Enquête-Express/Frais scolaires exorbitants : Qui est responsable de l’anarchie dans les écoles?

par NORDSUD
Publié: Dernière mise à jour le 256 vues

Cette rentrée scolaire ressemble aux précédentes. Du moins, pour ce qui concerne les frais scolaires exorbitants exigés aux parents, dans les établissements privés. Ces sommes varient de 40 à 200 000 FCFA, selon l’établissement où l’élève a été affecté. Depuis le début d’année, c’est un bras de fer qui oppose les fondateurs des écoles privées d’enseignement secondaire et les parents d’élèves. Entre les deux, la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (Fesci), fait feu de tous bois, pour dénoncer une injustice.

Piège

Dans un communiqué dont Nordsud.info a reçu copie, l’organisation syndicale parle d’un piège dans lequel les parents se sont laissé prendre. Ils sont obligés de s’acquitter de « la totalité de la scolarité à travers de nombreux frais imposés, sans tenir compte de la subvention de l’Etat ». La Fesci va jusqu’à indiquer des frais de scolarité pour des affectés qui dépassent les 200 000 FCFA, dans certaines écoles privée. Pourtant, une mesure avait été prise par le ministère de l’Education nationale et de l’alphabétisation pour encadrer ces frais.  Le secrétaire national à la communication de la Fesci, Diomandé Mory, note que les écoles privées perçoivent une subvention de « 150.000 F par an et par élève ». Ainsi, à en croire notre interlocuteur, les charges financières dont les parents doivent s’acquitter se chiffrent normalement à 3.000 F pour l’inscription en ligne. Lors de l’inscription dite physique, les frais annexes et complémentaires, d’après un arrêté en date du 29 avril 2008, ne devraient nullement excéder 40.000 F. Ce qui n’est pas le cas sur le terrain.

Le manque d’enseignants dans certaines écoles préoccupe le Midh.

Les parents d’élèves ne le savent que trop bien. Capitaine Aka, secrétaire général de l’Union nationale des parents d’élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (Unapeeci) prévient que cette situation « se généralise » d’année en année et est « un véritable frein à la scolarisation de nombreux enfants (…) ». Ce qui, selon lui, va à l’encontre de la politique de gratuité de l’école prônée par l’Etat.

Les fondateurs d’école privée accusent l’Etat

Pourquoi les fondateurs d’écoles s’entêtent-ils chaque année à augmenter ces frais de scolarité ?

Contacté par la rédaction de Nordsud.info, le président de la Coordination des fondateurs d’écoles privées de Côte d’Ivoire (Cofepci)  se dédouane. Le montant des subventions, à l’entendre, est en déphasage avec la grille tarifaire actuelle de la scolarité des élèves. « La convention qui fixait les tarifs de la subvention allouée aux établissements privés pour les élèves affectés de l’Etat date de 1992 et de 1994.Nous sommes en 2023, les choses ont changé. La subvention est devenue insuffisante parce que les frais de scolarité ont augmenté. Nous avons un projet de convention sur la table du ministère de l’Education nationale depuis 2016 pour actualiser le contenu », signale-t-il. Le  porte-étendard des fondateurs d’écoles privées accuse donc l’Etat. Pour lui, c’est le faible montant que l’Etat leur verse qui justifie ces augmentations des montants fixés aux parents pendant l’inscription. Pis, les fondateurs d’écoles privées soulignent que la réception de ces subventions accuse du retard. « Les subventions sont de 120.000 FCFA au secondaire et de 150.000 FCFA au lycée. Mais ces montants ne nous sont pas reversés à temps. Cette année nous ne les avons pas encore perçus alors que, légalement, nous devons entrer en possession de ces fonds avant la rentrée scolaire. Déjà, il y a les arriérés de subventions de l’année passée. Comment pouvons-nous organiser la rentrée dans nos établissements, payer nos charges qui, d’ailleurs, augmentent. Sans oublier les nouveaux impôts auxquels nous sommes assujettis ? », s’interroge-t-il.

Le phénomène des congés anticipés touche de nombreuses écoles.

Trésor public

Qu’en est-il réellement ?  Au ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation, on souligne que le payement des subventions aux établissements privés est un problème qui a toujours été rattaché au Trésor Public. Une source proche de la ministre Mariatou Koné, insiste sur le nombre d’élèves affectés par l’Etat dans ces écoles. De nombreux établissements, d’après notre source, ne comptent que sur ces affectations pour faire vivre leurs établissements. Cela n’est pas normal, d’après notre informateur.  Accuser donc l’Etat d’être la source de ces augmentations des frais scolaires est un acte de mauvaise foi, pour lui. « L’augmentation des subventions n’a jamais été à l’ordre du jour.  Pour les arriérés, l’Etat a fait des efforts pour que ces subventions soient correctement payées, comparé aux autres années. C’est aux fondateurs de mieux s’organiser», indique notre interlocuteur. En attendant  que les fondateurs et l’Etat accordent leurs violons, les parents d’élèves demandent aux autorités de faire la police.

Charles Assagba

Articles similaires

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Le site Web nordsud utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite