prononcerons.

Il y a eu beaucoup de plaintes sur la gestion de l’actuel conseil d’administration de la Mugefci. C’est aussi votre avis ?

Il s’agit de la santé des travailleurs. Il y a une insatisfaction. Les fonctionnaires constatent un recul dans la prise en charge sanitaire. Cela est lié à plusieurs facteurs. Le premier, ce sont les réformes entreprises par le conseil d’administration. Notamment, en 2018, avec l’introduction d’une carte dite intelligente. Une carte vendue et imposée de façon insidieuse aux fonctionnaires. De sorte qu’il y a aujourd’hui deux catégories de fonctionnaires. Ceux qui ont la carte et ceux qui ne l’ont pas. Il y a eu un ensemble de mesures qui ont réduit le confort des fonctionnaires au niveau des soins. Il y a beaucoup à changer à la Mugefci.

Interview réalisée par Raphaël Tanoh

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