Chantal Fanny, sénatrice: «Le quota de 30% de femmes doit être une réalité»

par nordsud.info
Publié: Dernière mise à jour le 283 vues

Première vice-présidente du Sénat, secrétaire générale des femmes parlementaires de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao), Chantale Fanny appelle à une vraie représentativité des femmes dans les institutions.

Que peut-on dire aujourd’hui de la représentativité des femmes dans nos Institutions, en Côte d’Ivoire ?

Cela reste un sujet intéressant, parce que je prépare ma thèse de doctorat là-dessus, au niveau de la Cedeao. Pour le reste, on peut dire que les choses évoluent petitement en Côte d’Ivoire, pour ce qui est de la représentativité des femmes dans les Institutions. L’évolution ne se fait pas au rythme que nous aurions souhaité. Au Sénat, par exemple, la Côte d’Ivoire a réussi à atteindre le quota de 30% de femmes. Mais, cela ne s’est fait que grâce aux nominations effectuées par le Président de la République. Car, il faut dire que nous n’étions que 9 sénatrices pour 99 hommes, lorsque les élections sénatoriales se sont déroulées. Il a fallu que le Président nomme 12 femmes de plus pour que nous atteignions ce quota de 30%. Le Président a aussi fait un effort pour que, parmi les 6 vice-présidents du Sénat, il y ait quatre femmes, dont moi et Madame Sacko. Mais, regardez dans le gouvernement. Il y a à peine 6 femmes. Beaucoup reste donc à faire.

Est-ce un manque de volonté politique ou une simple question de mentalité ?

C’est à nous les femmes de nous faire élire. La vérité, c’est qu’il y a très peu de femmes qui se présentent, pendant les élections en Côte d’Ivoire. Souvent, par faute de moyens ou à cause des préjugés. Il faut dire qu’il existe beaucoup de barrières sociales qui les entravent dans leur marche. Elles doivent se battre deux fois plus que les hommes pour se faire élire. Les gens nous attaquent, lorsque nous nous présentons à des postes électifs. Les femmes, en général, sont d’abord attaquées prioritairement au-dessous de la ceinture. Et comme nous sommes des mères, nous avons la sensibilité, nous voulons protéger notre famille, nos enfants. Alors, nous avons tendance à reculer devant ces attaques.

Le dernier rapport de l’Indice de genre en Afrique classe la Côte d’Ivoire derrière le Sénégal, le Ghana, et très loin du Rwanda. Qu’est-ce qui explique cela ?

C’est un classement très étonnant, au vu des efforts effectués par le Président de la République pour faire la promotion du genre dans le pays. Il y a des grands postes qui sont occupés par des femmes. Notamment, la ministre d’Etat, Kandia Camara, la grande Chancelière, Henriette Dagri Diabaté, qui nous font honneur. Mais, peut-être, est-ce le fait que les femmes ne soient pas assez représentées dans les Institutions ? Ou, peut-être que les femmes ne font pas bonne figure pour avoir des responsabilités intéressantes. Nous ne comprenons pas. Mais, je dis qu’il faut faire confiance aux capacités intellects de la femme.

Comment changer les choses ?

En tant que femmes, on nous a toujours accusées d’être parvenues à ce stade parce que nous avons triché. Ce qui n’est pas le cas. Car, nous avons toujours démontré notre valeur. Il faut donner un peu de confiance aux jeunes filles, pour qu’elles puissent occuper des postes intéressants. J’ai été élevée par un père qui n’avait pas de complexe vis-à-vis des femmes. Cela m’a beaucoup aidée. Il est vrai que c’est souvent dans la tête qu’il faut changer les choses. Mais, le constat est qu’en Afrique francophone, les femmes ont un complexe d’infériorité par rapport à l’Afrique anglophone. Dans les pays anglophones, les femmes sont beaucoup plus en avant et elles ont le pouvoir. Alors qu’en Afrique francophone, c’est très doucement que les femmes s’en sortent. Et quand, malgré tout, elles y arrivent, on les attaque. On leur dit qu’elles n’ont pas de bonnes mœurs.

Selon-vous, est-il possible qu’un jour les femmes soient suffisamment représentées dans nos institutions ?

Ce qu’il faut, c’est d’atteindre le quota de 30%, en réalité. Que ce soit dans les administrations, dans le privé, cela doit être une réalité qui se mesure, qui se voit, qui se vit.

Entretien réalisé par Raphaël Tanoh

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Are you sure want to unlock this post?
Unlock left : 0
Are you sure want to cancel subscription?
error:

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite

-
00:00
00:00
Update Required Flash plugin
-
00:00
00:00