Les explosions de gaz butane continuent de semer la désolation dans de nombreux foyers ivoiriens. Depuis quelque temps, les cas d’explosion de bouteilles de gaz B6, communément appelées faitout, se multiplient, laissant derrière eux des victimes et d’importants dégâts matériels.
Les incendies liés au gaz domestique sont désormais devenus récurrents dans les ménages. L’opinion publique garde encore en mémoire le décès tragique de la web-comédienne ivoirienne Jolina de Brokoua, brûlée au troisième degré à la suite d’une explosion de gaz survenue en mai 2025. Plus récemment, le mardi 18 novembre dernier, une explosion de gaz s’est produite au domicile de la famille Taha, à Cocody Val Doyen, provoquant un incendie meurtrier qui a coûté la vie à quatre membres de cette famille.
Face à cette recrudescence de drames, la question de la prévention s’impose avec acuité, surtout en ces périodes de fêtes de fin d’année. Quelles sont les bonnes pratiques à adopter pour éviter les explosions de bouteilles de gaz dans les ménages et les dépôts ?
Joint par nordsud.info, Jacob-Gislain Kouao Allé, pompier et spécialiste des hydrocarbures, apporte des explications sur les causes fréquentes de ces explosions et sur les mesures de sécurité essentielles à respecter. Selon lui, l’un des principaux problèmes réside dans la mauvaise utilisation des bouteilles de gaz par les consommateurs. « Ce que nous constatons, et c’est regrettable, c’est que les populations ivoiriennes utilisent très mal le faitout », déplore-t-il.
L’expert insiste sur l’importance de la prévention, aussi bien dans les dépôts de gaz que dans les ménages. « La meilleure façon d’éviter les explosions de bouteilles de gaz, c’est la prévention », explique-t-il. Il pointe notamment une erreur courante liée au branchement direct du brûleur sur la bouteille de gaz B6. « Cette pratique n’est pas recommandée. Lorsque le brûleur chauffe excessivement, le joint situé à l’intérieur, sous le brûleur, finit par fondre. Or, ce joint assure l’étanchéité entre la bouteille et le brûleur. Lorsqu’il est détérioré, le gaz commence à fuir, ce qui peut entraîner une explosion », précise-t-il.
Pour limiter les risques, le secouriste recommande vivement l’utilisation d’un détendeur. « Le faitout ne doit jamais être directement relié au brûleur. Il doit impérativement être équipé d’un détendeur afin de réduire au maximum les risques d’explosion », insiste le pompier. Autre mesure de sécurité souvent négligée, l’emplacement de la bouteille. « Il est conseillé de placer la bouteille de gaz à l’entrée de la maison, afin de faciliter son isolement rapide en cas d’incident », ajoute-t-il.
Avant toute utilisation, une vérification systématique de l’étanchéité est également recommandée. « Il faut ouvrir légèrement le détendeur et y verser un peu d’eau mélangée à un détergent. Si des bulles apparaissent, cela signifie qu’il y a une fuite. En revanche, s’il n’y a pas de bulles, la bouteille peut être utilisée sans danger », explique Jacob-Gislain Kouao Allé.
Ne jamais tenter d’éteindre un feu de gaz avec de l’eau
S’agissant des dépôts de gaz, l’expert appelle les gérants à respecter strictement les normes de sécurité. « Les bouteilles doivent être stockées dans des espaces bien aérés », recommande-t-il. Il met également en garde contre une pratique formellement interdite : le transvasement du gaz d’une bouteille à une autre. « Les gérants de dépôts ne sont ni qualifiés ni équipés pour effectuer ce genre d’opération. C’est extrêmement dangereux », avertit-il.
A l’en croire, plus une bouteille reste longtemps en stock dans un dépôt, plus le risque d’explosion augmente. Il estime que les sociétés de distribution ont une responsabilité majeure dans la prévention. « Elles doivent récupérer les bouteilles qui sont restées trop longtemps chez les revendeurs afin de procéder à des contrôles avant de les remettre sur le marché », souligne-t-il.
En cas d’incendie lié au gaz, certaines réactions peuvent aggraver la situation. « Il ne faut surtout pas utiliser de l’eau pour tenter d’éteindre un feu de gaz », prévient le spécialiste. Il explique que la pression du gaz est généralement supérieure à celle de l’eau, rendant cette tentative inefficace, voire dangereuse. La bonne attitude consiste plutôt à « recouvrir la bouteille avec une serviette ou un drap humide afin de limiter l’apport d’air et couper l’alimentation du feu à la source ».
L’expert rappelle enfin les principes fondamentaux du feu. « Un incendie repose sur trois éléments : le combustible, qui est le butane ; le comburant, c’est-à-dire l’air ambiant ; et la source d’activation, qui est la chaleur. Si l’on parvient à isoler le combustible ou le comburant, le feu s’éteint naturellement », assure notre interlocuteur. En conclusion, Jacob-Gislain Kouao Allé recommande une mesure de sécurité essentielle mais souvent négligée : « la règle la plus élémentaire reste de disposer d’un extincteur, que ce soit à la maison ou dans un dépôt de gaz ».
ACN
