C’est la psychose en ce moment, depuis l’effondrement dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 mars, d’un immeuble habité R+4 à Cocody- Angré, qui a fait 6 morts et plusieurs blessés. Ce drame interpelle d’autant plus qu’en janvier 2014, un bâtiment de quatre étages s’était effondré sur ses habitants dans la commune de Yopougon, faisant plusieurs morts. Après donc les maisons en construction, c’est au tour des immeubles déjà habités de s’affaisser inopinément. Si le ministre de la Construction, du logement et de l’urbanisme, Bruno Nabagné Koné, demande aux Ivoiriens de se conformer aux normes pour construire leurs maisons, les experts, eux, tirent la sonnette d’alarme.
Selon Moussa Saria, ingénieur géomètre en bâtiment et travaux publics (BTP), en analysant les débris de l’immeuble effondré à Cocody-Angré, on peut parvenir à déterminer si le béton, le fer ou les poteaux étaient de faible qualité. Interrogé par Nord-Sud, l’ingénieur n’a pas caché son inquiétude quant aux nombreux immeubles déjà habités qui ne présentent pas de structures solides. «On fait des études pour voir la contrainte du sol pour un bâtiment R+3 et on se retrouve à construire un bâtiment R+5», explique Moussa Saria. Une situation, dit-il, qui fragilise la solidité du bâtiment. À la moindre épreuve, bonjour les dégâts.
Fer de mauvaise qualité
À côté de cela, d’après l’expert, la consistance des poteaux porteurs des immeubles est également un problème pour certains bâtiments déjà construits. «Il y a sur le marché beaucoup de fer de mauvaise qualité. La seule manière de le savoir, c’est de faire appel à des professionnels, comme un bureau de contrôle. Le bureau intervient au niveau du coulage du béton, en faisant des essais. C’est pareil pour la qualité du fer. Le bureau vérifie la conformité du plan du bâtiment à construire. Beaucoup de failles peuvent être palliées à ce niveau. Malheureusement, très peu de personnes font appel à un bureau de contrôle sous prétexte qu’il demande 5 à 10% du coût du projet. Ce sont pourtant des prix à débattre», ajoute M. Saria. Non seulement on fait fi des bureaux de contrôle mais en plus, d’après l’ingénieur, pour des bâtiments R+4, on fait appel parfois à des maçons. «Un maçon, quelle que soit son expérience, ne peut pas régler certains problèmes qu’un entrepreneur résoudrait», ajoute-t-il. Hélas, beaucoup de maisons à Abidjan ont été construites avec ces failles.
Le contrôle
Comment se prémunir contre des effondrements pour des personnes qui habitent déjà ces maisons ? D’après l’ingénieur, la première chose à observer, ce sont les fissures. «Dès que vous en avez, il faut tout de suite le signaler», interpelle Moussa Saria. À côté de cela, des problèmes tels que l’étanchéité du bâtiment doivent être également signalés, au dire de l’ingénieur. Car, l’assainissement de l’immeuble est très souvent mal fait, ce qui provoque des fuites d’eau dans la structure du bâtiment. Cela peut à la longue fragiliser sa structure.
Pour contrer le phénomène, le ministre Bruno Koné a promis d’intensifier le contrôle des habitations en construction. Quid des maisons déjà habitées ? Malheureusement, seuls les locataires peuvent prévenir des catastrophes. Toutefois, pour les chantiers, il y a une difficulté de taille, due à l’explosion du nombre de constructions. Il y en a plus de 10.000 par an que le ministère doit surveiller, avec une brigade très peu pourvue en hommes et en matériels. La collaboration de la population est donc essentielle. Aux propriétaires de faire appel à des professionnels. Un numéro vert vient d’être mis en place: le 13 78. Il s’agit pour les Ivoiriens de signaler la moindre anomalie repérée sur un bâtiment, à travers ledit numéro.
Cependant, d’après les observateurs, l’un des leviers sur lequel il faudra agir, ce sont les sanctions vis-à-vis des personnes dont les immeubles se sont effondrés. On ne parle quasiment jamais d’eux. Le Premier ministre Patrick Achi a rassuré, lundi, que le procureur de la République allait se saisir du cas de l’immeuble affaissé à Cocody-Angré. Que ce soit pour négligence ou pour homicide involontaire, les coupables doivent payer afin de montrer aux futurs contrevenants que l’insécurité dans l’immobilier est grave et punie sévèrement.
Raphaël Tanoh
