À quelques semaines des législatives du 27 décembre 2025, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) traverse une nouvelle zone de turbulence. Ironie du sort, alors qu’il est le seul grand parti d’opposition à avoir choisi de participer au scrutin, l’ancien parti unique est miné par des tensions internes et des ruptures d’alliances qui fragilisent son positionnement.
Une alliance stratégique vite essoufflée
La première secousse est liée au partenariat signé, le 19 juin 2025, entre le PDCI et le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI). Présenté comme un Front commun contre la candidature du président Alassane Ouattara, ce rapprochement devait peser pour la présidentielle du 25 octobre. Les deux partis entendaient réclamer la reprise du processus électoral afin de permettre le retour dans la course de leurs leaders respectifs, Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo.
Mais sur le terrain, la dynamique annoncée n’a pas tenu ses promesses. Les actions conjointes sont restées sans effet et, avant même d’en tirer un bilan, chacun a repris sa route. Le coup est venu du PDCI, qui, sans attendre l’avis de son allié, a annoncé unilatéralement sa participation aux législatives, par la voix de son président Tidjane Thiam.
Thiam joue sa carte
Le 31 octobre, dans une adresse au ton offensif, Tidjane Thiam a justifié son choix de prendre part aux élections des députés.
« Nos adversaires ont empêché votre président d’être candidat à la présidentielle, mais ils craignent toujours mon influence. (…) La participation à une élection où la fraude est prévalente n’est pas sans risque. Mais nous devons nous battre partout où nous aurons des candidats. Notre objectif est clair : mettre fin, pacifiquement et par les urnes, au pouvoir du RHDP », a-t-il soutenu.
Une sortie qui a pris de court le PPACI qui, réuni en Comité central, opte quelques jours plus tard pour une décision opposée. Depuis, aucune rencontre officielle n’a été signalée pour aplanir les divergences. Pire encore, le PDCI annonce la création d’un nouveau cadre politique, le Rassemblement des Ivoiriens pour la démocratie (RID), interprété par beaucoup comme un nouveau camouflet à l’égard de ses partenaires d’opposition.
Des alliances créées… puis abandonnées
Ce n’est pas la première fois que Tidjane Thiam est accusé d’infidélité politique. Membre fondateur, en mars, de la Coalition pour une alternance démocratique (CAP-CI) aux côtés de Simone Gbagbo, Charles Blé Goudé et Pascal Affi N’Guessan, il avait rapidement tourné le dos à cette plateforme, jugée peu mobilisatrice, pour se rapprocher du PPACI. Une volte-face qui avait laissé un goût amer dans son ancien camp.
Mais la tempête qui secoue aujourd’hui le PDCI ne vient pas seulement de ses alliances rompues. En interne, la gouvernance de Tidjane Thiam est toujours fortement contestée. Le limogeage du secrétaire exécutif Sylvestre Emmou, remplacé par Calice Yapo Yapo, a réveillé les critiques sur un style jugé brutal et peu inclusif.
Plusieurs cadres influents ont été écartés des investitures pour les législatives. Parmi eux, Olivier Akoto, député sortant de Daoukro, bastion historique du PDCI. Malgré sa légitimité politique, construite depuis son élection en indépendant en 2011 face au candidat officiel du parti, il n’a pas été retenu pour défendre son siège.

Mais c’est surtout le cas Maurice Kakou Guikahué qui suscite l’émoi. Figure emblématique du PDCI, ancien bras droit d’Henri Konan Bédié, il n’a pas obtenu l’investiture du parti. Pis encore, le plan de la direction aurait été d’attendre la dernière minute pour publier la liste officielle des candidats, l’empêchant ainsi de se présenter en indépendant.
De quoi amener le député de Gagnoa sous-préfecture à fulminer. « J’ai respecté toute la procédure. Ce n’est pas une décision politique objective. Le président a ses raisons, mais la décision ne l’est pas », tacle l’ancien ministre de la Santé. Il annonce néanmoins sa candidature en indépendant : « je vais rendre service à mes parents. Le PDCI ne m’a jamais investi ».
Ce désamour n’est pas nouveau. Dès mai 2025, en démissionnant de son poste de conseiller politique de Thiam, Maurice Kakou Guikahué dénonçait des décisions prises « sans consultation ni information ». Deux ans plus tôt, il avait dénoncé dans des termes plus durs le rejet « injustifié » de sa candidature à la présidence du parti en 2023, déjà en faveur de Tidjane Thiam.
Le malaise autour de la candidature de Kakou Guikahué, un éditorialiste ivoirien le résume ainsi : « Dans une maison, il y a des meubles qu’on ne dérange pas. Dans un pays, il y a des monuments historiques ou des endroits historiques dont on prend soin. Attention aux tabous ! » Il évoque même une « cabales contre Guikahué ».
Un leadership encore fragile
Réputé stratège, mais peu enraciné dans les traditions du vieux parti, Tidjane Thiam peine à asseoir son leadership. Les remous autour des investitures donnent l’image d’un parti divisé, où les frustrations se multiplient à l’approche du scrutin.
Et déjà, certains observateurs estiment que ces tiraillements ressemblent à une défaite annoncée. Face à un RHDP galvanisé par la récente réélection d’Alassane Ouattara, le PDCI risque d’aborder les législatives dans une position affaiblie. Certes, le parti présidentiel connaît aussi ses dissidences, mais il dispose de l’avantage d’un leadership solide.
Dans ce contexte, sauf miracle, le vieux parti pourrait difficilement prétendre à un exploit le 27 décembre.
Marc Dossa
