Le taux d’admission à l’édition 2021-2022 du Brevet d’études préparatoires du premier cycle (Bepc) se chiffre à 28,89%. Un pourcentage de réussite en chute libre de 12,38%, comparativement à la session précédente (2020-2021) qui avait enregistré 41,27% de candidats déclarés admissibles. A en croire les chiffres de la Direction des examens et concours (Deco), sur 519.449 postulants aux précieux sésame, seuls 150.081 candidats ont décroché la palme. Contrairement au Cepe, sur le plan de la classification par genre, les garçons ont damé le pion aux filles. «Les statistiques désagrégées en genre indiquent que sur 252.194 filles présentes, 70.413 ont été déclarées admises. Soit un taux de 27,92%. Les garçons quant à eux étaient 267.305 à être présents dans les salles de composition. 79.668 sont admis à leur examen. Leur taux de réussite est donc de 29,89 %». Pour certains observateurs, cette baisse s’explique entre autres par le retour des coefficients et l’intensification des moyens de lutte contre la tricherie à travers les caméras de surveillance dans les centres.

Un déclin prévisible. Le système scolaire ivoirien a été métamorphosé au début de l’année scolaire 2021-2022 avec le retour des coefficients. Cette mue draconienne a un tantinet changé la donne pour les candidats au Bepc. Naturellement, les effets de cette modification sur les résultats de l’examen étaient prévisibles. Dans un article précédent l’ouverture des examens, Nord Sud annonçait en effet l’éventualité d’une baisse du taux d’admission au Bepc.
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Les enseignants applaudissent des deux mains. Joint au téléphone par la rédaction, le porte-parole de la Coalition des syndicats du secteur éducation-formation de Côte d’Ivoire (Cosefci), Kouamé Berthoni, lève un coin du voile sur le rapport entre le retour des coefficients et le déclin du taux d’admissibilité. «Ça, c’est la valeur réelle de l’école ivoirienne. Il y a plusieurs facteurs qui expliquent cette baisse notamment le retour des coefficients. Avec l‘uniformisation des coefficients, celui qui n’avait pas bien travaillé en mathématiques pouvait combler le gap avec les épreuves physiques et sportives (EPS). De la 6ème à la 4ème, sous le système précédent, les élèves pouvaient flasher en français et boucher avec les arts plastiques. Arrivés en 3è, cette année, ils font face au retour des coefficients. C’est donc logique qu’il y ait cet effet. Cette réforme permet de voir le niveau réel de nos enfants», précise-t-il.

Poussant le bouchon plus loin, le porte-voix de l’organisation syndicale évoque également le renforcement du système de surveillance. «A cela, il faut ajouter les caméras de surveillance qui ont permis d’enrayer la tricherie. Je pense que les fruits de la méthode Mariatou apparaîtront crescendo. Le système qu’elle ramène est salutaire parce que c’est ce qui a fait les beaux jours de l’école ivoirienne tout en produisant les cadres du pays».
Son de cloche un peu plus modéré chez les parents d’élèves. Interrogé, le président de l’Organisation des parents d’élèves et d’étudiants de Côte d’Ivoire (Opeeci), Kadio Claude, se dit traversé par des sentiments en demi-teinte. «Sans porter un jugement de valeur sur ce qui s’est passé avant, il faut dire que depuis que Marietou Koné est venue, on est en train de voir le vrai niveau des élèves de Côte d’Ivoire. De ce point de vue, je suis content. Mais, en tant que parent d’élèves, je suis un peu peiné de découvrir que le niveau de nos enfants a vraiment régressé», souligne-t-il. Et le président de l’Opeeci d’ajouter : «Le retour des coefficients et le renforcement de la surveillance ont fait leurs effets. Il faudrait que le ministère maintienne cette pression pour qu’on puisse voir les failles de nos enfants et y apporter les remèdes. Les effets de la surveillance stricte qui est en place pourraient se ressentir également sur les résultats du BAC», pronostique-t-il.
Charles Assagba
