Principal de la mosquée Médine d’Adjamé-Paillet, l’Imam Hassan Camara s’exprime sur l’atmosphère sociopolitique à l’approche de l’élection présidentielle, le rôle des guides religieux et les dangers de l’extrémisme. Entretien.
La Tabaski approche. Aura-t-elle une particularité cette année ?
Effectivement, nous allons célébrer la Tabaski tout en pensant aux élections présidentielles d’octobre prochain. Il s’agira pour nous, les guides religieux et pour la communauté musulmane dans son ensemble, de prier pour que ce scrutin se déroule dans la paix, quand on connaît le passé récent de la Côte d’Ivoire. Ces prières seront également adressées aux acteurs politiques, pour qu’ils regardent l’intérêt général des Ivoiriens et non leur seul intérêt.
Pensez-vous que la religion est suffisamment séparée de la politique en Côte d’Ivoire ?
Le prophète a dit qu’il y a deux catégories de personnes dans la société. Si ça va pour elles, alors ça va pour la société. Il s’agit des chefs et des érudits. Les chefs, ce sont les chefs coutumiers, les guides religieux, etc. Et les érudits, ce sont les hommes politiques. Ils doivent s’unir pour apaiser. Donc, l’islam est égal à la politique. L’islam n’est pas à part et la politique à part.
Un guide religieux peut-il, selon vous, soutenir un homme politique ?
C’est différent. Le Cheick Boikary Fofana (paix à son âme) nous l’enseignait : chacun vote qui il veut, mais un imam doit éviter de donner le nom de son parti politique. Parce que tous les fidèles musulmans viennent de partis politiques différents et cela peut créer des divisions. Ce n’est pas à un imam de demander à ses fidèles de suivre un homme politique ou de donner des consignes de vote.
Il y a des sujets sur lesquels la religion peut intervenir et prendre position. Nous l’avons fait par exemple avec la pédophilie. Et tous les religieux étaient unanimes là-dessus, parce que cela fait partie des préceptes de la religion.
On parle souvent d’un islam modéré en Côte d’Ivoire. Est-ce toujours le cas ?
Le djihad est basé sur la foi. Le Coran dit que si cette foi est menacée, il faut la défendre. Malheureusement, tout ce que nous voyons comme comportements extrémistes n’entre pas dans ce cadre.
En Côte d’Ivoire, l’extrémisme n’existe pas, Dieu merci. Mais, il y a des gens qui veulent créer la zizanie. C’est hélas ce que nous avons vu avec l’attentat de Grand-Bassam. Nous avons tourné et retourné cette situation dans tous les sens. La seule explication que j’ai trouvée à cet acte abominable, c’est un règlement de compte. Il n’y avait pas eu d’antécédents, ni d’actes appelant à un tel comportement. Donc, ces personnes qui veulent créer la zizanie sont ceux qui veulent ternir notre image.
Selon vous, ces individus sont-ils encore actifs ?
Oui, c’est à nous de faire attention.
Pour conclure, aucun cas d’extrémisme n’est à déplorer dans le pays ?
Non. Et quand vous dites extrémisme, je peux vous garantir qu’il y a des religions plus extrémistes dans certains aspects que l’islam. J’ai un ami évangéliste qui me taquine en me disant que les musulmans sont trop libres, parce qu’ils se marient avec n’importe qui. Chez eux les évangélistes, selon lui, ils ne peuvent épouser qu’un évangéliste. Ça, c’est extrême (rire).
Entretien réalisé par RT
