L’interview tant attendue de Tidjane Thiam, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), diffusée ce dimanche 27 juillet, n’a pas eu l’effet escompté.
Convié par le journaliste Alain Foka pour un entretien vérité d’environ une heure, l’ancien ministre du Plan a peiné à convaincre sur sa capacité à incarner la fonction présidentielle, s’emportant à plusieurs reprises face à des questions jugées impertinentes.
Visiblement irrité, Tidjane Thiam n’a pas hésité à accuser directement le président Alassane Ouattara de ne pas avoir respecté ses engagements.
« Je ne suis pas le menteur, c’est le président Ouattara qui ne tient pas parole »,
a-t-il lâché lorsque le journaliste a évoqué un supposé accord entre les deux hommes.
Il affirme qu’en août 2022, il avait clairement indiqué au chef de l’État son intention de se porter candidat à la présidentielle, à condition que ce dernier ne se représente pas.
« Il m’a dit : ‘’Moi, j’ai fini. Je m’en vais’’ »,
a-t-il relaté, tout en estimant que son profil surpasse celui du Président Alassane Ouattara, qui ne serait ni plus qu’un « fonctionnaire international ».
Attaques tous azimuts
Mais c’est sur le terrain de la victimisation que Tidjane Thiam s’est longuement étendu, évoquant les procès et critiques dont il serait la cible, tant en Suisse qu’en Côte d’Ivoire.
« La justice suisse, pour moi, est raciste. Et ce qui me déçoit encore plus, c’est que certains Ivoiriens s’en réjouissent. Quel mal ai-je fait à mon pays pour qu’on me combatte de la sorte ? »,
s’est-il interrogé.
Il a également révélé vivre en France pour des raisons de sécurité, tout en rejetant les accusations selon lesquelles il serait un pion de l’Hexagone. Au contraire, il affirme avoir rendu service à Emmanuel Macron avant son accession à la présidence.
Condescendance
Loin de faire preuve de retenue, le président du PDCI s’est livré à des propos jugés condescendants, voire injurieux, s’agaçant que « des gens racontent n’importe quoi » à son sujet.
Ce ton virulent, voire excessif, a provoqué une vague de réactions mitigées, y compris au sein de l’opinion publique.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont fustigé son manque de maîtrise et d’élégance verbale.
« Quand un homme qui aspire à gouverner perd son sang-froid face à une critique, que fera-t-il en pleine crise nationale ? »,
s’interroge un internaute.
Un journaliste ivoirien a, pour sa part, livré une analyse plus poussée :
« Un présidentiable ne peut pas se comporter comme un citoyen ordinaire. Ses paroles et ses gestes doivent être pesés. Utiliser des mots comme ‘imbéciles’ ou ‘ordures’ est indigne d’un futur chef d’État »,
a analysé le confrère, avant d’ajouter :
« Thiam fait le dur apprentissage de la politique ivoirienne. Il sera attaqué, critiqué, peut-être insulté. Il doit apprendre à prendre de la hauteur. Lorsqu’on aspire à diriger plus de 30 millions d’âmes, on se doit d’avoir les nerfs solides. S’il se sent diffamé, qu’il saisisse la justice. Mais se rabaisser à des échanges violents est un choix qui ne peut que nuire à son image ».
Exercice périlleux
En définitive, cette sortie médiatique, censée asseoir son autorité politique, s’avère contre-productive pour le président du PDCI, tant elle a mis en lumière un tempérament encore loin des exigences du pouvoir.
Marc Dossa
