Présidentielle du 25 octobre : l’opposition toujours en difficulté face à Ouattara

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 76 vues

Une opposition ivoirienne divisée face à un pouvoir bien en place

Alors qu’elle espère encore contraindre Alassane Ouattara à ouvrir un dialogue politique en vue de redéfinir les conditions d’organisation de la présidentielle du 25 octobre 2025, l’opposition ivoirienne continue pourtant de se déchirer et de s’embrouiller sur la stratégie à adopter pour faire plier le chef de l’État sortant.

Des contradictions internes qui affaiblissent les alternatives

Malgré ses accusations répétées contre le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), qu’elle accuse de verrouiller le processus électoral, l’opposition, à quatre mois du scrutin, ne peut faire l’économie d’une autocritique, si elle veut rester crédible. Elle doit reconnaître son incapacité à relever le défi d’une alternative crédible au RHDP. Engluée dans ses contradictions internes, elle peine à définir une ligne claire.

Naissance tardive et fragile de la coalition CAP-CI

L’idée d’une coalition incluant l’opposition et certaines structures se réclamant, parfois abusivement, de la société civile a émergé depuis plus d’un an. Pourtant, malgré les appels au rassemblement autour d’un front commun contre Alassane Ouattara, il aura fallu attendre l’année électorale, plus précisément le 10 mars 2025, pour voir naître la Coalition pour une alternance pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-CI).

Cette coalition est portée par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), dirigé par son président controversé, Tidjane Thiam ; le Mouvement des générations capables (MGC) de l’ex-Première dame Simone Ehivet-Gbagbo ; le Front populaire ivoirien (FPI) de Pascal Affi N’Guessan, ainsi que le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep) de Charles Blé Goudé. Si la représentativité du PDCI ne fait guère de doute, celle des autres membres est, de toute évidence, plus limitée. Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo, qui avait initialement laissé penser qu’il pourrait en faire partie, s’en est rapidement écarté. L’ancien président ayant lui-même proposé, en juillet 2024, un cadre de rassemblement de l’opposition qu’il souhaitait diriger. Quant au mouvement Générations et peuples solidaires (GPS) de Guillaume Soro, il n’a pas été convié, en raison notamment de la condamnation de l’un de ses cadres, l’ex-député Kando Soumahoro, à deux ans de prison pour « trouble à l’ordre public » et « maintien illégal d’un parti dissous » après sa participation à une réunion d’opposants au siège du PDCI.

La CAP-CI à l’épreuve du terrain

Malgré des communiqués au ton offensif, la capacité de la CAP-CI à exister concrètement sur le terrain reste à démontrer. Son meeting du 31 mai 2025 n’a pas marqué les esprits par son affluence. Peut-être est-ce pour cela que, deux semaines plus tard, le PDCI a tenu à présenter la marche du 14 juin, à laquelle ont pourtant participé d’autres opposants, comme une initiative exclusivement sienne. Une stratégie que seul le haut commandement du parti pourrait expliquer. Il faut rappeler que Tidjane Thiam, chef du PDCI, a été radié de la liste électorale le 22 avril 2025.

Face au faible impact des actions menées depuis cette radiation, l’ancien ministre du Plan d’Henri Konan Bédié a discrètement changé de cap. Le 19 juin, après plusieurs mois de silence vis-à-vis de Laurent Gbagbo, et alors qu’il était à l’étranger depuis trois mois, il adhère à la création d’un « front commun » entre le PDCI et le PPA-CI, dans l’objectif de « mutualiser les forces pour faire face aux enjeux du processus électoral ».


Crise de confiance dans la coalition

Mais cette nouvelle alliance signée avec l’ex-président Gbagbo sonne comme un coup de grâce pour la CAP-CI. Les partenaires du PDCI au sein de la coalition s’estiment trahis. Charles Blé Goudé ne cache pas sa déception dans un entretien à France 24 le 26 juin :

« Le PDCI, bien que membre de CAP-Côte d’Ivoire, est allé signer un accord avec un autre parti politique, librement. Je ne peux les juger ni faire la police derrière eux. Mais ils auraient au moins pu nous prévenir. Ce n’est pas grave, mais ce n’est pas courtois », a-t-il déclaré.

Une fracture de plus

Simone Ehivet-Gbagbo, quant à elle, a tenté de minimiser la crise par une posture diplomatique :

« La CAP-Côte d’Ivoire reste ouverte à toutes les forces qui partagent ses objectifs fondateurs. On peut parler d’une même voix sans forcément parler d’une seule voix », exprime-t-elle dans une déclaration.

Pourtant, le malaise est palpable. La réunion au cours de laquelle cette déclaration a été faite ne s’est pas tenue au siège habituel du PDCI, mais à celui du MGC.

Dans la foulée, un autre membre de cette alliance bigarrée a quitté le navire en claquant la porte. Lamoussa Djinko appelle à une « véritable démocratie », dénonçant l’attitude solitaire du PDCI qui, selon lui, cherche à peser dans deux groupements politiques à la fois. Il reproche au PDCI, et à d’autres ténors, d’avoir rejeté l’idée d’une élection interne pour désigner un chef à la CAP-CI :

« Comment peut-on refuser une simple élection à 15 partis, et prétendre diriger un pays de 30 millions d’habitants ? », s’est-il insurgé.

L’opposition fragmentée à l’approche de la présidentielle

Tidjane Thiam, de son côté, s’efforce de maintenir le cap. Le 27 juin, il affirme que :

« Cela n’enlève rien à la volonté du PDCI de travailler au sein de la CAP-CI. Nous avons désormais deux pieds : un dans la CAP-CI, un autre dans le front commun avec le PPA-CI ».

Une tentative de rassurer, mais qui illustre surtout la fragmentation persistante de l’opposition, incapable de dépasser ses dissensions pour présenter une véritable alternative face à Alassane Ouattara.

Et ce n’est pas la récente décision de Guillaume Soro de rallier le mouvement ‘’Trop c’est trop’’, lancé par Laurent Gbagbo qui va apaiser les tensions. Charles Blé Goudé n’a pas tardé à répondre, en fustigeant son ancien compagnon de lutte :

« Quand on nous met en prison, il dit “c’est très bien”. Quand on est en exil, il dit : “Ils n’ont qu’à rentrer !” », critique-t-il ouvertement.

Pour Blé Goudé, l’idée d’intégrer un mouvement avec Guillaume Soro est impensable :

« Ça sera sans moi ! Quand quelqu’un t’a mis à terre et que Dieu t’a aidé à te relever, ne retourne plus vers lui », a-t-il fait savoir.


Une opposition ivoirienne sans cap stratégique

Il n’est pas seul à adopter cette ligne. Tidjane Thiam, qui avait un moment envisagé de baser sa stratégie sur ses réseaux internationaux avant de revenir sur une ligne plus nationale, n’a jamais montré d’enthousiasme à l’idée d’une collaboration avec GPS. Après l’arrestation de Kando Soumahoro, Thiam avait d’ailleurs été clair :

« Le PDCI n’est en aucun cas en alliance avec GPS. Le soutien à Monsieur Kando relève du respect des droits individuels et ne signifie pas une alliance ».

Ces querelles internes s’ajoutent à une stratégie générale de l’opposition qui demeure floue. Le lundi 30 juin, lors de la clôture de la première session parlementaire, les députés du PDCI ont quitté l’hémicycle pour protester. Ils ont rappelé que l’exclusion de certains candidats avait été à l’origine de la crise de 2010-2011, et dénoncé l’absence de dialogue politique, appelant à des réformes urgentes de la CEI, à la révision de la liste électorale, à la réintégration de leaders radiés tels que Tidjane Thiam, Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et Guillaume Soro, ainsi qu’à la mise en place d’une observation électorale indépendante.

Cependant, ce coup d’éclat n’a pas fait l’unanimité au sein même du PDCI. Maurice Kakou Guikahué, opposé à la gestion de Thiam, a choisi de rester dans l’hémicycle avec d’autres élus de l’opposition, dont ceux du PPA-CI. D’après les informations de nordsud.info, il n’aurait même pas été informé de l’initiative de ses collègues. Une illustration supplémentaire de la désunion profonde et de l’amateurisme stratégique de l’opposition ivoirienne à l’approche d’une présidentielle pourtant décisive pour elle.

Marc Dossa

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