Avec pour thème, ‘‘l’égalité aujourd’hui pour un monde durable’’, la célébration de la journée internationale de la femme en Côte d’Ivoire est l’occasion de voir le chemin parcouru pour la gent féminine, en termes de droits.
Qu’ont gagné les femmes ivoiriennes, durant ces dix dernières années, dans la lutte pour l’amélioration de leurs conditions ?
Beaucoup, selon de nombreux observateurs. Il y a eu d’abord le Compendium des compétences féminines de Côte d’Ivoire (Cocofci) créé en 2012, avec pour but de renforcer le leadership des femmes dans la gestion des affaires publiques et privées. Ensuite, la mise sur pied du Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire (Fafci), pour une autonomie financière. Et puis on a assisté à la promulgation en 2013, par le président de la République, de la nouvelle loi sur le mariage, suivie de l’adoption d’une Stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur le genre (Snlvbg). Il ne faut pas oublier la naissance en 2015 du Conseil national de la femme (CNF). Et, l’année suivante, l’inscription du principe de l’égalité entre les hommes et les femmes dans la Constitution du 30 octobre 2016. « La Côte d’Ivoire a fait des progrès en faveur des droits de la femme, ces dernière années », confirme Drissa Bamba, président du Mouvement ivoirien des droits humains (Midh).
« Il y a surtout l’entrée des femmes à l’EMPT (L’École Militaire Préparatoire Technique) et à la gendarmerie», indique Amani Bénédicte Aquici, épouse Oué, présidente de l’ONG Foundi, spécialisée dans la défense des droits des femmes et des enfants. D’après Mme Oué, le gouvernement a ouvert certains emplois, jusque-là fermés, aux femmes. Et c’est un progrès considérable.
Les disparités
Mais, dans le quotidien, la femme reste encore loin, très loin de l’homme. «Amener une fille à l’école était mal vu. À cause de cela, la femme a pris beaucoup de retard par rapport à l’homme», explique Drissa Bamba. Ce qui n’est pas sans conséquence. «Les femmes ne sont représentées qu’à hauteur de 20% dans les institutions (au lieu des 30% promis). Il y a seulement 30 femmes à l’Assemblée nationale sur 256 hommes», note Amani Bénédicte. Dans de nombreuses instances de décisions, ce taux est encore plus faible. Voir une femme à certains postes reste très controversé. «Ayant moi-même participé aux élections législatives passées, notamment en tant que suppléante du Dr Soro Farah epse Coulibaly, dans la commune d’Abobo, nous avons eu la chance de côtoyer des femmes engagées. Certaines d’entre nous ont subi des menaces et intimidations, venant de la part de rivaux», ajoute la présidente de l’ONG Foundi.
D’après le Programme des nations unies pour le développement (Pnud), l’égalité du genre en Côte d’Ivoire est confrontée à certaines contraintes sur les plans culturels, religieux et institutionnels. Dans un tel contexte des mesures, telles que la loi sur le mariage qui consistait à donner aux femmes plus de pouvoir, sont difficilement applicables.
A lire également: Amani Bénédicte Acquici: «Les VBG gagnent en intensité»
Chantal Moussokoura Fanny, Sénatrice de la région du Folon, maire de la commune de Kaniasso, en sait quelque chose. La sénatrice témoigne avoir été contrainte de se battre pour échapper à ce cercle vicieux.
Comment briser ce plafond de verre ? « Il faudrait plus que des mots. Il faut que des stratégies concrètes soient mises en place», propose Amani Bénédicte Aquici. Là où Drissa Bamba, parle d’actions. « Par exemple, pour faire appliquer le quota de 30% de représentativité des femmes dans les Institutions, il faut exclure les partis qui ne respectent pas cela lors des dépôts des candidatures, pendant les élections», indique-t-il.
Emancipation
Un chemin jonché d’obstacles. Est-ce aux femmes seules de les franchir, ou faut-il au contraire que les hommes soient à leur côté ? Les avis sont divisés. «La Côte d’Ivoire a créé un véritable cadre juridique pour que les femmes puissent prendre leur place. Qu’elles n’attendent pas que les hommes leur déroulent le tapis rouge», indique par exemple Denis Yoraubat, président de l’Action pour la protection des droits de l’homme (Apdh).
Tandis que Drissa Bamba abonde dans le sens contraire. «Il y a va de l’intérêt de tous que la femme soit émancipée en Côte d’Ivoire. Il ne s’agit pas uniquement d’un combat de femme, mais de celui de tout une société», souligne le président du Midh. Quand Amani Bénédicte parle, elle, de mentalité. «C’est une société machiste et sexiste dans laquelle nous évoluons. Et bien souvent, elle nous brise dans nos ambitions», soupire la dame.
Le gouvernement n’est que trop bien conscient des difficultés. L’un des leviers qu’il compte le plus actionner pour faire de l’émancipation de la femme une réalité, c’est son autonomisation. Avec le Fafci, créé par la Première dame Dominique Ouattara, la lutte contre la pauvreté féminine n’est plus un concept, mais une réalité. À côté de ce volet, la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Nassénéba Touré, veut combattre un peu plus ardemment les violences basées sur le genre (VBG), avec notamment l’installation de plateformes locales dans certaines villes. Mais en Côte d’Ivoire, 32,1% des femmes sont mariées avant l’âge de 18 ans et 36,7% des femmes âgées de 15 à 49 ans sont excisées.
Raphaël Tanoh
