Le monde célèbre ce 25 novembre la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, sous le thème : Orangez le monde : mettre fin dès maintenant à la violence à l’égard des femmes ! En Côte d’Ivoire, cet évènement est l’occasion d’aborder un phénomène qui prend de l’ampleur. Le viol.
Le viol de l’institutrice à Sandégué, dans la nuit du 6 au 7 octobre dernier a révélé le caractère sordide des violences que subissent certains fonctionnaires dans l’exercice de leur métier. Ce n’est pas la première fois qu’une enseignante subit ce genre de sévices dans la localité. L’année dernière, à Dabou, une institutrice a été violée. Le violeur n’a jamais été arrêté. En 2019, une autre institutrice a subi le même cas, à Jacqueville. Là aussi, il n’y avait eu aucune suite dans l’affaire. «Nous avons simplement constaté que si nous ne faisons rien, ces cas passaient sous silence», explique Bertoni Kouamé, le secrétaire général du Réseau des instituteurs de Côte d’Ivoire (Rici).
Selon la Ligue ivoirienne des droits des femmes, pour une femme victime de viol, le premier réflexe n’est pas de faire punir son violeur mais de penser à elle-même. La non-médiatisation de ces cas et le silence des victimes occultent la proportion que prennent les viols dans notre société. Mais c’est une simple impression. «Les femmes sont non seulement violées de plus en plus en Côte d’Ivoire, mais en plus, elles le sont de 2 à 70 ans (…). On a également plusieurs cas de viols collectifs qu’on ne rend pas publics en raison du choix de la victime», explique Désirée Gnonsian Dénéo, secrétaire générale de La Ligue ivoirienne des droits des femmes.
En Côte d’Ivoire, faute de chiffres officiels, on se base sur les données des ONG.
En juin 2020, par exemple, l’organisation Citoyennes pour la promotion et la défense des droits des enfants, femmes et minorités (Cpdefm), a publié une étude. Dans la seule ville d’Abidjan, elle a recensé en deux ans, 2 000 cas de violences faites aux femmes, dont 1290 cas de mariages de filles de moins de 18 ans et 1 121 viols.
Les derniers chiffres officiels datent de 2018, où les autorités ont rapporté 2 744 cas de violences basées sur le genre dont 693 viols sur l’ensemble du territoire.
«Nous assistons ces derniers temps, avec beaucoup de douleurs, à la recrudescence des violences basées sur le genre, la violence faite aux femmes, la violence conjugale, le viol», a mis en garde début octobre, la ministre de la Femme, de la famille, et de l’enfant, Nassénéba Touré.
Que faire pour briser la spirale ? Pour le moment, les autorités disposent de peu de leviers sur ce terrain. La sensibilisation est l’arme ultime. Mais elle prend son temps et est très peu dissuasive pour les violeurs. Non seulement le profil des violeurs est très varié aujourd’hui, selon la Ligue Ivoirienne des droits des femmes, mais en plus, on assiste de plus en plus à des viols en série. En juin dernier, les limiers de l’Etat ont mis fin à la carrière d’un militaire, violeur en série. Le 9 septembre, la justice a également annoncé l’arrestation d’un père de famille pour le viol des ses 5 enfants âgés de 3 à 13 ans.
L’autre solution pour l’Etat a été de durcir la législation. Le code pénal a augmenté les peines jusqu’à 20 ans de prison ferme pour toute personne reconnue coupable de viol. Aujourd’hui, la loi permet de porter plainte même sans le certificat médical. Cela va-t-il porter ses fruits ?
C’est avant tout un problème de société, pour le sociologue, Inana Gaspard. Tout cela découle, dit-il, de la perte progressive des valeurs en Côte d’Ivoire. Et c’est pour lui un signal d’alerte pour les Ivoiriens. «La situation empire», note-t-il. Avec l’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), pour lui, le phénomène s’est accentué. Depuis, met-il en garde, les Ivoiriens copient, exportent ce qu’ils voient à la télévision, sur les réseaux sociaux.
L’autre difficulté à laquelles les autorités font face, c’est de parvenir à traduire parfois le violeur devant la justice. Pour arrêter M.P.K., le présumé violeur de l’enseignante à Sandégué, selon des sources proches du dossiers, il a fallu faire face à un blocage de taille : celui des populations locales. Dans ce genre de localité où tout le monde se connaît, laisser la gendarmerie débarquer pour arrêter l’un des leurs est souvent mal vu. Et cela se retourne parfois contre la victime.
Raphaël Tanoh
