Victoire sur le terrain, verdict sur le papier. La finale de la CAN Maroc 2025, jouée le 18 février 2026, aura accouché d’une situation insolite : une coupe, deux vainqueurs, deux scores. Le Sénégal l’emporte 1-0 sur le rectangle vert, tandis que le Maroc obtient un forfait 3-0 sur le tapis vert, selon la décision de la juridiction d’appel de la CAF rendue publique le 17 mars 2026.
Le match de la finale de la CAN sur trois terrains
Le dossier se joue sur trois terrains. D’abord celui du football, marqué par des incidents autour d’un penalty contesté, qui avaient entraîné la sortie temporaire des joueurs sénégalais, avant leur retour et leur victoire finale.
Ensuite, celui des instances sportives : le jury disciplinaire de la CAF avait initialement confirmé la victoire sénégalaise, avant que la juridiction d’appel ne l’annule, donnant entièrement raison au Maroc.
Enfin, le terrain politique, où l’affaire prend une dimension inédite : ce n’est pas la Fédération sénégalaise de football qui a réagi, mais le gouvernement de la République du Sénégal, envoyant un signal fort et élevant l’affaire au rang de contentieux diplomatique.
Au lendemain des incidents de la finale, en février 2026, un communiqué officiel avait déjà été publié par le Royaume du Maroc. « La fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus, car cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine. Le Maroc reste fier d’avoir offert, sur sa terre, un mois de joie populaire et d’émotion sportive, et d’avoir contribué au rayonnement de l’Afrique et de son football », avait indiqué la note du gouvernement marocain.
3-0 sur tapis vert
Saisie par la Fédération royale marocaine de football, la juridiction d’appel de la CAF a fait droit à l’intégralité de sa demande. En application de l’article 84 du règlement de la CAN, elle a déclaré l’équipe du Sénégal forfait, « le résultat étant homologué sur le score de 3-0 en faveur de la FRMF ». La décision du jury disciplinaire a été annulée. Le jury d’appel a jugé que le comportement de la sélection sénégalaise relevait des articles 82 et 84 du règlement, estimant l’appel marocain « recevable en la forme et fondé ».
Dakar monte au créneau
La réaction sénégalaise ne s’est pas fait attendre. Dès ce 18 mars, le gouvernement a publié un communiqué signé de Marie Rose Khady Fatou Faye, secrétaire d’État et porte-parole, exprimant « sa vive consternation ». La décision est qualifiée d’« inédite » et d’une « gravité exceptionnelle », résultant selon Dakar d’« une lecture manifestement erronée du règlement, conduisant à une décision grossièrement illégale et profondément injuste ».
Le gouvernement sénégalais considère que la CAF « porte une atteinte sérieuse à sa propre crédibilité ainsi qu’à la confiance légitime que les peuples africains placent dans les institutions sportives continentales ». Il rejette « sans ambiguïté cette tentative de dépossession injustifiée » et réclame « l’ouverture d’une enquête internationale indépendante pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ». Dakar annonce également son intention de saisir « les instances juridictionnelles internationales compétentes », notamment le Tribunal arbitral du sport. Le communiqué exprime enfin la solidarité envers « les Sénégalais détenus au Maroc suite aux incidents de la finale ».
Une crise institutionnelle ouverte
Au-delà du résultat sportif, c’est une crise de gouvernance pour la CAF : une décision de justice stricte d’un côté, un État membre qui conteste frontalement et multiplie les recours de l’autre. La Fédération royale marocaine de football a indiqué qu’elle publierait prochainement son propre communiqué.
Le football africain traverse une turbulence majeure. Son issue se jouera probablement à Lausanne.
CA
