Engagée depuis près d’une décennie, la politique de promotion du genre peine encore à prendre en Côte d’Ivoire. Dossier.
La 6ème édition du Forum international du leadership féminin vient de s’achever, à Kigali, au Rwanda. Organisée du 30 mai au 6 juin 2022 autour du thème, «innover le leadership féminin pour accéder à la relance post-Covid», cette rencontre a réuni plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire. Il s’agissait pour les Ivoiriennes de s’inspirer de l’exemple rwandais en termes d’égalité du genre. Car, le pays de Paul Kagamé est très bien noté par l’Indice de genre en Afrique (IGA), institué depuis 2015 par la Banque africaine de développement (BAD). Le dernier rapport, qui date de 2019, classe la Namibie en première position, avec un IGA de 79.7. Ensuite, vient le Lesotho (77.6). Puis, l’Afrique du Sud (76.8) et le Rwanda (76.1). Sur une cinquantaine de pays pris en compte par la BAD, la Côte d’Ivoire végète dans le ventre moue du classement, avec un score de 40.9. Pis : le pays a perdu 3 points par rapport à son classement de 2015 (43.7).
Le cas du Rwanda
Les Ivoiriens sont derrière le Sénégal (50), le Ghana (50.1), tandis que les Comores (24.) ferment le classement.
Qu’est-ce qui distingue ces pays du nôtre? Selon l’IGA, il y a par exemple davantage de filles que de garçons qui terminent leurs études secondaires au Rwanda. Le pays affiche l’un des plus faibles écarts entre les genres en sciences, en technologie, en ingénierie et en mathématiques. Au niveau du Parlement, 60% des postes sont occupés par les femmes. Au niveau ministériel, plus de 40% de femmes sont nommées.
En Côte d’Ivoire, bien qu’il y ait la volonté politique, cela se traduit difficilement en acte, selon Chantal Fanny, 1ère vice-présidente du Sénat, secrétaire générale des femmes parlementaires de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao). «Le Président de la République a fait de nombreux efforts pour donner de la place aux femmes. Certains concours, comme la gendarmerie, ont été ouverts aux femmes. On peut dire que les choses évoluent, mais petitement», regrette-t-elle.
Avec le dernier remaniement ministériel du 20 avril 2022, la Côte d’Ivoire a placé seulement 7 femmes au gouvernement sur 32 membres. Soit, un quota de 21%. Loin des 30% de quota exigés. Même si ce taux est légèrement relevé par rapport au dernier gouvernement qui offrait un quota de 19%. Au niveau du Parlement, le fossé est plus accentué. Seulement 32 femmes élues sur 254 députés, pour un quota de 12%. 28 femmes composaient la précédente législature. Mais là aussi, c’est une faible consolation. «Il n’y a qu’au Sénat que les femmes sont mieux représentées», explique Chantal Fanny. Pour que cela arrive, il a fallu user de subterfuges. «Nous n’étions que 9 sénatrices, lorsque les élections sénatoriales se sont déroulées. Il a fallu que le Président nomme 12 femmes de plus pour que nous atteignions ce quota de 30%», explique-t-elle.
Une représentativité à tous les niveaux
Kangouté Maïmouna, ex-présidente de la Coordination des syndicats de la fonction publique (Cosyfopci), secrétaire générale du Syndicat des sages–femmes de Côte d’Ivoire (Sysafci), estime que la représentativité des femmes ne doit pas se faire que dans les hautes sphères. L’administration publique, mais aussi le secteur privé, doivent également le ressentir. «Nous avons besoin de changer les mentalité pour y arriver. C’est déjà une bonne idée de favoriser la politique de scolarisation de la jeune fille en Côte d’Ivoire, prônée par le président de la République, mais c’est encore insuffisant», indique-t-elle.
Consciente de cela, Nassénéba Touré, ministre de la Femme, de la famille et de l’enfant, mise sur la sensibilisation. La ministre souhaite, entre autres, une harmonisation de la loi des quotas avec le code électoral, une opérationnalisation des cellules genres, l’intensification de la lutte contre l’impunité en relation avec les violences basées sur le genre (VBG). Pour Nassénéba Touré, cela passe aussi par l’autonomisation des femmes. Elle espère ainsi la poursuite du projet «Usi-femmes» d’appui à l’industrialisation des petites unités d’agro transformation. Un secteur constitué de plus de 95 % de femmes. Mais, pour Chantal Fanny, l’égalité homme-femme doit se faire à tous les étages de la société, pour être une réalité tangible et non plus un concept.
Raphaël Tanoh
