Dans l’impitoyable arène des organisations de la société civile, l’arme ultime reste la crédibilité, très souvent gage de leur survie. Hélas, l’affiliation de ces structures aux partis politiques interroge.
Sujette à de nombreux débats, la question de l’impartialité des organisations de la société civile en Côte d’Ivoire a toujours été difficile à trancher. Dans un contexte politique, social et économique où la population aurait besoin de ces structures auprès d’elle, leur impact reste encore à établir. Sont-elles aussi indépendantes qu’elles le prétendent ?
Connotation politique
Pour le Forum de la société civile de l’Afrique de l’Ouest (Foscao), les faits parlent d’eux-mêmes. Quand des partis politiques sont à l’opposition, selon le coordinateur national, Drissa Soulama, il y a un certain nombre d’ONG qui se mettent ensemble pour dénoncer les agissements du régime en place. Et quand ces partis de l’opposition viennent au pouvoir, les mêmes ONG qui s’étaient mises ensemble pour dénoncer, disparaissent étrangement.
D’après Marius Comoé, directeur exécutif de l’ONG Du Cœur, il appartient à ces organisations de déterminer si elles veulent être dépendantes ou indépendantes du pouvoir. La question financière, à l’entendre, est au cœur de leur survie. Malheureusement, dit-il, ce sont les politiques qui détiennent les espèces sonnantes et trébuchantes.
La crise postélectorale de 2010-2011, celle de 2020, la lutte contre la cherté de la vie, le déguerpissement, etc., sont des sujets sur lesquels la société civile n’a pas véritablement pesé, selon lui.
Graves violations
Mais c’est un mauvais jugement, à entendre le Mouvement ivoirien des droits humain (Midh), créé en 2000.
« Nous avons enquêté, puis dénoncé les graves violations des droits de l’homme qu’une certaine catégorie d’Ivoiriens subissait dans les années 2000. Ceux qui étaient au pouvoir nous ont accusés d’avoir une affiliation nordiste. Mais, pendant la rébellion, nous avons aussi dénoncé plusieurs autres exactions perpétrées par les rebelles, notamment le cas de prisonniers enfermés dans des conteneurs. En ce moment, ceux qui étaient au pouvoir ont reconnu que le Midh était une bonne organisation. Quand l’ancien président de la République, Laurent Gbagbo, était à La Haye, nous avons reçu des délégations du Cojep pour porter leur combat. Aujourd’hui, on accuse le Midh de se taire sur certains faits. Ce qui n’est pas vrai », explique Drissa Bamba, le président de la structure.

Commission nationale des droits
L’ONG Action pour la protection des droits de l’homme (Apdh) abonde dans le même sens.
« Nous avons un statut d’observateur de l’Organisation des droits de l’homme et des peuples. Ceux qui nous ont octroyé ce statut ont mené une enquête sur nous. C’est parce qu’ils ont estimé que nous sommes crédibles que ce statut nous a été octroyé. En 2012, nous avons eu la mention spéciale du prix des droits de l’homme de la France, en 2016 celui de la commission nationale des droits de l’homme, etc. », fait savoir Abraham Denis Yaurobat, président de l’Apdh. Qui ajoute : « ceux qui se sentent gênés par nos actions cherchent à nous discréditer ».
Pour lui, la société civile ivoirienne n’est ni en coupe réglée ni impuissante.
Quel impact a-t-elle eu jusque-là sur le climat politique ou social en Côte d’Ivoire ?
« Nos rapports sont fréquemment repris dans la protection des droits de l’homme à l’ONU », souligne Denis Yaurobat.
« Nous avons participé à tous les processus électoraux en Côte d’Ivoire. Le Midh a toujours sensibilisé. Nous avons donné à la population une éducation civique et électorale », ajoute Drissa Bamba.
Toutefois, dit-il, la société civile a ses limites. Elle ne peut qu’enquêter, dénoncer et sensibiliser, selon ses capacités.
Un médiateur national voire régional pour un processus électoral dans le calme
Par ailleurs, pour 2025, la structure dit se préparer.
« Il y a une psychose chez les Ivoiriens, à l’approche des élections. Mais une psychose légitime au vu des récents évènements. Avec l’Union européenne, nous essayons de mener des actions de sensibilisation pour des scrutins apaisés. Très bientôt, nous allons officiellement interpeller les acteurs politiques », fait savoir Drissa Bamba.
L’Apdh envisage même un médiateur national voire régional pour un processus électoral dans le calme.
Une société civile forte est également une société civile qui dispose de moyens pour aller sur le terrain, reconnaissent les acteurs. Ce qui n’est pas le cas en Côte d’Ivoire. Les organisations de la société civile n’ont pas de financement comme c’est le cas pour les partis politiques. Ces structures ne vivent que de partenariats.
Georges Dagou
