Dans cette interview qu’il nous accordée, le député de Lakota, Abdoulaye Kouyaté, répond sans faux-fuyant à plusieurs questions d’actualité. Le cadre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, très proche de la présidente du Sénat, Kandia Camara évoque notamment la question de la succession du chef de l’Etat, Alassane Ouattara, de l’ancrage du RHDP au plan national…
Après la victoire du président Alassane Ouattara à la présidentielle d’octobre 2025 puis celle du RHDP aux législatives qui s’en sont suivies, peut-on dire que votre parti est durablement installé au pouvoir ?
En effet, on peut raisonnablement affirmer que le RHDP est durablement installé au pouvoir car, en fait, qu’est-ce qui fait le pouvoir dans le monde moderne ? La démocratie qui est le pouvoir du peuple, pour le peuple et donné par le peuple et pour le bien-être du peuple, la démocratie réclame la majorité. Si par 4 fois, de façon consécutive, le peuple donne le pouvoir, cela signifie que l’on a sa confiance et que ce pouvoir est acquis pour une longue durée. En fait, tant que le crédo restera la satisfaction des besoins des populations qui ont donné ledit pouvoir d’Etat, le RHDP sera durablement installé au pouvoir. Si nous parlons des élections législatives de 2016, de 2021 et de 2025 au cours desquelles le RHDP a obtenu la majorité, surtout les élections de la présidentielle (89,77%) et des législatives (77,25%) de 2025, comment ne pas espérer conserver le pouvoir sur la durée ? Il est clair que ces résultats sont tributaires des progrès économiques et sociaux jamais atteints depuis 1960.
Quand la croissance économique oscille entre 5 et 7%, régulièrement depuis 15 ans, quand les travailleurs ont eu leur revenues améliorée de façon significative depuis 2014-2015, quand il y a eu des routes, des échangeurs et des viaducs construits pour rendre fluide la circulation, quand il y a eu des écoles primaires, des lycées et collèges, des universités sortis de terre comme par enchantement, quand on a partout des centres de santé, des hôpitaux généraux, des CHR et des CHU construits et réhabilités, quand toutes ces infrastructures sanitaires sont équipées de matériels de pointe, quand plus de 95% de nos villages sont électrifiés et bénéficient d’adduction d’eau potable, on peut se satisfaire sans donner dans le triomphalisme ; et ce bilan n’est pas exhaustif. Le peuple a donc donné et redonné ce pouvoir pour lui-même, parce qu’il est satisfait de la gestion. Logiquement, ces résultats de la présidentielle et des législatives de 2025 sont les conséquences de cette belle performance économique et sociale. Mais le RHDP ne s’assoit pas sur ses lauriers. C’est ce qui explique tous les projets structurant en cours d’élaboration en ce début de mandat 2025-2030 et qui connaitront une mise en œuvre réelle dans les prochains mois. Vous savez aussi que le budget 2026, de plus de 17.000 milliards F CFA a été adopté, de même que le PND 2026-2030. Ce PND est une sorte de plan quinquennal, selon l’ancienne terminologie du temps de Félix Houphouët-Boigny. C’est tout ce travail titanesque qui va concourir à conserver le pouvoir d’Etat durablement par le RHDP. Il s’agit de ce qui a été déjà fait et de ce qui est en cours de réalisation. Ce bilan réalisé et ces perspectives qui sont en cours de réalisation sont là pour la satisfaction des aspirations profondes du peuple qui a voté pour le RHDP et pour lequel le parti travaille aussi bien au plan exécutif que législatif.
Le fait que vous êtes au pouvoir depuis 2011 suffit-il à expliquer que votre parti, qualifié hier de phénomène urbain, ait pu avoir aujourd’hui un ancrage national ?
Ce n’est pas seulement en 2011 que nous avons été taxés de phénomène urbain. Cela date des élections municipales et générales de 2002 ou notre parti a obtenu le plus grand nombre de maires. Nous avions obtenu 38 % de suffrage exprimé contre le parti alors au pouvoir. Justement, à ces élections de 2002, notre parti a positionné des candidats sur toute l’étendue du territoire national. La qualification de parti urbain vient de cette logique électorale. Peut-on parler aujourd’hui de parti urbain quand on a des élus dans les sous-préfectures de Daloa (Gboguhé), dans lE département de Gagnoa (Ouragahio), dans celui de Man, dans le département de Divo (Hiré, Yocoboué, Guitry), dans le département de Lakota (Goudouko – Niambézaria, Zikisso, etc. ? A l’évidence, conscient de ce que le RHDP était taxé de phénomène urbain, un travail de proximité a été fait et les résultats sont parlant avec 196 députés élus, aussi bien dans les zones urbaines que dans les zones rurales. Tout le territoire ivoirien est couvert d’élus RHDP à ce jour. Cette performance est due au dynamisme de nos structures de base, qui fait qu’aujourd’hui, le RHDP a un encrage national. Cela est le résultat du travail de nos structures de base certes mais aussi des travaux de développement qui touchent tous les interstices du territoire national. Il n’y a pas de zones privilégiées. Les investissements se font partout, sur tout le territoire national. Tout le pays est presque en chantier et simultanément. Si l’on peut donner des exemples, on pourrait retenir que dans le Haut-Sassandra, le RHDP possède 14/ 15 députés ; à Divo, 6/7 et à Lakota, 3/3. Le RHDP n’est plus un phénomène urbain. C’est plutôt une affaire nationale.
« Téné Birahima Ouattara se caractérise par sa compétence »
Pensez-vous que si l’opposition avait pu participer à ces deux scrutins, vous auriez pu réaliser cette performance ?

Je crois qu’il faut éviter la politique fiction. Avec SI, on peut construire des châteaux en Espagne. Depuis 2000, notre parti a toujours eu la majorité aux élections auxquelles il a participé. Je vous parlais tantôt des élections municipales et générales de 2002 au cours desquelles notre parti a obtenu 38% des suffrages exprimés devant le parti au pouvoir. Il faut retenir aussi qu’au cours de ces législatives de 2025, dans beaucoup circonscriptions électorales, un nombre important de candidats de l’opposition est allé en candidature indépendante, avec tous les atouts de leurs partis, même si ces candidats n’avaient pas l’investiture de leurs partis qui les avait excommuniés. Malgré ces candidatures, le RHDP a obtenu 196 députés aux dernières élections législatives. Je crois que nous devons éviter la politique fiction pour nous insérer dans la réalpolitique. Et le RHDP est dans la réalpolitique. Sinon, avec des « on aurait dû, on aurait pu », on peut construire la tour Eiffel sur la lagune Ebrié. En 2021, le RHDP a eu 265 députés ; en 2023, 164/201 maires et 26/31 régions. Les résultats des élections de 2025 ne sont que la suite logique ceux de 2021 et de 2023.
Qu’est-ce qui explique la défaite particulièrement retentissante de l’ancienne ministre Raymonde Goudou-Coffie à Toumodi ?
Je ne saurais vous le dire puisque j’étais hors du pays le 21 février 2026 et je ne voudrais pas m’inscrire encore dans la politique fiction. On peut supposer que le PDCI-RDA a pris conscience de sa déconvenue du 27 décembre 2025 pour mieux s’organiser. Mais, ce que l’on peut retenir de cette élection partielle, est une grande leçon. Il s’agit de la crédibilité du discours de nos hommes politiques de l’opposition et d’une certaine mentalité des cadres de cette opposition qui perd ou qui gagne. Quand elle perd, le parti au pouvoir a triché, donc l’élection est truquée et la CEI est clouée au pilori. Mais, quand cette même opposition gagne l’élection, la CEI est crédible, l’élection est bien organisée. Je me rappelle encore, lors des élections municipales et régionales de 2023, un haut cadre de l’opposition qui avait perdu l’élection régionale, me joint au téléphone et me signifie que sa perte est due à la tricherie du parti au pouvoir et à la CEI. Pourtant, dans la même région, son parti était victorieux à l’élection municipale. Alors, je lui ai retorqué : « Votre victoire dans la mairie de telle ville est donc le fruit de la tricherie ? ». Il est resté muet comme une carpe ! Voyons un peu à Tiassalé. Quand l’actuel perdant a gagné par 2 fois, notamment en 2023 lors des élections municipales, la CEI a été honnête. Il était tout fier d’avoir battu à plate couture le candidat du parti au pouvoir, le RHDP. Mais quand ce même candidat perd en 2025, la CEI devient une pestiférée. On ameute même les cadavres. Au regard de tout cela, on peut dire que notre opposition a une appréciation à géométrie variable. Elle est tout simplement mauvaise perdante. Cela signifie qu’il y a une longue marche à faire au niveau de notre démocratie en Afrique et donc de notre classe politique. Celle-ci a le devoir de se mettre à jour dans un processus de la maturité politique.
Pourquoi, cette fois-ci, le RHDP a décidé de ne pas s’acoquiner avec les indépendants issus de ses rangs et sortis victorieux des législatives ?
Il y a quelque temps, juste après les élections législatives, un journal de la place m’a accordé une interview. Personnellement, je fustige les candidatures indépendantes, surtout celles issues de notre parti politique, voire de tous les partis politiques. Une telle compétition interne est malsaine. Je crois qu’il faut faire une loi liée à ce désordre au sein des partis politiques et même au plan national. En effet, notre échiquier politique national a été marqué ces dernières années par des candidatures indépendantes. Ici, on peut voir la typologie de ces candidatures indépendantes : il y a celles qui sont réellement indépendantes car n’appartenant à aucune obédience politique. Ce sont des individus lambdas, qui viennent postuler pour être maire ou député, car ils pensent qu’ils peuvent apporter une touche additionnelle au processus de développement de leur localité. Cela nous paraît légitime et même bien fondé. Ceux-là, en 2016, ont été assidument courtisés par les grands partis politiques pour enrichir leurs groupes parlementaires. Chose tout de même logique. Et dans une course effrénée pour la consolidation des groupes parlementaires, des élus de certaines formations politiques légalement constituées, ont été sollicités pour démarcher ces élus indépendants. De hauts responsables des formations politiques s’y sont attelés eux-mêmes. Le contexte de l’époque imposait-il cette exigence ? Nous sommes particulièrement en 2016 où notre démocratie du 3ème millénaire faisait ses véritables premiers pas, après la crise postélectorale de 2010-2011. Si une course que nous avons jugée d’obsessionnelle était menée pour intégrer dans les girons des partis politiques, des élus véritablement indépendants, qu’en était-il donc pour les élus indépendants issus des mêmes partis politiques ? Ce fut donc une réalité de lapalissade que d’intégrer systématiquement ces élus qui, par leurs candidatures indépendantes, ont exprimé une certaine frustration selon eux ? Voilà comment, à notre sens, cette candidature indépendante est devenue anarchique et s’est généralisée au détriment de la discipline des partis politiques. Pire, la pratique est devenue la mode dans notre champ politique national. Des cadres qui ont normalement postulés au sein de leur parti politique, se rebiffent subitement et candidatent de façon indépendante parce qu’ils n’ont pas obtenu l’investiture de leur parti. Pourtant, ils ont signé un engagement à ne pas postuler en indépendant si leurs candidatures n’étaient pas retenues. D’autres cadres, sachant que les leurs candidatures ne seront pas retenues, postulent alors qu’ils ont des fonctions stratégiques au sein de leurs partis politiques. Dans les deux cas de figure, c’est la discipline, dans les partis politiques, qui est en voyage. Peut-on raisonnablement réclamer de la discipline à un cadre au sommet de l’Etat si celui-ci a foulé aux pieds la discipline au sein de son parti ? Quel gestionnaire des affaires publiques sera-t-il, s’il a l’insubordination dans son ADN ? Pour que le fonctionnement de nos institutions soit conforme à celui d’un Etat de droit, il nous faut de la discipline en amont, c’est -à-dire au sein des formations politiques. L’insubordination est une gangrène, qui est dangereuse aussi bien pour les partis politiques qu’au sommet de l’Etat ! Parce que ce sont les mêmes tares qui seront transposées au sommet de l’Etat ! A juste titre donc, le RHDP a décidé de se passer de toutes les candidatures indépendantes, quelle qu’elles soient. Le RHDP veut un pays sérieux avec des cadres disciplinés. Du reste, nous n’en avons pas besoin car avec 196/255 députés à l’Assemblée nationale, soit 76,86 % qui représente une majorité très consistante, nous sommes dans un confort législatif pour légiférer proprement en vue du bonheur de nos concitoyens. Nous ne voulons pas d’élus indépendants, caractérisés par l’insubordination. Et le paradoxe voire l’ironie du sort, c’est que ceux qui ont été des farouches candidats indépendants, sont ceux-là qui fustigent avec une énergie incontrôlée, les indépendants qui se dressent contre aujourd’hui contre eux. Des indépendant d’hier sont devenus des irréductibles opposants à la candidature indépendante puisque cela les concerne aujourd’hui. L’insubordination qu’ils ont cautionnée hier (2016, 2018 et 2021), ils en sont les victimes aujourd’hui en 2025 et ils s’en plaignent. Il y en a qui ont perdu à cause de ces candidatures indépendantes. D’autres ont joué au bandit de grands chemins pour être élus. La loi du carma s’est appliquée à eux. Il serait bien que le Parlement légifère pour limiter les dégâts.
La nomination d’un vice-Premier ministre dans le gouvernement Mambé 2, rouvre le débat sur la succession du Président Alassane Ouattara. La nomination de Téné Birahima Ouattara à ce poste, n’est-elle pas une passe en or faite par le chef de l’Etat au ministre de la Défense, qui est par ailleurs son frère cadet, pour lui succéder ?
Personnellement, je m’étonne de l’animation d’un tel débat. Que lui reproche-t-on ? Ne gère-t-il pas avec compétence et responsabilité le ministère de la Défense ? N’a-t-il pas un profil et un parcours qui le destine au poste VPM ? Avec l’aide de Dieu, la vision du chef de l’Etat, Téné Birahima Ouattara ne fait-il pas preuve de grandeur d’esprit dans la gestion de ce très sensible ministère de la Défense dans le contexte que nous connaissons ? Quand on voit l’atmosphère de la sous-région avec le terrorisme ambiant, doit-on se laisser aller à des élucubrations qui ne font pas avancer le pays ? Le vice-Premier-ministre a été un acteur intègre de notre pays depuis 1994. Dans l’opposition, en tant que secrétaire général de la structure des enseignants de notre parti, j’ai personnellement eu à travailler avec lui sur des sujets et thèmes précis. En 2009, nous avons fait deux immenses rassemblements avec le monde de l’Education nationale et celui des travailleurs. Depuis 2011, il a été ministre des Affaires présidentielles, ministre d’Etat, ministre de la Défense et aujourd’hui vice-Premier ministre. Téné Birahima Ouattara se caractérise par sa compétence. Voilà ce qu’il faut retenir. Je voudrais le répéter, grâce à Dieu, à la vision du Président Alassane Ouattara, notre pays est en sécurité. C’est ce qui importe et le reste n’est que vaine spéculation. Je crois que notre opposition est en mal de sujet de discussion qui pourrait intéresser le peuple. Elle spécule sur des fictions. C’est une bonne chose si cela peut occuper notre opposition en panne de thèmes de gouvernance future. L’essentiel est de laisser le Président ADO travailler tranquillement. Au moins, l’opposition a un sujet qui l’occupe. Elle ne se ronge plus les freins ! Il faut bien qu’elle vive ! Il faut qu’elle s’occupe au moins à quelque chose ! Si quelqu’un veut s’accrocher à une illusion pour survivre, pourquoi l’en empêcher ? En d’autres termes, si l’opposition veut laisser de côté la vulgarisation de son projet de société et de son programme de gouvernement pour s’accrocher à des illusions, il faut bien la laisser se ronger les freins et poursuivre de façon responsable, la construction de notre pays. Vous savez, voilà ce qui a amené le ministre Touré Mamadou à dire que le RHDP a encore 25 ans de gestion du pouvoir d’Etat. De notre point de vue, ce n’est pas celui qui va gérer le pouvoir d’Etat qui importe. C’est plutôt comment ce pouvoir est géré et surtout comment il sera géré pour le bien-être de nos populations. Cela pose la cruciale question de ce qui est utile et de ce qui ne l’est pas. Celui que j’aime est-il utile ou pas ? Celui que je n’aime pas est-il utile ou pas ? Son Excellence Monsieur Alassane Ouattara vient juste de commencer un mandat. Il a des projets structurants ! Laissons son gouvernement travailler tranquillement à la concrétisation de tous les projets structurants. Au moins, cette opposition se jette sur l’ombre de ses élucubrations en laissant la proie de la gestion du pays au RHDP ! Le travail gouvernemental travaillera donc tranquillement !
« Notre opposition est en mal de sujet de discussion »
Des critiques émanant de votre parti, dénoncent le sort fait aux pionniers du RDR, dont certains n’auraient pas bénéficié de la juste récompense de leur combat. Que répondez-vous à ces accusations ?

Que dire de ces accusations ? Nous trouvons qu’elles sont peut-être légitimes, vue la rudesse du combat de 1994 à 2011 et de 2011 à 2026. Il ne faut surtout pas banaliser les sentiments des gens. Mais, je me pose souvent une question. Est-ce que détenir un poste ministériel est la seule récompense pour un militant ? Si tel est le cas, n’y a-t-il pas de militants qui ont des postes ministériels ? N’y en a-t-il pas qui sont PCA, DG des sociétés d’Etat ? Parmi les militants de premières heures, n’y en a-t-il pas d’élus (députés, sénateurs, présidents de conseils régionaux et maires) ? Personnellement, je pense qu’il faut faire aussi une rétrospection de la situation apocalyptique dans laquelle nous étions il y a seulement 15 ans. Tout le monde le sait, entre 2000 et 2011, nous nous promenions avec nos cercueils sur la tête. On n’était pas sûr de retrouver nos domiciles le soir, quand on avait quitté nos familles le matin pour aller au travail. A mon humble avis, la meilleure des récompenses reste la sécurité que le gouvernement offre à tous les citoyens de ce pays et surtout la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et de se construire une vie et un avenir pour sa progéniture. La vie est une question d’appréciation de ce que l’on a. Il y a des gens qui voient le verre à moitié vide. Ceux-ci peuvent légitimement être insatisfaits de leur sort. Mais, il y a des personnes qui voient le verre à moitié plein. Ceux-là peuvent dire : « je suis en vie, Dieu merci ». Ils disent ceci : « Et ceux qui sont morts ? » Quelles plaintes peuvent-ils formuler au regard de leur ambition, étant au fond de leur tombe ? Ont-ils du reste des ambitions ? Je crois que par rapport à cette question, nous sommes dans la Théorie d’Abraham Maslow. Cette théorie consiste à découvrir les cinq besoins fondamentaux de chaque individu, sous forme de pyramide. Ces besoins fondamentaux sont hiérarchisés de sorte que les principaux soient satisfaits en priorité. Il est donc évident que si le tout premier besoin qui est la sécurité est satisfait, l’être humain réclame instinctivement le besoin suivant qui est l’appartenance. On peut retenir, selon Abraham Maslow, que l’être humain, totalement développé, a tendance à être motivé par des valeurs qui dépasse sa personne, qui dépasse sa propre individualité. Alors, quand la sécurité sera acquise, donc satisfaite, il pensera et passera à une autre étape, c’est-à-dire le bien-être de sa famille et à sa stabilité sociale. Si cela n’est pas comblé dans l’immédiat, il peut formuler des récriminations. C’est ce qui amène des militants fondateurs du RDR à exprimer des accusations. Ils pensent que leur combat de pionnier n’aurait pas été reconnu, d’où des dénonciations. On dit alors que certains n’auraient pas bénéficié de la juste récompense de leur combat. Pourtant, ceux qui récriminent aujourd’hui sont ceux-là mêmes qui, hier, réclamaient à cor et à cri, rien que la sécurité, rien que la tranquillité et la libre circulation. Vous voyez, nous sommes dans la logique de ce que le malinké appelle le jeu du kabatô. Au repas en famille, chez le malinké, quand vous prenez une 1ère tranche plus petite dans le plat du kabatô, vous trouverez en-dessous, une autre tranche, celle-là, un peu plus grande. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que vous soyez comblé. Et la plus grande tranche se trouve toujours au fond de l’assiette. Dans ce jeu, quand le repas continue, les plus affamés des convives vont jusqu’au fond de l’assiette. Ils trouvent la plus grande tranche qu’ils consomment pour être rassasiés. Ce sont ceux-là qui pourraient être considérés comme les plus ambitieux et qui voient le verre toujours à moitié vide. Ils en veulent plus. Quant aux moins affamés, ceux qui ont un léger appétit, deux, trois ou quatre tranches seulement de kabatô suffisent à apaiser leur faim. Ce sont ceux-là qui voient le verre à moitié plein. Pour eux, le simple fait d’avoir la sécurité suffit à leur bonheur. Il y a également l’exemple du salaire des fonctionnaires ou des employés du secteur privé. Au début, les 300.000 FCFA sont suffisants. Mais après quelques années, avec les charges fixes, cette rémunération qui donne la sécurité est dépassée et on souhaite avoir 600.000 FCFA par exemple. Mais une fois cette autre somme obtenue, elle est à son tour, dépassée au bout six ou douze mois. C’est cette théorie d’Abraham Maslow qui gouverne notre société et qui la divise en plaignants, malgré le minimum et en satisfaits avec ce même minimum. Il serait bien que les décideurs tiennent compte de toutes ces sensibilités, de toutes ces plaintes pour bien réguler notre société, en vue du bonheur de nos militants. On n’a jamais vu de société où des gens ne se plaignent pas. Ceux qui se plaignent ont peut-être de bonnes raisons, mais il importe de relativiser les choses. Toutefois, les décideurs doivent être sensibles aux plaintes, justifiées ou non. Un échange, un dialogue relativement à la réalité de la gouvernance serait important. En fait, il y a une réalité et donc un espoir que suscite l’acquisition du pouvoir, mais il y a une autre réalité propre à la gestion du pouvoir d’Etat.
Interview réalisée par Marc Dossa
