Dr Nean Kouya : « Pourquoi les Ivoiriens ne voient pas bien »

par NORDSUD
Publié: Dernière mise à jour le 290 vues

Dans cette interview, Dr Nean Kouya, ophtalmologiste en Chef, directeur du Centre médical Danan à Angré Mahou, nous parle des problèmes de vue en Côte d’Ivoire.

Combien de patients traitez-vous en moyenne par an ?  

Nous sommes dans la fourchette de 2300 à 3000 patients que nous traitons par an.

Direz-vous que les Ivoiriens ont de plus en plus des problèmes de vue ?

Les gens viennent nous voir parce qu’ils voient mal. Ils ont besoin de lunettes.  Tout le monde est concerné. La cécité touche 45 millions de personnes dans le monde. 295  millions souffrent d’un handicap visuel.  Ces déficiences visuelles sont plus fréquentes dans les pays en développement. Les maladies qui en sont à l’origine, sont la cataracte, les maladies de la cornée, le glaucome. Environ 150 000 personnes souffrent de la cataracte en Côte d’Ivoire. On estime que 4% des sujets âgés de plus de 40 ans ont le glaucome. Ce qui nous amène à près de 250 000 sujets  susceptibles de faire le glaucome dans le pays. En général, les gens sont atteints de cécité parce qu’ils n’ont pas accès aux soins. Une chose qui est propre aux pays en voie développement, dont la Côte d’Ivoire.

Quelle est la pathologie la plus fréquente que vous traitez ?  

La cataracte vient en premier. C’est la première cause de cécité en Côte d’Ivoire et dans le monde. Ensuite, il y a le glaucome, puis les complications d’autres affections, comme le diabète, l’hypertension artérielle.

Qu’est-ce qui cause la cataracte ?

Elle est liée à l’âge. La lentille qui est dans l’œil favorise le passage de la lumière. Quand elle devient opaque, du fait de l’âge, cela entraîne la cataracte. Quand elle est aussi agressée, on peu avoir la cataracte.

Qu’est-ce qui peut l’agresser ?

Des maladies comme le diabète

Un diabétique est-il condamné à avoir la cataracte ?

Non, s’il est équilibré.

N’y a-t-il pas des facteurs environnementaux ?

Si. L’exposition à la lumière. Par exemple, des études indiquent que certains, comme les bijoutiers, sont exposés à la lumière et peuvent être exposés à la cataracte.

Quelle est la pathologie la plus difficile à soigner ?

Le glaucome.

Pourquoi ?

Parce qu’on n’en connait pas très bien la cause. La tension de l’œil est élevée. Quand on veut soigner cela, on constate que le nerf optique souffre. On doit alors faire baisser la tension, mais c’est un traitement à vie. Il faut tous les jours mettre des goûtes dans vos yeux. Certains médicaments ne peuvent pas respecter la tension normale de l’œil. Mais souvent la tension est normale avec le glaucome, mais le patient fait la maladie. Cette maladie est complexe. Elle fatigue les médecins et le malade qui est tout le temps en train de prendre des médicaments. Le malade dépense au moins 300 000 FCFA par an.  C’est pour cela que nous menons le combat pour la sensibilisation au dépistage précoce.

Le glaucome est-il inopérable ?

Il peut être opéré. En Afrique les gens vont à l’hôpital quand il ne voit plus. Il faut savoir qu’on  ne peut pas opérer le glaucome  à tous les stades. Quand le malade vient tôt, c’est possible.

Au niveau des enfants, on est aussi confronté à des problèmes de vue…

Chez les enfants notamment, il y a beaucoup d’allergies oculaires. J’insiste là-dessus parce que les parents gèrent mal cette situation et cela  entraîne des problèmes au niveau de la cornée.

Comment ces allergies se manifestent-elles ?

L’enfant est tout le temps en train de se frotter les yeux. Il a les yeux rouges ou est souvent enrhumé, et peut aller jusqu’à l’asthme.

Qu’est-ce qui provoque ces allergies oculaires chez les enfants ?

L’environnement. Souvent, la poussière à la maison. Mais ça peut être une prédisposition.

On parle aussi de gène pour les enfants sujets à porter des lunettes au bas âge…

Oui. Comme je vous l’ai dit, les problèmes de vue sont liés à la longueur et à la rondeur de l’œil. Lorsque la lumière chemine dans l’œil, l’image se constitue en fonction de la longueur et de la rondeur de l’œil. Du coup c’est l’ADN des parents que l’enfant porte qui peut être à l’origine de cela. Donc, quand les parents portent les lunettes il y a de fortes chances que l’enfant en porte.

Y a-t-il des facteurs aggravants chez les enfants ?

Oui. L’usage abusif des écrans numériques favorise la myopie chez l’enfant, quand il est en période de croissance. Il faut aussi souligner les accidents domestiques chez les petits garçons. Un enfant qui a traumatisé son œil parce qu’il a joué à un jeu dangereux, peut avoir des problèmes de vue.

Les lunettes de pacotille que les gens vendent dans la rue peuvent-elles causer des problèmes de vue ?

Oui. Cela fait partie de la mode, mais nous ne les conseillons pas.

Qu’en est-il des lunettes de soleil ?

Elles sont utiles pour se prémunir contre les rayonnements intenses du soleil.

Beaucoup d’Ivoiriens se tournent vers la médecine traditionnelle pour se soigner la vue. Est-ce conseillé ?

Ce n’est pas prudent, étant donné la complexité de l’œil. Notamment la cornée qui est la partie superficielle. Il faut toujours consulter. Nous conseillons aux gens de se faire examiner les yeux au moins une fois dans l’année.

Interview réalisée par Charles Assagba

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