Dans cet entretien, Dr Osman Chérif, médecin-urgentiste, appelle les Ivoiriens à se dépister.
Novembre bleu est le mois de sensibilisation mondiale contre les cancers masculins, notamment le cancer de la prostate. Qu’est-ce-que le cancer de la prostate ?
Le cancer de la prostate est une augmentation de la taille de la prostate (organe) mais avec des cellules qui sont anormales qui est différent de l’hyperplasie bénigne de la prostate qui est quant à elle une augmentation de la taille de la prostate avec des cellules normales.
Quels sont les symptômes de ce cancer ?
Les symptômes qui sont possibles pour cette maladie sont les urines fréquentes (Pollakiurie), des difficultés à uriner, la sensation d’avoir toujours la vessie pleine. A des stades avancés, il y a du sang dans les urines, des douleurs au niveau de la vessie ou la prostate. Il y a également des signes qu’on appelle des signes accompagnateurs, qui ne sont pas des signes de la prostate mais des signes qui accompagnent la maladie, la fatigue et la perte de poids excessive.
Comment se fait le dépistage de la maladie ?
Le dépistage se fait par le toucher rectal, l’échographie de la prostate ou le dosage de la PSA (Antigène prostatique spécifique). La confirmation du cancer est faite par la biopsie. La biopsie donne le stade exact de la maladie, à savoir si la maladie est un à un stade avancé ou localisé. Le traitement devient plus facile quand le cancer est localisé et complexe quand le cancer est avancé. La biopsie nous révèle également l’agressivité des cellules parce que les cellules peuvent êtres agressives ou non agressives à l’aide du score de Grison (un outil exclusif au cancer de la prostate). Les cancers qui sont agressifs ne se limitent pas seulement à la prostate, ils peuvent aller à d’autres organes tels que le poumon, l’intestin, etc. C’est ce qu’on appelle en médecine les métastases. Les métastases sont des cellules cancéreuses qui se déplacent d’organes où elles sont nées, pour aller vers d’autres organes, par exemple, la vessie, le cerveau, très souvent. Le cancer de la prostate va beaucoup dans les os, ce qui fait que les os se cassent plus facilement.
Quels sont les traitements possibles ?
Le traitement de la maladie se fait par deux grandes façons. Il y a le traitement non chirurgicale (pas d’opération) et le traitement chirurgical (avec opération). Le traitement non chirurgical se fait à l’aide des comprimés. Ces comprimés sont des hormones dont l’objectif est de remplacer la fonction de la prostate et ralentir le cancer (hormonotherapie). Ensuite, on a la chimiothérapie qui est une perfusion qu’on fait au malade pour pouvoir guérir les cellules cancéreuses. Il y a aussi la radiothérapie, qui sont des rayons x qu’on va mettre sur la prostate du malade pour les détruire.
Comment prévenir ?
La prévention qui est l’objectif de ‘’Novembre bleu’’ est que chaque homme doit se faire dépister dès l’âge de 45 ans. C’est l’âge de la grande fréquence du cancer de la prostate. Le dépistage doit se faire chaque mois ou chaque année ou soit faire le dosage de PSA. Le cancer de la prostate est un peu héréditaire.
La prise en charge en Côte d’Ivoire est-elle réelle ?
En Côte d’Ivoire, la lutte contre le cancer est possible grâce au Centre national d’oncologie médicale et radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO) situé au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody et le Centre national d’Oncologie du CHU de Treichville. La prise en charge des malades par l’Etat se fait en fonction du stade de la maladie.
Quel est le taux de décès lié au cancer de la prostate en Côte d’ivoire ?
Le cancer de la prostate tue en Côte d’Ivoire, surtout parce que les hommes viennent tard à l’hôpital. Mais, nous n’avons pas de taux.
Quelles sont les pratiques qui provoque le cancer de la prostate ?
Aucune pratique précise ne provoque la maladie : l’âge, les antécédents familiaux, l’origine africaine et l’alimentation jouent surtout un rôle.
Certaines personnes disent que c’est lorsqu’on est « coureur de jupon » qu’on attrape ce type de cancer…
Non, ce n’est pas vrai. Être « coureur de jupons » n’a aucun lien avec le cancer de la prostate.
Les gens ont souvent recours au traitement traditionnel. Est-ce conseillé ?
Les traitements traditionnels ne sont pas conseillés, ils retardent le vrai traitement et aggravent la situation. Le mieux est de faire le dépistage tôt et de se faire suivre par un médecin.
Entretien réalisé par ACN (stagiaire)
