Une succession attendue à la tête de la Banque africaine de développement
Alors que les Assemblées annuelles 2025 du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) battent leur plein à Abidjan, l’identité du futur patron de l’institution cristallise l’attention de plus de 5 000 délégués venus du monde entier. Cinq candidats, issus de pays membres régionaux, sont officiellement en lice pour succéder à Akinwumi Adesina, dont le second mandat s’achève fin août 2025.
Lancement officiel des Assemblées annuelles de la BAD
La cérémonie d’ouverture, ce mardi, présidée par le chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara, a été l’occasion pour le président sortant de dresser un bilan de sa décennie à la tête de la BAD.
« C’est l’occasion de rendre compte publiquement de la mission que vous m’avez confiée. Merci de m’avoir élu président de la BAD le 28 mai 2015 et de m’avoir réélu en 2020. Être président de la BAD n’est pas pour moi un emploi, c’est une mission », a-t-il déclaré.
Sous sa gouvernance, a-t-il souligné, la BAD est devenue un accélérateur du développement africain :
- 565 millions de personnes ont vu leur vie impactée,
- 128 millions ont eu accès à des services d’assainissement,
- 103 millions ont atteint la sécurité alimentaire,
- 102 milliards de dollars (environ 51 000 milliards FCFA) ont été mobilisés pour l’Afrique.
Le capital de la banque est passé de 93 à 318 milliards de dollars. L’appui à la Côte d’Ivoire a bondi de 500 % en dix ans. Le président Ouattara a salué le « dynamisme et la performance exceptionnelle » de l’institution, soulignant que la BAD demeure un partenaire clé dans la mobilisation des ressources pour le pays. Il a aussi invité le futur président à poursuivre et accélérer la dynamique insufflée par Adesina.
Les cinq candidats en lice pour la présidence de la BAD
Sidi Ould Tah, le favori mauritanien

Dans les starting-blocks, Sidi Ould Tah (Mauritanie) fait figure de favori. Soutenu par la Côte d’Ivoire, pays hôte de l’élection, et par le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, il bénéficie d’un appui stratégique.
Ancien ministre de l’Économie et président sortant de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA), il incarne une vision panafricaine et dispose de réseaux diplomatiques solides.
Amadou Hott, le poids lourd sénégalais

Le Sénégalais Amadou Hott, ancien ministre de l’Économie, de la Planification et de la Coopération, affiche un parcours remarquable à la BAD, où il a été vice-président et conseiller du président.
Il est soutenu par les présidents Diomaye Faye (Sénégal) et Brice Clotaire Oligui (Gabon). Sa connaissance profonde de l’institution et son expérience en font un poids lourd de cette course.
Samuel Munzele Maimbo, le technocrate réformateur

Parmi les challengers, Samuel Munzele Maimbo (Zambie), ancien vice-président à la Banque mondiale, se distingue par une expertise internationale pointue. Il milite pour une BAD plus agile et la réhabilitation du rôle d’économiste en chef.
« La rapidité de décision est une question de survie pour l’institution », affirme-t-il. Son profil pourrait séduire les actionnaires non africains en quête de modernisation de la gouvernance.
Bajabulile Swazi Tshabalala, la force sud-africaine

La Sud-Africaine Bajabulile Swazi Tshabalala, ex-vice-présidente principale de la BAD, bénéficie du soutien du président Cyril Ramaphosa.
Elle défend une stratégie alignée avec l’agenda 2063 de l’Union africaine, visant à coordonner les actions de développement du continent. Son leadership reconnu et sa maîtrise des enjeux internes renforcent sa crédibilité.
Abbas Mahamat Tolli, la voix de l’Afrique centrale

Enfin, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli, ancien gouverneur de la BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale), porte les espoirs de l’Afrique centrale. Soutenu par plusieurs pays de la sous-région, il mise sur son expérience en gestion bancaire régionale pour fédérer et peser dans les négociations.
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Un scrutin à huis clos : les règles du jeu
Le vote pour la présidence de la BAD se déroule à huis clos, sans la présence du président sortant. Les délégués des 54 pays africains et 27 pays non-africains doivent élire le successeur d’Adesina. Le vainqueur devra obtenir une double majorité :
- 50,01 % des voix des pays africains,
- 50,01 % des voix de l’ensemble des membres.
Chaque pays détient un nombre de voix proportionnel à sa part de capital. Cela confère une influence décisive à des actionnaires majeurs comme le Nigeria, les États-Unis, l’Égypte, l’Algérie, le Japon et l’Allemagne.
Un héritage solide, des défis complexes pour la BAD
Malgré un bilan flatteur, l’avenir de la BAD est semé d’embûches. Le retrait des États-Unis du financement du Fonds africain de développement, avec une coupe de 555 millions de dollars, représente un coup dur pour l’institution. Le futur président devra :
- Mobiliser davantage de capital africain,
- Faire face à une baisse des financements traditionnels,
- Répondre à la montée des tensions commerciales mondiales.
Le 29 mai 2025, le conseil des gouverneurs désignera le futur président de la BAD. Qu’il soit favori ou outsider, le successeur de l’homme aux iconiques nœuds papillons devra réinventer la stratégie de développement et rassurer les partenaires internationaux.
Charles Assagba
