Caniveaux ouverts à Abidjan : un défi coûteux pour l’assainissement urbain

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 460 vues

À Abidjan, de nouvelles routes sont construites chaque année. Mais la question des canalisations n’est toujours pas tranchée. Faut-il les recouvrir ou les laisser à la merci des ordures ?

Le cas du Mahou : une voie emblématique des problèmes d’assainissement

Réhabilitée depuis 2012, la voie principale du Mahou a toujours été au centre des débats. Quand il pleut, une partie du tronçon allant du ‘‘Carrefour Mahou’’ au 22ᵉ arrondissement, boit la tasse à cause des regards constamment bouchés. Un pan du segment qui rejoint l’allocodrôme du Dokui, se retrouve immergé en cas d’averse. La faute aux canalisations constamment bouchées.

Parce qu’ils sont ouverts, les tuyaux d’eaux usées des résidents déversent les déchets dans ces conduits, au niveau du Mahou. Et pour ceux qui logent au bord de la route, c’est une poubelle où jeter les ordures. Résultat, ces réseaux sont encombrés de toutes sortes d’objets qui, à la longue, pourraient les obstruer.

« Nous avons demandé que les caniveaux soient recouverts, mais certains résidents ne veulent pas », témoigne Hamed Diakité, commerçant d’articles divers au Mahou.

Selon lui, ceux qui refusent que ces canalisations soient fermées prennent pour prétexte les accidents de la circulation. Récemment, au dire du jeune homme, un chauffeur de wôrô-wôrô en pleine vitesse, a fait une sortie de route. Devant lui, se trouvait un box de commerce avec des gens à l’intérieur. Ils n’ont eu leur salut que grâce au caniveau ouvert qui longeait le magasin. L’ouvrage a retenu le véhicule.

Abobo, Adjamé, Koumassi : un constat généralisé

Abobo vit également la même situation. La voie qui part de la grande gare jusqu’à BC, en passant par le camp commando, a été dotée de caniveaux ouverts. Les déboucher est devenu un gagne-pain pour certains jeunes.

Un constat également relevé au Black-Market. La bretelle fraîchement refaite à l’intérieur de l’emblématique marché d’Adjamé peine à voir : les caniveaux sont déjà bouchés par les ordures. Idem à certains endroits de Koumassi et de Yopougon.

Chaque année, en prélude à la saison des pluies, l’Office national de l’assainissement et du drainage (Onad) lance sa traditionnelle opération de pré-saison des pluies visant à atténuer les effets néfastes des précipitations à Abidjan. Cela inclut aussi le curage des caniveaux. Des dépenses publiques pourtant évitables.

« L’assainissement est un secteur ingrat. Il est très coûteux, que ce soit en construction d’ouvrages ou en entretien. Les gens ne perçoivent pas ce que nous faisons », explique un proche collaborateur du directeur général de l’Onad.

Le 13 mai dernier, Konan Ahou, directeur du suivi de l’exploitation et de la qualité au sein de la structure, chiffrait le coût total des investissements dans les secteurs de l’assainissement et du drainage à 67,3 milliards FCFA, dont 64 milliards rien qu’à Abidjan. Les besoins réels du pays, à l’entendre, sont évalués à 1 100 milliards FCFA d’ici à 2030, soit 41 % à Abidjan.

D’après les observateurs, une manière de baisser ces coûts serait de construire des caniveaux couverts. Car leur entretien se chiffre à plusieurs dizaines de millions FCFA par an.

Des acteurs multiples, une coordination difficile

À Abobo, l’Agence nationale de gestion des déchets (Anaged) a octroyé le contrat de débouchage des canalisations à Ecoti SA, chargée aussi du ramassage des ordures dans la commune. La structure gère le réseau de canalisations primaires, tandis que l’Onad s’occupe des dalots. Une organisation qui ne permet pas de prémunir la capitale économique des inondations dans des secteurs, à cause des conduits bouchés.

Chaque commune semble avoir identifié le problème à son niveau. À Abobo, ce sont les mauvaises habitudes qui sont pointées du doigt.

« Nous n’arrêtons pas de sensibiliser la population sur les dangers à jeter les ordures dans les caniveaux. Mais, le message passe difficilement. En plus, quand il pleut, l’eau entraîne tous les objets à l’intérieur de ces ouvrages », explique Olivier Gnagne, responsable du service technique de la mairie d’Abobo.

À Yopougon, c’est l’eau de ruissellement qui pousse le sable dans ces réseaux. Ici, on estime qu’il faut absolument les recouvrir. Cette solution, à certains endroits, pourrait éviter que les ordures se retrouvent fréquemment dans ces ouvrages.

« On a vu que les caniveaux ouverts entraînent parfois des victimes, lorsqu’il pleut abondamment », note un responsable du service technique de la mairie de Yopougon, joint par nordsud.info.

Caniveaux ouverts ou fermés ? Une solution qui divise

Mais d’après Olivier Gnagne, cette solution ouvre la porte à d’autres soucis.

« Dans un caniveau fermé, on ignore ce qui se trouve à l’intérieur. Nous pensons que le seul problème, c’est l’incivisme », relève-t-il.

À Attécoubé, lieux de nombreux drames en temps de pluies, la mairie a un souci autre que la fermeture de ces ouvrages. En fait, selon la municipalité, les caniveaux ne sont pas adaptés à certains endroits.

« Beaucoup de nos caniveaux ne peuvent plus contenir le flux d’eau de drainage. Il faut les agrandir », note un membre du service technique.

Fermés ou ouverts, selon notre interlocuteur, l’équation des caniveaux reste la même.

Vers une répression de l’incivisme

Des préoccupations que le ministère de l’Hydraulique, de l’Assainissement et de la Salubrité n’ignore pas. La nouvelle arme du ministre Bouaké Fofana, c’est la sanction. Notamment via la loi relative au nouveau code de l’hygiène et de la salubrité, qui régit désormais les règles relativement à l’hygiène et à la salubrité sur toute l’étendue du territoire national.

Ce texte stipule, par exemple, que toute personne qui déverse des ordures « dans des endroits non dédiés » est passible d’une peine d’emprisonnement allant de dix jours à un mois et d’une amende de 50 000 à un million FCFA. Ou de l’une de ces deux peines seulement.

Suffisant pour éviter l’incivisme ? L’avenir nous le dira.

Raphaël Tanoh

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